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Edwige Diaz (RN) : le Ministère de l'Intérieur "banalise les violences urbaines et la haine anti-flic"

Par Adélaïde Motte

INTERVIEW SUD RADIO - Crise agricole, émeutes de la Saint-Sylvestre, inéligibilité de Marine Le Pen, élections municipales, ingérence de Trump : Edwige Diaz, vice-présidente du RN et députée du Gironde, était “L’invitée politique” sur Sud Radio. 

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Edwige Diaz (RN) au micro de Sud Radio

Le Ministère de l'Intérieur "banalise les violences urbaines et la haine anti-flic". Au micro de Sud Radio, Edwige Diaz, vice-présidente du RN et députée du Gironde, a répondu aux questions de Maxime Lledo au micro de Sud Radio

"Mme Genevard n’a rien fait pour sauver l’agriculture"

A la Une de cette actualité, c’est ce qui se passe de nouveau du côté de l’Ariège avec un nouvel abattage lié à la dermatose nodulaire alors que la plupart du troupeau a été vacciné. Est-ce que cela veut dire que le gouvernement s’est trompé dans sa façon de gérer la crise et cette stratégie vaccinale ?

Edwige Diaz : "C’est peut-être un peu tôt pour le dire. En tout cas, moi je me souviens qu’au mois d’octobre, le 28 précisément, notre collègue député du RN, Julien Rancoule, avait alerté la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, pour lui dire : « Prévoyez suffisamment de vaccins, anticipez cette crise parce que nous courons à la catastrophe. » Hélas, comme souvent, le RN, qui avait raison, n’a pas été écouté. Aujourd’hui, on se retrouve avec des drames. Des drames pour l’agriculture, bien sûr, parce que quand on abat un cheptel, c’est tout un patrimoine génétique du troupeau qui disparaît. Mais c’est aussi et surtout une catastrophe sentimentale pour les agriculteurs, doublée d’une catastrophe économique. Et puis cette crise de la dermatose nodulaire contagieuse, en fait, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, parce que les agriculteurs sont en souffrance depuis très longtemps. D’ailleurs, vous savez, j’ai réécouté les vœux d’Emmanuel Macron de l’année dernière. Il disait : « Nous allons continuer d’être aux côtés des agriculteurs. » Mais ce n’est pas vrai : il n’était déjà pas aux côtés des agriculteurs l’année dernière, et il ne l’a pas été, visiblement, cette année. Au RN, nous soutenons vraiment nos agriculteurs et nous nous battons pied à pied, que ce soit au Parlement européen, que ce soit à l’Assemblée nationale, pour faire en sorte qu’ils ne soient pas les grands sacrifiés de la souveraineté nationale."

On était tout à l’heure avec le directeur de la chambre d’agriculture du côté de l’Ariège, il nous disait : « Bon, maintenant, il faut changer de stratégie. » Comment on change de stratégie, vous, le Rassemblement national au pouvoir, face à une telle crise ? Quelle décision vous prenez ?

"En fait, Marine Le Pen l’a exprimé très clairement. Elle a dit : « Il faut réunir les acteurs de la filière », donc les agriculteurs, les chambres, les vétérinaires, les industriels aussi, pour voir ce qu’il existe comme vaccins, parce qu’en fait les vaccins ne sont même pas produits en France. Et d’ailleurs, c’est pour ça que le gouvernement n’a pas pu vacciner l’ensemble du cheptel français, parce qu’en fait nous avons totalement désindustrialisé notre pays, donc nous ne sommes plus en mesure d’avoir notre souveraineté en matière de vaccination."

Vous dites que le gouvernement n’avait pas les doses nécessaires. Quand les agriculteurs nous disent : « Il y a quelques mois, on a demandé une vaccination, on ne nous l’a pas accordée », c’est parce qu’il n’y avait pas les doses nécessaires ?

"C’est ça. C’est parce que la question de la santé, comme tout le reste, a été méticuleusement détricotée par Emmanuel Macron, si bien que tous les vaccins qui ont été injectés à nos animaux sont, pour l’immense majorité d’entre eux, des vaccins importés. Ce n’est quand même pas normal qu’en France on en soit là. Et je le dis : en fait, le gouvernement a capitulé dans tous les domaines. Et franchement, Mme Genevard, qui a fait des pieds et des mains pour rester au gouvernement, son rôle, c’était d’anticiper cette crise, d’être aux côtés des agriculteurs, et pas d’envoyer les blindés contre les agriculteurs. Moi, vous voyez, il y a quelques jours, j’étais sur un barrage en Gironde, c’est le barrage de Sestas. J’ai été voir les agriculteurs pour leur apporter mon soutien. Ils m’ont dit : « Nous nous sentons abandonnés, nous nous sentons méprisés. »"

Est-ce que, tout simplement, elle doit tirer les conclusions et démissionner face à une telle crise ?

"Écoutez, oui. De toute façon, je pense que Mme Genevard n’a rien fait pour sauver l’agriculture depuis qu’elle est en place. Dans quelques jours, le Mercosur va peut-être être signé. Vous voyez, c’est vraiment la goutte d’eau qui va faire déborder le vase. Donc Mme Genevard n’a pas du tout été protectrice pour les agriculteurs. Donc oui, en effet, si elle démissionnait, je pense que personne ne la regretterait. Mais bon, après, je ne pense pas qu’elle le fasse. Hélas, vous savez, c’est un peu comme Emmanuel Macron. Je pense que s’il démissionnait, beaucoup de Français s’en réjouiraient. Hélas, il n’a pas prévu de le faire."

Violences du 31 décembre : "Chaque année en France, pour la Saint-Sylvestre, c’est le chaos en bas et le déni en haut."

Le bilan a été tiré de cette nuit de la Saint-Sylvstre, du réveillon. C’était une « tolérance zéro » qui avait été prônée par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunes. Et pourtant, le bilan est là : 1 173 véhicules ont été brûlés en France, plus de 505 interpellations. Est-ce à dire qu’il n’est plus possible de passer un réveillon de la Saint-Sylvestre paisiblement en France ?

"Mais oui, c’est absolument incroyable, les chiffres que vous avez évoqués, qui sont supérieurs à ceux de l’année dernière. Et moi, je vais vous dire ce qui m’a surtout choquée : c’est le communiqué de presse du ministère de l’Intérieur, qui dit que les violences urbaines ont été limitées. Enfin, pardon, ça veut dire qu’il y a mille personnes qui se sont réveillées le 1er janvier sans voiture. Des victimes innocentes, des gens qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler. Donc déjà, la banalisation de ces violences urbaines est particulièrement tendancieuse. Et il y a autre chose qui manque dans le communiqué de presse en question : c’est qu’il n’y a pas eu un mot pour les policiers et les gendarmes qui ont été blessés. Et là aussi, il y a la banalisation de la violence, de la haine anti-flic…Chaque année en France, pour la Saint-Sylvestre, c’est le chaos en bas et le déni en haut. On a quand même des ministres de l’Intérieur qui se succèdent et qui tolèrent le chaos, qui l’ont parfois excusé, et maintenant, on en vient à le nier ou à l’invisibiliser.

"Notre plan anti-émeutes est clair : c’est d'appliquer le principe du casseur-payeur"

Moi, ce que je veux dire, si vous me permettez de développer juste un petit point, c’est qu’en fait, cette situation n’est pas le fruit d’une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques. Marine Le Pen, en 2023, a proposé un plan anti-émeutes. Pourquoi le gouvernement ne s’en est-il pas saisi ? Notre plan anti-émeutes, il était clair : c’était appliquer le principe du casseur-payeur. Vous cassez, vous payez. Et si vous êtes insolvable, vous payez jusqu’à la fin de votre vie. Ces délinquants il faut les expulser de leurs logements sociaux. Ces délinquants, il faut vérifier s’ils sont bénéficiaires d’un titre de séjour. S’ils ont un titre de séjour, il faut leur retirer ce titre de séjour et mettre les peines plancher pour ceux qui attaquent nos policiers."

Qu’est-ce qui ferait que, vous, au pouvoir, vous n’ignoreriez pas ces violences urbaines ? Qu’est-ce qui fait que vous réussiriez à empêcher ces actes, non pas seulement à les condamner de façon exemplaire, mais à les empêcher ?

"Déjà, si vous expliquez clairement les sanctions qui découleraient de vos actes, je pense que ça contribue largement à la dissuasion, vous voyez. Nous avons rejeté le budget à l’Assemblée nationale. Et heureusement que nous l’avons rejeté. Pourquoi ? Parce qu’en fait, le gouvernement envisageait de mettre une taxe de 5 % sur les contrats d’assurance, donc pour un total de 750 millions. Mais est-ce que c’est normal, dans un pays comme la France, que ce soient les honnêtes gens, ceux qui payent leur contrat d’assurance, qui doivent payer une surtaxe pour réparer ce que les délinquants commettent et qui bénéficient d’une impunité judiciaire incroyable ? Regardez, j’ai vu qu’il y avait donc 403 gardes à vue, notamment des gardes à vue qui ont été menées parce que des personnes ont été prises avec des bonbonnes de protoxyde d’azote. Donc j’ai été regarder dans nos codes : qu’est-ce qu’on risque quand on est en détention de protoxyde d’azote ? Bon, écoutez, on risque une amende et la confiscation du matériel. Franchement, ce n’est pas tellement ça qui va empêcher les délinquants de se balader avec ces protoxyde d’azote."

Le ministre de l’Intérieur avait dit qu’il préparait des textes pour que ce soit plus durement sanctionné. Est-ce que sur ça, par exemple – puisque vous le critiquez – le Rassemblement national apportera son soutien à un texte comme celui-ci, venant de la part du ministre de l’Intérieur ?

"Dès lors qu’il s’agit de sanctionner plus sévèrement les délinquants et de protéger les honnêtes gens, évidemment que nous serons au rendez-vous. Mais là, pardon, c’est de la communication. On sait très bien que le mois de janvier va être très perturbé, avec notamment la question budgétaire. Donc je ne sais pas quand est-ce que ce texte va arriver, mais je pense que là, c’est de la poudre aux yeux. C’est le gouvernement qui essaye de gagner du temps, comme d’habitude."

"La question de la sécurité sera au cœur des programmes municipaux de tous les candidats RN"

Restons sur ces violences qui ont eu lieu pour beaucoup, hélas, dans des villes. Les villes, c’est une question prioritaire pour les municipales qui arrivent dans quelques longues semaines. Est-ce que, pour les municipales, le RN est prêt ? Jordan Bardella et Marine Le Pen ont évoqué, dans leurs vœux, un « esprit de conquête ». À partir de combien de villes on pourrait estimer que c’est une véritable victoire pour le Rassemblement national ?

"La question de la sécurité sera au cœur des programmes municipaux de tous les candidats RN, qui sont au nombre de plus de 650 à avoir d’ores et déjà été investis. Et moi, j’adresse tout mon soutien – d’ailleurs c’est ce que je peux souhaiter à mes collègues qui seront candidats têtes de liste pour les municipales. Ce que je peux leur souhaiter pour 2026, c’est de faire leur entrée dans les conseils municipaux et de gagner des villes. Sur le chiffre, on verra. Vous savez, les municipales, c’est particulier, il peut y avoir des entre-deux-tours, etc. L'objectif, c’est d’avoir le plus d’élus municipaux possible, de remporter le plus de mairies. Pourquoi ? Parce qu’en fait, ces élections municipales seront capitales pour préparer 2027, évidemment. Nos candidats font une campagne de terrain remarquable. Et il est encore temps de figurer sur les listes ; il est même encore temps de monter des listes. Donc je me permets, à votre antenne, de lancer un message à tous les patriotes de France et de leur dire que leur implication dans ces campagnes municipales est absolument nécessaire. Parce que chaque place qui sera obtenue, chaque poste de conseiller municipal qui sera obtenu par un candidat du Rassemblement national, eh bien c’est un poste en moins qui sera donné à des candidats dangereux comme ceux de La France insoumise, ou à des candidats inutiles comme les macronistes."

"J’espère que les juges d’appel feront preuve d’impartialité, de neutralité, et qu’ils reconnaîtront l’innocence de Marine Le Pen"

En attendant, de votre part, une vague bleu marine sur les villes de France, il y aura une autre étape que la cheffe du Rassemblement national, Marine Le Pen – en tout cas du groupe Rassemblement national à l’Assemblée – doit affronter : c’est naturellement son procès. C’est une audience qui se déroulera du 13 janvier au 12 février. Il faut rappeler qu’elle avait été déjà condamnée en première instance à quatre ans de prison, dont deux fermes, mais surtout à une inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire, pour détournement de fonds publics. C’est la fameuse affaire des assistants parlementaires : les magistrats avaient considéré qu’il y avait eu tout un système mis en place. Est-ce que, cette fois-ci, elle va changer sa stratégie de défense ?

"Ce sont ses avocats qui s’exprimeront à ce sujet. Mais en tout cas, pour 2026, je souhaite à Marine Le Pen que la justice reconnaisse son innocence. Je crois que beaucoup de Français attendent cette décision de justice : à la fois la reconnaissance de son innocence, mais aussi la levée de son inéligibilité. Parce que je considère que, dans un pays démocratique, ce sont les Français qui doivent pouvoir décider qui se présente – ou pas – à l’élection présidentielle. Et ça ne doit pas être l’affaire de quelques juges, d’autant plus que la magistrate de première instance avait clairement révélé que sa décision était une décision politique. Donc j’espère que les juges d’appel, eux, feront preuve d’impartialité, de neutralité, et qu’ils reconnaîtront l’innocence de Marine Le Pen, qui est réelle. En tout cas, moi, c’est vraiment ce que je lui souhaite pour 2026, et je sais que c’est ce que beaucoup de Français souhaitent à Marine Le Pen aussi pour 2026."

Est-ce que ce n’est qu’un problème politique ? Parce que, si jamais en deuxième instance – malgré les vœux que vous formulez de neutralité, d’absolue sincérité dans leur jugement – les juges condamnent à nouveau Marine Le Pen, qu’est-ce que vous aurez comme défense ? On ne pourra plus dire « on a empêché Marine Le Pen », vous devrez simplement dire : « Elle a été condamnée parce qu’elle a fauté. »

"Je ne souhaite pas que ça arrive, et on verra, chaque chose en son temps. En tout cas, là, je sais que Marine Le Pen est quelqu’un de très combatif. Elle a dit qu’elle serait présente au procès tous les jours, comme c’était le cas l’année dernière. C’est une femme extraordinaire – je ne dis pas ça parce que c’est ma présidente de groupe, je dis ça parce que c’est un sentiment que de très nombreux Français partagent. Elle l’a dit, elle sera combative, déterminée, et nous, en tout cas, nous serons derrière elle, parce que je pense que ce soutien lui fera chaud au cœur. Je sais que, l’année dernière, quand il y avait eu la pétition de soutien à Marine Le Pen, qui avait recueilli quasiment un million de signatures, ça lui avait fait très chaud au cœur."

"Nous n’avons rien demandé à l’administration de Donald Trump"

C’est forcément un procès qui sera énormément scruté, y compris outre-Atlantique. Figurez-vous que l’administration Trump, après avoir interdit de séjour notamment Thierry Breton – puisqu’il avait formulé des vœux qui ne correspondaient pas aux attentes du président américain – va également surveiller de près le jugement de Marine Le Pen, avec peut-être la volonté d’interdire de séjour certains magistrats qui condamneraient Marine Le Pen. N’est-ce pas tout simplement une vision qu’il faut condamner ? N’est-ce pas de l’ingérence étrangère ?

"Oui. En tout cas, nous n’avons pas demandé ça à l’administration de Donald Trump. Marine Le Pen n’a pas réagi non plus à ces propos. Écoutez, on verra bien si cela se produit. En tout cas, c’est pour le moins surprenant, déroutant. Au Rassemblement national, nous ne sommes pas pour les ingérences. Donc écoutez, si jamais l’administration Trump venait à mettre en application ces dispositions, je pense qu’on réagirait. Mais en tout cas, ça ne vient pas de nous, nous n’avons pas demandé ça, et nous n’avons pas vocation à soutenir ce genre de propositions. Vous savez, c’est Donald Trump, il est comme il est. Nous, on ne l’aurait pas fait, c’est sûr. Trump fait ce qu’il veut, dit ce qu’il veut, mais en tout cas, nous, ça ne nous serait pas venu à l’idée, si nous étions au pouvoir, d’appliquer cela à l’égard d’un autre pays, disons-le clairement."

Alexis Corbière, votre confrère du côté gauche de l’hémicycle, amène un nouveau combat. Dans une lettre adressée à Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, l’ancien député LFI – qui siège désormais avec les écologistes – a eu une proposition étonnante : il a appelé à un renouvellement des œuvres, comme les tableaux, statues et copies exposées au sein du Palais-Bourbon. Selon lui, elles reflètent une vision historique amputée ; il faudrait mettre un peu plus de diversité. Vous le soutenez ?

"L’extrême gauche n’a rien d’autre à dire, n’a rien d’autre à proposer aux Français. Ils sont obsédés par une vision racialisée de la société. Ils sont en train d’essayer de flatter une clientèle électorale. Je veux dire, nous, au Rassemblement national, ce qui nous intéresse, c’est l’intérêt des Français, peu importe leur couleur de peau, peu importe leur religion, peu importe leur origine."

C’est une forme de racisme, ce qu’ils font, en quelque sorte ?

"En quelque sorte. On a bien vu les propos absolument indignes de notre collègue de La France insoumise, M. Bilongo. On voit que l’extrême gauche s’enferme vraiment dans une vision racialisée de notre pays, et qui est éminemment génératrice de division. Pendant que M. Corbière se fait des nœuds au cerveau ou essaye de flatter une clientèle électorale, nous, au Rassemblement national, nous travaillons dans l’intérêt des Français et nous proposons des mesures de manière à leur rendre du pouvoir d’achat, à rétablir la sécurité et à lutter contre l’immigration."

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