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Annie Genevard annonce la fin de "la plupart des restrictions" sur la dermatose nodulaire contagieuse

Par Adélaïde Motte

INTERVIEW SUD RADIO - Salon de l'Agriculture, souveraineté alimentaire, stockage de l'eau : Annie Genevard , était “L’invitée politique” sur Sud Radio. 

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Annie Genevard, interviewée par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 27 février, dans “L’invité politique”.

"La plupart des restrictions" dans le cadre de la lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse "sont levées" : au micro de Sud Radio, Annie Genevard, Ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, a répondu aux questions de Maxime Lledo.

"Le Salon de l'Agriculture est d'une très grande qualité"

Maxime Lledo : Vous êtes ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Quelques heures encore pour que les couloirs du salon regorgent de visiteurs. Est-ce que, au milieu du fromage, des spécialités régionales et du vin, cette 62e édition n’a pas un goût amer pour vous ?

Annie Genevard : "Non, pas du tout. D’abord parce que le public est là. Certes, un peu moins nombreux, mais on verra à la fin de la semaine. Dans le monde agricole, on dit souvent : « C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses. » On verra bien à la fin de la semaine ce qu’il en est de la fréquentation. Moi, j’ai vu du monde partout. Et surtout, c’est un salon d’une très grande qualité. J’ai pu, dans mes nombreux entretiens que j’ai conduits avec les professionnels, voir des choses absolument formidables."

Mais sur la fréquentation, depuis 7h ce matin, les professionnels se succèdent à ce micro. On parle de moins 25 % de fréquentation. C’est aussi les chiffres que vous avez ?

"Mais encore une fois, la semaine n’est pas tout à fait achevée. L’an dernier, je me souviens que nous avions eu une très bonne surprise de fréquentation le dernier week-end. Je veux dire à tous nos auditeurs qu’il y a des choses formidables à voir. Le hall des régions regorge de monde. Il y a des produits magnifiques. Il y a des régions enthousiastes qui ont à cœur de présenter ce qu’elles font de mieux. Il y a des animaux, plus de 3 000 animaux. C'est un beau salon."

Beaucoup ont regretté l’absence des fameux bovins, liée à la dermatose nodulaire. Aujourd’hui, on annonce la levée de la dernière zone réglementée. Est-ce toujours d’actualité ?

"Oui, bien sûr. Aujourd’hui, on lève la dernière zone réglementée. C’est une très grande satisfaction pour moi, pour les éleveurs, pour ce territoire du sud-ouest qui a été frappé par la maladie. C’est la concrétisation du succès de la stratégie de lutte contre cette maladie redoutable. La levée de la zone réglementée signifie que l’épidémie est terminée en France. Depuis deux mois, nous n’avons eu aucun cas. La vie va pouvoir reprendre son cours normal. On va pouvoir commercer plus facilement, bouger les animaux. On demeure sous surveillance, naturellement, et on revaccinera certaines zones pour s’assurer que tout est bien sous contrôle. Il ne faut pas bouder notre satisfaction. C’est le fruit de l’esprit de responsabilité des éleveurs. Cette victoire est d’abord la leur."

Concrètement, cette fin des restrictions, cela veut dire à nouveau la liberté de commercer, le déplacement des bêtes, une grande liberté pour les éleveurs ?

"Oui. La plupart des restrictions sont levées. Il reste quelques contraintes, notamment des protocoles pour le déplacement des animaux. Mais on peut à nouveau exporter, vendre des animaux, lever les embargos sur les fromages à l’étranger. On exporte entre 5 et 10 milliards d’euros entre les animaux eux-mêmes et leurs productions. C’est considérable pour l’économie de la filière et pour le revenu des éleveurs."

Par rapport à cette stratégie dont vous exprimez une certaine fierté, beaucoup disent que c’est aussi cette stratégie — celle du président de la République et la vôtre — qui est à l’origine de l’absence de bovins à ce salon. Vous n’avez aucun regret sur les choix faits depuis le début de cette épidémie ?

"Y en avait-il une autre ? En tout cas, elle a fait ses preuves. Nous avons dû abattre 0,02 % du cheptel bovin français. 3 500 bovins sur 16 millions de têtes. Évidemment, pour chaque éleveur, cela a été un drame, parce que souvent cela a représenté la totalité de l’abattage de son troupeau. Mais on a vaincu la maladie. En acceptant l’abattage, ils ont protégé leurs voisins. Moi, je veux dire que ce sont des héros, les héros du quotidien, et je veux leur rendre hommage. Alors, il n’y a pas de bovins au salon, c’est vrai que cela manque. Sans doute y a-t-il là une explication. Nous avons à plusieurs reprises espéré qu’il y aurait des bovins. On a 2 millions de bovins vaccinés en France, on aurait pu les amener. Mais la décision a été prise. On ne revient pas dessus. Je pense que l’an prochain, ils seront là à nouveau et nous serons très heureux de les y retrouver."

"Toute ma politique vise à réhabiliter l’acte de production"

Vous parliez de chiffres importants, notamment ceux des exportations. Hier, Jordan Bardella et Marine Le Pen, qui défilaient dans les allées du salon, ont assuré qu’aujourd’hui la France menait une politique de décroissance agricole, qui appelle nos agriculteurs à moins produire, dans un contexte international toujours plus tendu. Est-ce que Jordan Bardella a tort, notamment quand on regarde les chiffres de la balance commerciale agricole qui ont dégringolé ces derniers mois ?

"Oui, je crois que la réhabilitation de l’acte de produire, c’était l’objet du discours que j’ai prononcé l’an dernier. Dieu sait que cela m’a valu des commentaires. Mais oui, on attend de nos agriculteurs et de nos entreprises agroalimentaires de produire de l’alimentation. Sinon, quelle est l’alternative ? C’est dépendre totalement des importations et manger une nourriture dont on n’est pas maître. Ce n’est pas possible. Toute la politique que je conduis à la tête de ce ministère vise précisément à réhabiliter l’acte de production."

La moyenne de la taille des exploitations en France est de 69 hectares. Est-ce que le modèle de petite exploitation familiale est réaliste ?

"Il y a toutes sortes de systèmes qui coexistent. Vous avez des exploitations de taille modeste. En moyenne, une exploitation bovine, c’est 70 animaux. C’est une taille qui demeure modeste, et le modèle familial perdure. Mais à côté de cela, si l’on veut produire davantage, on ne peut pas empêcher les exploitations de le faire si elles le souhaitent. Je vous donne un exemple : les poulaillers. Vous savez qu’on manque d’œufs. Eh bien, un poulailler de 20 000 poules, ce n’est pas viable économiquement. On ne fait pas vivre un exploitant, et encore moins une famille."

Beaucoup d’agriculteurs nous disent : quand on veut construire un poulailler, on a la justice, les habitants et les écologistes contre nous. En Gironde, quand on veut construire une ferme de saumons, il y a opposition. Dans le Limousin, quand on veut construire une grande ferme de 2 100 bovins, il y a opposition. Est-ce qu’on n’a pas un problème en France ? Parce qu’appeler à produire, c’est une chose, mais dans les faits, on n’y arrive pas.

"Vous avez tout à fait raison. C’est pour cela que nous modifions la réglementation qui pèse sur l’installation, l’agrandissement et la modernisation des bâtiments d’élevage. Aujourd’hui, c’est vrai, ils sont entravés par une réglementation trop lourde dont on cherche à se sortir."

Et la justice ? Est-ce que trop souvent elle ne prend pas le parti écologiste et ne ralentit pas les projets ?

"Nous sommes dans un État de droit. Les décisions de justice s’appliquent. Quelquefois, on peut les regretter, notamment lorsqu’elles compromettent des projets économiques. Le modèle de la ferme-usine, j’y crois modérément, car cela n’a jamais vraiment pris dans notre pays. En revanche, chaque fois qu’un porteur de projet veut installer un poulailler et qu’il a l’autorisation, c’est parfois la population qui s’y oppose. Il faut réacclimater les Français à l’idée qu’on peut avoir, sur le territoire d’une commune rurale, un poulailler propre, qui ne génère pas d’odeur, qui respecte le bien-être animal et qui soit utile. Il y a un lien de confiance à retisser entre les Français et leurs agriculteurs."

"L’interdiction du stockage de l'eau est absurde"

Autre sujet dont on a beaucoup parlé ici sur Sud Radio, y compris le week-end dernier : certains agriculteurs ont actuellement les pieds dans l’eau, et pourtant ils se préparent à affronter la sécheresse dans quelques mois parce qu’ils sont dans l’incapacité de stocker l’eau. C’est l’exemple de Sainte-Soline : précipitations record, niveaux records, et pourtant impossibilité de stocker. Lundi dernier, un jeune agriculteur de 22 ans nous expliquait : « Moi, je veux me battre pour mon agriculture, mais je ne peux pas stocker l’eau parce que la justice prend des décisions. » Qu’est-ce qu’on fait pour eux ce matin ?

"Le cas de Sainte-Soline est un peu particulier. Vous savez qu’il y a une forte charge émotionnelle autour de ce projet et que l’affaire est pendante en justice. Donc c’est un cas particulier. Mais sur la question du stockage de l’eau, il faut dire d’abord que le stockage est nécessaire. Vous avez vu les masses d’eau qui sont tombées ces dernières semaines : cela rend absurde l’interdiction du stockage ou la mise en cause du stockage de l’eau. Je veux rappeler qu’en France, on irrigue très peu par rapport à un pays comme l’Espagne."

L’Espagne stocke 50 % de ses eaux excédentaires pour irriguer 20 % de sa surface agricole. Nous, on en stocke uniquement 1 % pour irriguer 6 %.

"L’eau agricole est nécessaire à la production alimentaire. Sans eau, on ne produit pas."

Est-ce que c’est nécessaire au point d’inscrire cette urgence concernant l’eau dans la future loi d’urgence agricole ?

"On avait déjà inscrit des éléments dans la loi Duplomb et dans la loi d’orientation pour l’avenir en plaçant l’eau agricole d’intérêt majeur dans les zones de déficit hydrique. Maintenant, il faut passer au faire. Cela fait deux ans que j’apporte des financements à des projets hydrauliques pour stocker l’eau, la rénover. Il y aura des mesures concernant l’eau et l’eau agricole. Je voudrais dire à tous ceux qui nous écoutent que le stockage de l’eau, à un moment où nous avons des désordres climatiques qui nous amènent beaucoup d’eau en hiver, c’est du bon sens. Sinon, elle part à la mer. Quand les agriculteurs parlent de bon sens, c’est parfois ce qui nous manque singulièrement dans ces questions."

Les Français aiment de plus en plus consommer bio, mais en réalité, on en consomme moins. Est-ce que, sur ce dossier, on est suffisamment à jour ?

"L’agriculture biologique est une des grandes politiques de mon ministère. À titre personnel, je fréquente les magasins bio depuis toujours. Nous soutenons le bio : près de 700 millions d’euros d’argent public chaque année lui sont consacrés. En 2026, j’ai préservé le budget, je l’ai même augmenté d’un million pour l’Agence Bio. Le budget est là. J’ai rencontré hier le nouveau président de l’Agence Bio. Nous sommes convenus de travailler davantage ensemble. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir quant à la production bio en France. C’est plus difficile de cultiver en bio, c’est plus exigeant, donc tout le monde n’y va pas. Mais ce que je ressens dans les nouvelles générations, c’est qu’elles sont très attentives à produire tout en respectant au mieux l’environnement. C’est une tendance lourde. Il faut que nos exploitations agricoles et nos entreprises agroalimentaires aient une bonne viabilité économique pour pouvoir financer les transitions climatiques et environnementales. C’est fondamental."

Agriculture et respect de l’environnement vont de pair. Pourtant, beaucoup ont remarqué que lors de votre conférence de presse lundi dernier, vous n’avez pas eu de mots sur l’environnement. Êtes-vous une ministre de l’Agriculture qui aime l’environnement ?

"Les questions environnementales sont indissociables des questions agricoles. C’est un faux procès qu’on me fait. Toutes les politiques qui visent à économiser les produits phytopharmaceutiques, à permettre le stockage de l’eau dans le sol, à promouvoir ce qui est bon à la fois pour l’environnement et pour la production agricole ont tout mon soutien, naturellement. Mais quand on aborde ces sujets sous l’angle idéologique, cela devient plutôt une entrave aux solutions. Je trouve qu’il y a, sur ces questions, beaucoup de radicalité. Ce n’est pas comme cela que l’on va résoudre les problèmes. Je compte beaucoup sur les nouvelles générations pour dépasser ces clivages, qui sont finalement stériles. Ce que j’observe chez les jeunes agriculteurs, c’est l’envie de tourner la page de ces débats qui les enferment. Ils ont envie de se projeter dans l’avenir, de créer de la valeur, de faire vivre leur territoire. Il y a énormément d’énergie chez les jeunes agriculteurs."

Loi d'urgence agricole : "j’ai fait de ce salon l’ultime round de consultation"

Votre grand combat, c’est la souveraineté alimentaire. Cela veut dire, pour beaucoup de Français, peut-être un ou deux euros de plus. Pour réussir ce réveil de la souveraineté alimentaire, faut-il mettre une pression, amicale certes, mais une pression quand même, sur les consommateurs ?

"La souveraineté alimentaire est véritablement l’affaire de tous, du producteur jusqu’au distributeur et au consommateur. C’est le consommateur qui est prescripteur : c’est lui qui détermine l’acte d’achat. J’ai annoncé deux choses importantes durant ce salon. D’abord, les conférences de la souveraineté alimentaire ont achevé la première partie du travail en fixant une trajectoire sur dix ans : voilà ce qu’il faut faire, filière par filière, pour reconquérir notre souveraineté alimentaire, c’est-à-dire la capacité à produire l’alimentation dont nous nous nourrissons. Maintenant, une phase territoriale va s’engager. Les régions vont se saisir de ce plan : pour faire des poulaillers, agrandir des porcheries, des bâtiments d’élevage, réimplanter des cultures adaptées au changement climatique. Dans quelques mois, nous aurons un plan décliné région par région avant la fin de l’année, puis nous passerons aux contrats et aux plans d’avenir. La deuxième mesure importante annoncée pendant ce salon, c’est le plan dédié aux femmes en agriculture. Le renouvellement des générations est l’autre enjeu déterminant. Les femmes représentent aujourd’hui un quart des chefs d’exploitation. Demain, elles seront plus nombreuses. Elles ont envie de prendre des responsabilités. Elles ont toute leur place dans le monde agricole, comme elles l’ont toujours eue."

Une dernière question concernant la loi agricole, qui est aussi un enjeu de ce salon. Beaucoup évoquent une arrivée avant la fin de l’été. Est-ce que vous pouvez dire ce matin au micro de Sud Radio que oui, la loi agricole arrivera fin mai ?

"J’ai fait de ce salon l’ultime round de consultation. Qu’est-ce que les gens attendent de cette loi ? Parce que ce n’est pas le grand soir législatif de l’agriculture. On sort de la loi d’orientation agricole, on sort de la loi Duplomb-Ménonville qui visait à lever les entraves. C’est une loi faite pour des questions ponctuelles, pour répondre à des sujets précis, à des difficultés concrètes qui se posent aux agriculteurs. Le calendrier a été fixé par le Premier ministre. J’espère que nous tiendrons ce calendrier. L’objectif, si possible, est une adoption avant la suspension parlementaire estivale. Mais cela dépendra beaucoup des parlementaires. Moi, je serai prête. Nous serons prêts à fournir un texte au Parlement. Ensuite, ce sera l’affaire du Parlement. Le texte sera présenté tout début avril en Conseil des ministres. Après, ce sera l’affaire du Parlement. Si les parlementaires multiplient les amendements d’obstruction, ils s’en expliqueront auprès des agriculteurs, à qui ils disent régulièrement combien ils sont proches d’eux et combien ils les comprennent."

Marc Fesneau, qui a été votre prédécesseur, disait cette semaine qu’il faudrait déjà appliquer tous les décrets d’application des lois votées en 2023, 2024 et 2025, qui ne sont toujours pas appliqués. Que lui répondez-vous ?

"Marc Fesneau, qui a été ministre, connaît bien le sujet. Vous savez, les parlementaires ont voulu que, dès lors qu’une loi est votée, on lance des consultations publiques. Sur la loi Duplomb-Ménonville, il y a eu 20 000 contributions. Pour dépouiller 20 000 contributions, il faut un peu de temps. Ensuite, il y a le temps du Conseil d’État. Tout cela est classique. C’est le déroulé normal de l’application d’une loi. Moi aussi, je trouve que c’est trop long. Mais je dis aux parlementaires : si vous voulez que ce soit plus rapide, prenez des dispositions pour que l’on puisse comprimer, par exemple, le temps de la consultation publique, est-ce qu’il faut qu’il soit aussi long ? Je ne le pense pas."

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