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Xavier Raufer : "L'affaire Epstein, c'est une affaire du niveau de la célèbre affaire des poisons sous Louis XIV"

INTERVIEW SUD RADIO - Invité de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio, Xavier Raufer revient sur l'affaire Epstein, qu’il considère comme une affaire hors norme, révélatrice des connivences entre élites économiques, politiques et culturelles, et sur la stratégie de dissimulation mise en place par Jeffrey Epstein pour protéger sa prédation sexuelle.

Xavier Raufer
Xavier Raufer, invité de Périco Légasse dans "Sud Radio La France dans tous ses états”.

Criminologue et auteur du livre Jeffrey Epstein - L'âme damnée de la IIIe culture (Les Éditions du Cerf), de la fascination qu’exerce encore l’affaire Epstein aux zones d’ombre entourant sa mort en détention, Xavier Raufer décrypte les mécanismes de camouflage, l’idéologie libertarienne des nouveaux milliardaires de la tech et les dysfonctionnements carcéraux américains.

Xavier Raufer : "Chez Jeffrey Epstein, tout le reste, hors la prédation sexuelle, relève du camouflage"

Périco Légasse : En quoi l'affaire Epstein vous passionne-t-elle ?

Xavier Raufer : La raison pour laquelle cette affaire Epsetein m'a tout de suite passionné, c'est que c'est une affaire comme il y en a une par siècle. C'est-à-dire que tout apparaît des travers de la société, tout ce qu'on soupçonne - là, on en a la preuve, c'est sous nos yeux. Les connivences entre le haut niveau, la super classe, les gens qui considèrent que le reste de la planète est constitué d'idiots et de petites gens sans intérêt, qui se considèrent comme au-dessus des lois. C'est une affaire du niveau de la célèbre affaire des poisons sous Louis XIV. Cette affaire avait amené à un isolement de la monarchie. Et une monarchie isolée, c'est une monarchie fragilisée. Donc, deux Louis plus tard, c'est Louis XVI qui a payé pour tout ça.

https://twitter.com/SudRadio/status/2021924911623622723

Périco Légasse : La troisième culture à laquelle vous faites référence dans le titre, qu'est-ce que c'est ?

Xavier Raufer : Jeffrey Epstein passe sa vie à essayer de rendre service à des gens riches et puissants pour protéger ce qu'il fait par en dessous, c'est-à-dire sa prédation sexuelle. Qu'est-ce qu'il y a de plus riche et puissant dans les États-Unis de la décennie 2000 ? C'est naturellement les nouveaux milliardaires de la tech, les gens de la Silicon Valley, les gens des GAFAM. Tous ceux qui sont là-dedans ont une idéologie, c'est-à-dire qu'ils partagent une manière de voir les choses, ils pensent que s'ils en sont arrivés là, et pour l'avenir, il faut s'inspirer des thèses. Donc, ils essayent de multiplier les think-tanks, les sociétés d'édition, les émissions, les vidéos vantant le côté libertarien de la culture.

Périco Légasse : Qu'est-ce qui le motive ? Quelle est la pile à l'intérieur de lui qui fait qu'il a cette énergie, cette capacité ? C'est un prédateur sexuel, ça ne peut pas être que ça, il y a aussi un intérêt politique, il sent qu'il pèse, il sent qu'il est influent ?

Xavier Raufer : Non, c'est je pense sincèrement que tout le reste, hors la prédation sexuelle, relève du camouflage. C'est-à-dire qu'il faut que son réseau social soit si brillant et si illustre que ça nous fasse oublier tout le reste. Vous vous souvenez, pendant le krach de Wall Street, on parlait des grandes bandes banques américaines "too big to fail". Voilà, Jeffrey Epstein, il fallait qu'il soit trop illustre pour qu'on ose s'attaquer à sa prédation sexuelle. Je crois que c'est ça, le motif essentiel.

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"C'est du pain béni pour tous les complotistes"

Périco Légasse : On dit souvent que Jeffrey Epstein ne s'est pas suicidé. Qu'est-ce qui permet de le penser ?

Xavier Raufer : Le médecin légiste qui a autopsié Jeffrey Epstein à la demande de son frère Mark, dit que tous les signes qu'on repère sur le corps humain - par exemple, l'iris de l'oeil qui est éclaté, le fait que la pomme d'Adam soit écrasée, le fait que quand on se pend, le sang cesse de couler dans le corps, quand on meurt, le sang descend dans les membres inférieurs, et donc les chevilles et le bas des mollets est noirâtre ou brunâtre… Rien de ça ne correspond. Il dit : "j'ai autopsié 1.000 pendus et 1.000 gens qui avaient été étranglés, et les signes représentent beaucoup plus l'étranglement que la pendaison".

Et l'histoire la plus dingue là-dedans, c'est qu'il y a un forum Internet aux États-Unis qui s'appelle 4chan. C'est le site favori des complotistes, des gens qui croient que les petits hommes verts vont venir de la planète Mars pour coloniser notre planète. Et donc, sur 4chan, une heure avant que le premier journaliste ne dise "il y a un bruit qui circule comme quoi Epstein est mort", il y a un type qui publie un truc en disant : "Faites une copie d'écran tout de suite, parce que ça va disparaître. On vient de trouver Epstein mort, il était à l'hôpital et il est mort". On n'a jamais su quelle était la source. Naturellement, c'est du pain béni pour tous les complotistes. Donc, cette affaire est infiniment suspecte.

https://twitter.com/SudRadio/status/2021920330730668250

Et en plus de ça, comme criminologues, nous, on se fonde sur des statistiques. Six mois avant, dans la maison d'arrêt où il se trouvait, Manhattan Correctional Center, on avait fait un audit complet de l'outil indispensable dans toute prison, c'est à dire les caméras de surveillance - tout était impeccable. Les deux fois où Jeffrey Epstein fait une tentative de suicide, la première ratée, la deuxième réussie… à ce moment là, et uniquement, la seule caméra qui est en face de la porte de sa cellule tombe en panne. Statistiquement, ça veut dire que si vous passez en voiture à côté de l'aéroport de Roissy, vous vous ramassez un 747 sur le toit de la voiture ! C'est pratiquement impossible !

Quand il y a un mort dans une cellule… Quand un gardien de prison s'approche d'une cellule, regarde par l'oeilleton et voit un corps par terre, les normes sont strictes. Vous n'avez même pas le droit de toucher à la porte parce qu'il peut y avoir de l'ADN dessus ou des empreintes. Il faut reculer et considérer que dès ce moment-là, la cellule entière est une scène de crime. Il faut faire venir des gens qui ont la qualité d'officiers de police judiciaire pour faire un procès-verbal rigoureux et admissible par la loi. Que se passe-t-il quand un gardien voit Jeffrey Epstein par l'oeilleton allongé par terre ? Il ouvre la cellule, il tripote le corps, ce qui est rigoureusement interdit. Et il commence à le déplacer. Ils le mettent sur un brancard, ils l'envoient à l'hôpital du coin. Ça se trouve, il est mort il y a trois quarts d'heure. Ils l'envoient à l'hôpital - l'hôpital les envoie se promener en disant "on n'a pas la capacité de ressusciter des gens".

Cliquez ici pour écouter l’invité de Périco Légasse dans son intégralité en podcast.

Retrouvez “Le face à face” de Périco Légasse chaque jour à 13h dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio.

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