Productivité et compétitivité agricoles, accord du Mercosur, application des lois votées, gestion de l’eau, loi sur la fin de vie, tensions diplomatiques avec les États-Unis, positionnement face à Jean-Luc Mélenchon. Au micro de Sud Radio, Marc Fesneau a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
Mercosur : "On a peur de quelque chose qui n’existe pas encore"
Jean-François Achilli pour Sud Radio : Annie Genevard appelle à relancer productivité et compétitivité. Comment faire avec le Mercosur qui arrive ?
Marc Fesneau : “Annie Genevard a raison de dire ce que beaucoup d’entre nous ont déjà dit. Et la modestie oblige à reconnaître que nous ne l’avons pas toujours réussi. Mais le sujet de la compétitivité et du revenu des agriculteurs n’a rien à voir avec le Mercosur. Le Mercosur n’est pas en place. La situation va mal, mais pas à cause du Mercosur. On a peur de quelque chose qui n’existe pas encore.”
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Vous dites donc que le Mercosur n’est pas responsable des difficultés actuelles ?
“La situation que vivent les agriculteurs aujourd’hui n’est pas liée à un accord qui n’est pas appliqué. On nous avait déjà expliqué que le CETA, l’accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada, serait une catastrophe. Au final, le solde est positif de quasiment un demi-milliard d’euros. Il faut sortir des peurs anticipées.”
Quelle est alors la priorité pour relancer l’agriculture française ?
“Retrouver de la compétitivité et travailler filière par filière. Cela suppose de l’investissement sur le temps long. Nous avions lancé un plan de souveraineté fruits et légumes parce que 50 à 60% des fruits et légumes consommés en France ne viennent pas de France. Replanter un verger prend des années. Il faut investir dans la robotique, dans le matériel. Si on répond seulement à l’urgence, on ne prépare pas l’avenir.”
Certains estiment que nos exploitations sont trop petites pour affronter la concurrence internationale.
“Nous sommes dans un espace contraint. Nous n’avons pas les millions d’hectares des États-Unis ou du Brésil. Le rendement moyen en blé en France est de 50 à 60 quintaux à l’hectare, contre 15 à 20 aux États-Unis. La comparaison brute n’a pas de sens. Nous devons préserver notre foncier et produire en respectant l’environnement, sans tomber dans la décroissance.”
Peut-on produire davantage tout en protégeant l’environnement ?
“Bien sûr. On peut produire sans dégrader et sans être adepte de la décroissance. Nous sommes dans un pays où la contrainte foncière est forte. Il faut préserver cette ressource, investir dans la décarbonation et l’innovation.”
L’industrie agroalimentaire traverse une crise. Pourquoi ?
“Parce qu’elle ne peut pas investir suffisamment. Les marges sont insuffisantes. Si vous ne dégagez pas de marges pour moderniser vos outils, améliorer la compétitivité énergétique ou investir dans de nouveaux process industriels, vous décrochez. La grande distribution a sa part de responsabilité.”
Toutes les filières sont-elles en difficulté ?
“Non. La filière bovine a des prix historiquement élevés. Le lait va plutôt mieux dans certaines régions. En revanche, les grandes cultures souffrent. Il faut arrêter de tout mettre dans le même panier et ajuster en fonction des réalités.”
"Avant de faire une loi d’urgence agricole, il faudrait déjà appliquer celles votées en 2023, 2024 et 2025 !"
Deux ans après la crise agricole, beaucoup disent que rien n’a changé.
“Si on pense que l’immédiateté règle tout, on ment aux gens. On en est à la quatrième loi agricole. Soit on fait de mauvaises lois, soit on n’applique pas celles qu’on vote. Avant de faire une loi d’urgence agricole, il faudrait déjà appliquer celles votées en 2023, 2024 et 2025 !”
Que reprochez-vous précisément ?
“La moitié des décrets d’application ne sont pas publiés. L’intention du législateur n’est pas ce qui se passe sur le terrain. On donne le sentiment d’impuissance parlementaire.”
Vous soutenez pourtant le gouvernement.
“Je ne suis pas dans l’opposition. Mais le rôle d’un parlementaire n’est pas d’empiler les lois. C’est de contrôler leur application. Nous sommes un pays qui adore faire des lois et qui se plaint ensuite d’en avoir trop.”
Sur l’eau, faut-il des bassines ?
“Les bassines sont une solution dans certaines régions. Ce n’est pas bassines ou pas bassines. Il faut des réserves, des retenues collinaires, travailler au rechargement des nappes et encourager les économies d’eau. L’autonomie alimentaire passe aussi par la gestion de l’eau.”
"Je voterai contre la loi sur la fin de vie si le texte reste en l’état"
Il y a un vote sur la loi sur la fin de vie. Quelle est la position du MoDem ?
“Il n’y aura pas de consigne de vote. Ce sont des sujets de conscience. Chaque député votera en fonction de sa conviction.”
Et vous, personnellement ?
“Aujourd’hui, si le texte restait en l’état, je voterais contre. Je considère qu’on a ouvert la porte à des choses dangereuses. Ça va trop loin.”
Qu’est-ce qui vous inquiète dans ce texte ?
“Le risque que des personnes, notamment les plus modestes, se sentent devenir un poids pour leur famille ou pour la société. Je ne veux pas que nous entrions dans cette logique. Et j’ai du mal à qualifier la notion de délit d’entrave dans ce registre.”
"Jean-Luc Mélenchon fait la Pravda, crée la Pravda, et ne parle qu’à la Pravda !"
Jean-Luc Mélenchon privilégie certains médias et soutient la Jeune Garde. Votre réaction ?
“Jean-Luc Mélenchon a décidé qui était la Pravda. Il fait la Pravda, crée la Pravda et ne parle qu’à la Pravda. Si vous ne parlez qu’aux gens avec lesquels vous êtes d’accord, vous avez un problème avec la démocratie.”
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Vous estimez qu’il y a une dérive ?
“Il dérive. C’est un bateau sans cap. Il suffisait de dire qu’il y avait des brebis galeuses et qu’on ferait le ménage. Il dit qu’il n’y en a pas. Ce n’est pas acceptable.”
La France est-elle condamnée au choix entre les extrêmes ?
“C’est ni RN, ni LFI. Nous ne sommes pas obligés de choisir entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Il faut construire une alternative de rassemblement.”
LFI est-elle hors de l’arc républicain ?
“Non. S’ils étaient hors de l’arc républicain, il faudrait les interdire. Il peut y avoir des discours ou des pratiques non républicaines, mais ils ne sont pas hors du champ républicain.”
En vue de 2027, faut-il une primaire à droite et au centre ?
“La démonstration de l’utilité des primaires n’a pas été faite. Elles radicalisent les camps. Il faut d’abord faire émerger un projet capable de parler à l’ensemble des Français.”
François Bayrou en 2027 ?
“Il est mobilisé sur sa campagne à Pau et sur le plan national pour éviter le ni-ni. Le sujet aujourd’hui, c’est de construire quelque chose pour 2027, pas de désigner un nom.”
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