Elevage et ses filières, services et métiers de l'agriculture, cultures et filières végétales et produits et saveurs de France, d'Outre-Mer et du Monde. Le Salon International de l'Agriculture ouvre demain ses portes au parc des Expo, à Paris. Un moment fort, encore plus que jamais attendu par le monde agricole et rural, étranglé par les sur-normes en France, les lourdeurs administratives, la concurrence étrangère, les abattages sanitaires ou encore les intempéries qui peuvent réduire à néant des mois de production.
Renaud Chatry, éleveur de porc à l’EARL du bois Vérin à Blanzy-la-Salonnaize, dans les Ardennes, explique ses attentes et plus globalement, celles d'un monde en souffrance qui compte bien se faire entendre.
"Nous attendons des annonces fortes"
Vous sortez de deux années particulièrement difficiles : à quelles difficultés avez-vous été confronté tout particulièrement en 2025 et 2026 ?
Oui. L’élevage porcin est l’une des seules filières animales où les prix baissent actuellement. Nous sommes plutôt épargnés par les maladies, mais le kilo est redescendu à 1,40–1,45 €, contre environ 2 € il y a un an ou un an et demi : l’écart est important. Certes, le prix des céréales a aussi baissé, mais je préférerais un porc à 2 € le kilo et des céréales à 200 € la tonne pour que tout le monde s’y retrouve. La situation est très tendue pour les céréaliers et 2026 s’annonce mauvaise pour eux. De notre côté, nous arrivons à équilibrer, sans que ce soit satisfaisant : quelques centimes de plus par kilo représenteraient déjà l’équivalent d’un temps plein sur l’exploitation.
Vous avez décidé de vous rendre au Salon de l’Agriculture. Pour quelles raisons ?
Cette année, nous présentons deux produits au Concours Général Agricole. C’est une première, pour voir où nous nous situons. J’ai aussi un parcours syndical, en tant qu’ancien président des Jeunes Agriculteurs de mon département, ce qui me donne envie d’aller échanger avec les structures régionales et nationales et de prendre la température. Le Salon reste un moment clé pour rencontrer les médias et les responsables politiques et faire passer nos idées. Même si la conjoncture est compliquée, notamment avec les problématiques sanitaires chez les bovins, ce serait dommage de se priver de la visibilité qu’il offre.

"Il existe aussi beaucoup de blocages franco-français"
Vous participez donc au Concours Général Agricole. Sur quels produits concourez-vous ?
Nous concourons en charcuterie, avec deux produits de notre gamme : un saucisson sec et un saucisson à l’ail. Le concours a lieu le dimanche, pendant le Salon. Pour nous, l’objectif est surtout de situer notre travail, d’obtenir des critiques constructives et de pouvoir progresser. Les produits sont évalués par un jury dans le cadre du Concours Général Agricole, qui rassemble de nombreuses catégories, des fromages à la charcuterie, entre autres.
Qu’attendez-vous de cette édition du Salon de l’Agriculture ?
D’un point de vue politique, nous attendons des annonces fortes pour soutenir l’agriculture française : plus de souveraineté, un peu de protectionnisme. La réciprocité des normes est intéressante sur le papier, mais on ne voit pas comment elle serait appliquée. Il faudrait déjà arrêter d’ajouter des "sur normes" en France. Le Mercosur est un sujet important, mais il existe aussi beaucoup de blocages franco-français : règles d’épandage, délais pour construire des bâtiments… On parle d’un manque d’œufs, mais il faut parfois trois ans pour monter un bâtiment. Il y a des lourdeurs administratives à résoudre. Nous attendons des mesures concrètes et rapidement applicables sur le terrain.