« Même en sous-marin par la Seine, on arrivera dans Paris sur des lieux symboliques pour porter nos doléances ». La Coordination Rurale l'avait promis, les agriculteurs en colère l'ont fait. C'est un véritable tour de force et une authentique opération coup de poing que sont parvenus à réaliser ce jeudi matin les agriculteurs, qui ont littéralement pris d'assaut la capitale. Et déjoué ainsi les interdictions et autres arrêtés préfectoraux qui étaient sensés freinés voire stopper leur progression vers Paris.
Car malgré les services de renseignement, les forces de l'ordre, les bataillons de CRS et autres pelotons de gendarmerie, les tracteurs sont arrivés en nombre à Paris, au point d'occuper l'Arc de Triomphe et le pied de la Tour Eiffel, de bloquer la Porte d'Auteuil et de planter leurs piquets devant l'Assemblée Nationale. Mais comment les agriculteurs sont-ils parvenus à atteindre leur objectif ?
🔴🚜 Les #Agriculteurs nous expliquent comment ils sont parvenus à déjouer les barrages policiers pour atteindre la capitale pic.twitter.com/tTCok1hj0n
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« On ne va pas dévoiler tous les secrets »
« Depuis qu'on est venu il y a deux ans, on savait que les agriculteurs n'étaient pas les bienvenus dans la capitale donc du coup, on s'est organisé pour venir, raconte Julien Capdeville, de la Coordination Rurale 37. On ne va pas dévoiler tous les secrets, mais c'est de l'anticipation. On n'a pas voulu mettre tous nos œufs dans le même panier. On n'a pas pris les autoroutes cette fois-ci par exemple. Les tracteurs sont partis un petit peu dispersés, discrètement. Et ensuite, comme on savait que la Loire était une barrière stratégique pour les états-majors, on a fait en sorte de pouvoir la traverser avant qu'on annonce les actions. »
« On n'a pris que des petits axes, on a contourné toutes les villes »
« La stratégie, c'était d'essayer de prendre les petits axes pour se faire le plus discret possible, confirme Damien Cournier, de la Normandie. Et puis, avoir le maximum de chance quand même parce qu'il en faut dans la vie. » Mais pas que. « La solidarité a également joué entre les agriculteurs, notamment ceux qui nous ont aidé à bloquer la gendarmerie, explique Patrice Bétard (CR85). On n'a pris que des petits axes, on a contourné toutes les villes. Du coup, pour venir de Vendée, on a mis 30 heures. Mais on l'a fait grâce à notre ténacité. On était déterminés à venir ici et les agriculteurs, quand ils sont déterminés, ils sont prêts à tout ! »
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👨🏼🌾 Colère agricole : Jérôme Gamel (@coordinationrur d’Aveyron) :"Les forces de l’ordre ont tout fait pour nous empêcher d’arriver à Paris" #AgriculteursEnColère pic.twitter.com/3nIextqgf3
Des tracteurs cachés dans des hangars
Tracteurs cachés jusqu'au dernier moment dans des hangars de la région parisienne, avancée par petites grappes, agriculteurs qui font diversion, évitements des autoroutes et des grandes villes : les plans étaient savamment établis depuis « les fêtes de fin d'année », dévoile un des agriculteurs de CR 28. « Ca a été compliqué, on a joué au chat et à la souris mais le résultat est là », se félicite Tony Pradels, également membre de la Coordination Rurale.
Et puis, si certains se sont heurtés à l'inflexibilité et à l'autorité des CRS comme la CR du Tarn, bloquée et disloquée du côté de Melun, d'autres ont bénéficié d'un coup de pouce que l'on serait tenté de qualifier de « citoyen », de la part de certaines forces armées. « On est monté par petits groupes et par les petites routes, raconte Hugues Oudeyer (CR28). Mais on a réussi à passer à travers car on est tombé sur des gendarmes très conciliants ». Quelques grammes d'humanité dans ce monde si brutal pour l'agriculture française.