Un procès pour escroquerie en bande organisée a été ordonné contre l'ex-patron de l'UDI Jean-Christophe Lagarde, son ancien chauffeur et un ex-policier, accusés d'avoir fait diffuser une fausse information sur Raquel Garrido, alors son adversaire LFI aux élections législatives de 2022.
Ce renvoi, révélé par Le Parisien et confirmé à l'AFP de source proche du dossier, tournera autour de la fausse information publiée dans un article de l'hebdomadaire Le Point après le second tour des législatives.
Le journaliste Aziz Zemouri y accusait indûment Raquel Garrido et son mari Alexis Corbière, député (aujourd'hui ex-LFI), d'exploiter une femme de ménage sans-papiers.
Dès le lendemain, le journal avait retiré l'article en ligne et admis publiquement son caractère "faux" et "mensonger".
Le couple avait porté plainte, mais aussi M. Zemouri, qui avait quitté l'hebdomadaire après cette affaire et présenté ses excuses.
Une information judiciaire a été ouverte à Paris en septembre 2022. Après près de quatre ans d'investigation, le juge d'instruction a rendu son ordonnance en juillet 2026 et conclu qu'il y avait eu constitution d'une "bande organisée".
Cette constitution "suppose la réunion d'au moins trois personnes, avec des rôles définis et particulièrement organisés sans que soit nécessaire la démonstration d'une particulière hiérarchie", souligne le juge.
- "Déstabiliser" -
Premier protagoniste : l'ancien chauffeur de M. Lagarde, Rudy S.
Il lui est reproché d'avoir exploité plusieurs documents d'identité "dans le cadre d'une mise en scène" ou encore d'avoir aussi créé "de fausses captures d'écran", d'après l'ordonnance dont l'AFP a eu connaissance jeudi.
"Dans ses propres déclarations, Rudy S. reconnaît avoir eu connaissance du caractère mensonger des affirmations contenues dans ses différents montages", souligne le juge d'instruction.
Il affirme avoir reçu "une pression constante" de la part de M. Lagarde pour "trouver des éléments compromettants concernant Raquel Garrido dans un contexte électoral".
Outre l'escroquerie, Rudy S. sera aussi jugé pour faux, usage de faux et usurpation d'identité. Contactée, son avocate Chloé Méléard n'a pas souhaité réagir.
Deuxième, et central, prévenu donc : M. Lagarde, qui "souhaitait déstabiliser Raquel Garrido, son opposante politique", selon le juge d'instruction.
Il avait "nécessairement connaissance du caractère erroné des informations publiées ultérieurement" après les élections, note le juge. Raquel Garrido l'avait emporté face à M. Lagarde dans la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis au second tour des législatives en juin 2022.
Contacté par l'AFP, l'avocat de M. Lagarde n'a pas répondu dans l'immédiat.
En novembre 2024, l'homme politique s'était défendu. Aux juges, il avait décrit son ancien chauffeur comme un "pauvre gars" qui aurait orchestré la manigance en dupant son employeur.
L'ancien député, figure de la droite en Seine-Saint-Denis, a retrouvé son fauteuil de maire de Drancy en mars après sa victoire dès le premier tour des municipales.
Troisième acteur clé : Noam Bouhadjela, dit Anouar. Cet ancien policier, devenu chroniqueur de presse, était un contact du journaliste Aziz Zemouri.
Selon le juge d'instruction, l'homme a participé "activement à la transmission des documents d'origine frauduleuse". Il "reconnaît lui-même avoir constaté, à plusieurs reprises, de nombreuses incohérences dans les éléments qu'il a transmis à Aziz Zemouri", ce qui prouve selon le juge, qu'il "avait conscience d'agir à des fins purement politiques et politiciennes".
Son avocat, Pierre-Henri Baert, n'a pas souhaité s'exprimer.
Pour le juge d'instruction, Jean-Christophe Lagarde a donc "impulsé la mise en circulation des informations mensongères", Noam Bouhadjela a été "l'intermédiaire" entre le politique Lagarde et le journaliste Zemouri, tandis que Rudy S. s'est "assuré de la fabrication des différents éléments".
M. Lagarde sera ainsi aussi jugé pour recel de vol. Il a reconnu "avoir été en possession, avoir conservé et avoir transmis une copie de passeport" algérien. Ce passeport a été identifié pendant l'enquête comme "venant d'un faussaire".
Le conseil d'Aziz Zemouri, Me David-Olivier Kaminski, a salué cette décision d'un procès, "pour que la vérité éclate devant le tribunal".
Par Clara WRIGHT / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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