C’est le meurtre qui bouleverse la France. Depuis la mort de Quentin Deranque, assassiné par des membres du groupe d’extrême gauche de la Jeune Garde la semaine passée, chaque fait est analysé, scruté et étudié, tant dans la presse que par la classe politique. Mais sur le front de l’enquête, c’est évidemment la police qui est chargée d’assembler les pièces de ce puzzle jusqu'à remonter la piste des suspects.
Depuis le début de l’affaire, les enquêteurs sont parvenus à identifier 11 suspects — huit hommes et trois femmes — qui ont été interpellés mardi soir et mercredi matin dans le Rhône, en Haute-Loire, dans la Drôme et dans l’Aisne. Sept ont été mise en examen pour "homicide volontaire, violences aggravées" et "association de malfaiteurs en vue de commettre un délit", et placés en détention provisoire. Mais comment les forces de l’ordre procèdent-elles à ces arrestations ? Quels moyens sont mis à disposition pour retrouver les suspects et quels sont les services compétents pour une telle enquête ?
Fiche S et bases de données
Parmi les 11 suspects, plusieurs d’entre eux étaient déjà connus des services de police. A minima deux d'entre eux étaient fichés S par le renseignement intérieur. S’il n’est pour le moment pas possible de dire si d'autres étaient soumis à cette classification de la DGSI, le dispositif pour les personnes fichées S implique naturellement que la police de Lyon possède des informations détaillées sur les potentiels "meurtriers", en particulier en raison de leur connivence ou appartenance à la Jeune Garde.
Concernant la Jeune Garde, son suivi s’est intensifié depuis sa dissolution en juin 2025 pour prévenir toute reconstitution de cette ligue dissoute. Les réseaux sociaux ont été particulièrement scrutés pour voir de quelle manière les militants continuaient d'évoluer et de s’organiser. Tous les noms étaient intégrés dans différentes bases de données comme le FPR (Fichier des personnes recherchées), afin de faciliter notamment leur identification en cas de troubles à l’ordre public. Toutefois, même avec une liste d’individus potentiellement dangereux, il reste la question de savoir comment identifier des personnes sur une vidéo quand elle sont masquées ou cagoulées, comme c'était le cas lors du passage à tabac de Quentin Deranque ?
‼️ Jean-Luc Mélenchon a déclaré qu'il avait "une affection particulière" pour la Jeune Garde, suspectée d'avoir participé à la mort de #Quentin Deranque
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🗣️ David (auditeur) : "Le timing est désastreux, ce n'est pas digne d'un responsable politique"#MettezVousDaccord
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Des synchronisations pour reconstituer le parcours des agresseurs
En France, il existe le service d’Identité judiciaire (IJ) pour ce type de situations, qui dispose de techniciens spécialisés dans l’analyse d’images et de vidéos afin d'en améliorer la qualité et zoomer sur des visages. Ce dispositif a donc pu permettre à la police d’identifier certaines agresseurs. Autre source : la synchronisation par la PJ de Lyon des différentes vidéos amateurs avec les caméras de vidéosurveillance de la ville de Lyon afin de retracer le parcours des agresseurs avant et après le drame dans les rues de la ville.
Des profilers et analystes comportementaux
Après l’analyse des images et les déductions qui en découlent, la police a pu faire appel à des profilers ou analystes comportementaux. Dans ce cas précis, l’analyse comportementale (DSC de la Gendarmerie ou experts de la Police) aide à répondre à des questions cruciales pour la qualification juridique des faits, à savoir : la préméditation ou bien la rixe. Les experts analysent si le groupe est arrivé de manière coordonnée (guet-apens) ou si la violence a éclaté de façon spontanée suite à la conférence de Rima Hassan.
La dynamique de groupe est aussi étudiée : ils analysent qui sont les "meneurs" dans la vidéo (ceux qui portent les premiers coups ou donnent les ordres) et qui sont les "suiveurs". C’est essentiel pour différencier les responsabilités de chacun. Enfin, les enquêteurs regardent aussi très attentivement "l’acharnement", c’est-à-dire que l’analyse des coups portés à la tête alors que Quentin Deranque était déjà au sol permet de déterminer l’intention de tuer (homicide volontaire), ce qui est le chef d’accusation actuel.
🔴 Possible participation d'un assistant parlementaire de Raphaël Arnault (LFI) au lynchage de #Quentin Deranque
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🗣️ @ericrevel1 : "Je ne vois pas comment Raphaël Arnault peut revenir siéger à l'Assemblée. La vérité, c'est qu'il y a le feu à LFI !"#MettezVousDaccord
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Experts de la mouvance ultra et police scientifique
Parmi les services spécifiques mobilisés pour une telle affaire, outre la police judiciaire classique, deux services sont particulièrement actifs sur ce dossier : premièrement le SCRT (Service central du renseignement territorial), des experts des mouvances "ultra" (droite et gauche). Ils aident à identifier les suspects en fonction de leurs appartenances politiques (Jeune Garde en l’occurrence). Enfin, la police scientifique peut elle aussi intervenir, notamment en travaillant sur les vêtements saisis lors des interpellations pour retrouver des traces de sang de la victime, ce qui vient confirmer les images vidéo.
La téléphonie au cœur de l'enquête
En dehors des vidéos, la téléphonie est aussi un pilier central de l’enquête. Compte tenu du profil des suspects (militants d’ultra-gauche, membres de la Jeune Garde, assistants parlementaires), les enquêteurs utilisent des moyens techniques très avancés pour transformer les téléphones portables en preuves matérielles.
Tout d’abord, le bornage téléphonique. C’est souvent la première étape. Les enquêteurs de la PJ de Lyon demandent aux opérateurs les relevés des antennes relais entourant le lieu de l’agression à l’heure du drame (secteur Sciences Po Lyon / tunnel ferroviaire). L’objectif est d’identifier quels numéros de téléphone étaient présents dans cette zone précise au moment où Quentin Deranque a été lynché. À la suite de cela, la police recoupe les téléphones présents sur les lieux avec les listes de militants connus ou fichés S : c’est ainsi que la police a pu cibler les 11 personnes interpellées.
"The Wire" à Lyon
Pour les suspects déjà identifiés avant leur arrestation, des mises sur écoute (interceptions judiciaires) ont pu être ordonnées par le juge d’instruction. Digne de dispositifs à la "The Wire", les mises sur écoute permettent de savoir si les agresseurs ont communiqué entre eux pour organiser le guet-apens, coordonner leur fuite ou se réfugier chez des tierces personnes, comme cela semble avoir été le cas. Avant que leurs téléphones ne soient définitivement saisis depuis leur interpellation, et leurs différents messages (SMS, WhatsApp, Signal ou Telegram) analysés et passés au peigne fin afin d'y déceler toute preuve, pièce, élément, échange ou signe qui permettra d'avancer concrètement dans l'enquête.