singlesud.php

Taux d'emprunt : pourquoi la France paye au prix fort la défiance des investisseurs

Par La rédaction

GROS PLAN SUD RADIO - Le taux d’emprunt de la France à dix ans a franchi hier les 5 %, au point de devenir le taux le plus important de la zone euro. Avec un taux d’environ 3,5 % en Allemagne, cet écart témoigne de la défiance des investisseurs envers les finances publiques françaises. Un chef économiste décrypte les raisons de cette hausse et ses conséquences.

La France emprunte désormais à des taux nettement supérieurs à ceux de son voisin allemand. Hier, elle taux d’intérêt de la dette française à dix ans a franchi le seuil symbolique des 5 %, contre environ 3,5 % pour l’Allemagne. Un niveau inédit depuis 2002 qui illustre les inquiétudes des marchés financiers quant à la capacité de l’État français à redresser durablement ses comptes publics.

« Les investisseurs ne font plus tellement confiance en la capacité de la France à réduire ses déficits »

Pour Pascal de Lima, chef économiste au cabinet Novaminds, cette hausse traduit avant tout une perte de confiance des investisseurs. « Il y a une vraie défiance sur la trajectoire budgétaire française, c'est-à-dire qu'aujourd'hui les investisseurs ne font plus tellement confiance en la capacité de la France à réduire ses déficits de façon vraiment sérieuse et structurelle et sur la longue durée », analyse-t-il. Et plus les investisseurs jugent cette trajectoire incertaine, plus ils exigent une rémunération élevée pour prêter de l’argent à l’État.

Pourquoi la France emprunte-t-elle plus cher que l’Allemagne ?

L’écart entre les taux français et allemands, appelé « spread », approche les 160 points de base, soit 1,6 point de pourcentage. Il s’agit d’un niveau qui n’avait plus été atteint depuis la crise de la zone euro en 2011.

Pour Pascal de Lima, les difficultés françaises ne se limitent pas à la gestion des déficits. « On est incapable de faire les réformes qui s'imposent aujourd'hui, que ce soit sur le marché du travail, que ce soit sur l'économie de l'avenir, que ce soit sur plein de sujets, sur la jeunesse, sur les retraites », estime-t-il. Face à ces incertitudes, les investisseurs se tourne « vers un pays plus stable, qui est reconnu comme tel, qui a connu de l'austérité, qui a une vraie capacité à gérer son budget comme l'Allemagne », poursuit l’économiste.

La dette représente 119 % du PIB

Cette remontée des taux n’est pas sans conséquence pour les finances publiques. Avec une dette publique qui représente environ 119 % du produit intérieur brut (PIB) et dépasse les 3 400 milliards d’euros, la France doit progressivement consacrer davantage d’argent au paiement des intérêts de ses emprunts.

À 5 %, le coût théorique des intérêts sur 3 400 milliards d’euros atteindrait 170 milliards d’euros par an. Mais ce calcul reste hypothétique : le taux à dix ans ne s’applique pas à l’ensemble de la dette française, dont les emprunts ont été contractés à des taux différents.

De l’argent qui n’est pas consacré aux Français

Rappelons que l’argent consacré au paiement des intérêts ne peut pas être utilisé pour financer d’autres priorités, comme l’éducation, la santé ou les investissements d’avenir. La charge de la dette est d’ailleurs devenue le premier poste de dépenses de l’État, devant l’enseignement scolaire hors pensions. En vue de cette charge, le gouvernement cherche donc à réduire le déficit public, avec un objectif de 5 % du PIB, contre 5,4 % actuellement.

L'info en continu
13H
12H
11H
10H
Revenir
au direct

À Suivre
/