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Jean-Didier Berger : « Heureusement qu'il y a les LBD si on ne veut pas avoir uniquement les armes létales »

INTERVIEW SUD RADIO – Police, 24 octobre, ingérences : Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur, était l’invité de Sud Radio au micro de Jacques Cardoze. Il détaille notamment le dispositif de sécurité et l'adaptation des stratégies policières pour la journée de mobilisation du 24 octobre.

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Jacques Cardoze : Cette journée du 24 octobre, est-ce que c'est la journée de tous les dangers pour le gouvernement ?

Jean-Didier Berger : « Écoutez, c'est surtout une journée sur laquelle on va faire en sorte que les choses se passent le mieux possible dans un contexte particulièrement difficile et après un mois de violence ininterrompue où nos policiers, je les salue, je salue leur action, sont mobilisés matin, midi et soir pour faire en sorte que la France soit la plus apaisée possible. »

Il y a la question du parcours qui fait polémique. Est-ce que ce parcours peut évoluer ou est-ce qu'il est définitif ce matin ?

« Écoutez, nous nous réservons toutes les possibilités parce que vous le savez, les parcours conditionnent la bonne tenue des manifestations. Nous nous autorisons aussi à interdire toutes les manifestations qui ne permettraient pas d'assurer la sécurité correctement. C'est ce que nous avons fait savoir aux différentes demandes qui nous ont été adressées et puis par ailleurs, nous allons avoir un niveau de mobilisation policière particulièrement élevé pour faire en sorte de sécuriser les choses. »

"Nous nous sommes adaptés à cette nouvelle stratégie de la délinquance"

Jean-Didier Berger vous dites que vous ne vous interdisez pas d’interdire des manifestations, y compris celle du samedi 24 octobre.

« Vous savez, on a vu déjà la semaine dernière les parcours de manifestation : d'abord on les adapte, on interdit certains périmètres, et puis surtout on voit que certains des parcours qu'on autorise ne sont pas respectés. Soit parce que les organisateurs sont dépassés, soit parce qu'il y a des individus qui viennent se greffer en voyant les choses sur les réseaux sociaux ou sur les télévisions et qui viennent perturber par grappes. 

Donc nous nous sommes adaptés à cette nouvelle stratégie de la délinquance pour faire en sorte de pouvoir intervenir partout. Mais oui, bien sûr, nous nous autorisons à interdire toute partie des manifestations, des demandes qui nous sont proposées. C'est déjà ce que nous avons fait ces derniers jours. »

En l'état, le parcours ne vous convient pas parce qu'il comporte trop de risques.

« Mais moi, je ne vais pas rentrer dans le détail des parcours parce que c'est aux préfectures... Parce qu'on parle de Paris. Partout en France, quand on est dans une situation où partout en France il y a des demandes, ce sont les préfets qui au cas par cas regardent la pertinence des parcours qui sont proposés. »

"Nous avons des policiers à la hauteur"

Alors, vous promettez un déploiement massif. Les commerçants redoutent le pire, les Gilets jaunes sont appelés à manifester. Est-ce que clairement il y a une montée en puissance par rapport aux 5 000 policiers qui étaient mobilisés pour celle du 17 octobre ?

« Non, mais d'abord, il y avait beaucoup plus que 5 000 policiers le 17 octobre et j'ajoute qu'il faut bien comprendre que ça fait un mois que la police et la gendarmerie sont mobilisées à fond. Et donc, on peut toujours surrajouter. Voyez, par exemple, là on a rappelé des congés, mais pendant combien de temps on va interdire les congés de nos policiers, de nos gendarmes, et à quel prix on va rappeler les congés de nos policiers et de nos gendarmes ?

Nous, on fait aussi de la gestion des ressources humaines parce que quand on veut avoir des policiers qui ont le bon réflexe, qui ont la bonne proportionnalité, qui ont finalement les bonnes paroles aussi, il faut qu'ils aient aussi un repos psychique et physiologique qui soit à la hauteur de ce niveau de qualité, de ce niveau d'attente. Si on a eu aussi peu de difficultés finalement, parce que zéro journaliste blessé sur le terrain, très peu de blessés parmi les manifestants et même les émeutiers, c'est parce qu'on a des policiers qui sont à la hauteur. »

"Il faut se garder de toute caricature"

Quelles sont les consignes qui sont données aux forces de l'ordre ? Emmanuel Macron a parlé de fermeté, il avait parlé d'abord d'empathie. Il s'est trompé Emmanuel Macron en parlant d'empathie ?

« Non, mais on est dans un monde où il faut se garder de toute caricature. Le président de la République tient des propos équilibrés parce que c'est ce qu'on demande à nos policiers, c'est d'avoir une attitude équilibrée. C'est ce qu'on appelle en France la proportionnalité, de ne pas avoir des gestes disproportionnés, de ne pas avoir des gestes violents lorsqu'ils peuvent être évités, d'être au contact quand c'est nécessaire mais pas quand on peut l’éviter. 

Parce que parfois on a en face de nous des personnes mineures, parfois on a en face de nous des personnes qui ne sont pas en possession de tous leurs moyens, et puis parfois on a en face de nous des gens qui sont de l'ultra-gauche, des gens qui sont ultra-violents et là il faut aller au contact de la façon la plus pertinente possible. »

GIGN, BRI, RAID, Sentinelles : "Chacun à sa place"

Entre le 17 et le 24 octobre, est-ce qu'il y aura une différence dans les consignes qui sont données aux forces de l'ordre ?

« D'abord, il y a plusieurs différences : le nombre, les moyens, et puis aussi effectivement les stratégies parce que j'en parlais tout à l'heure, quand on voit de la délinquance se surrajouter et venir non pas dans un parcours mais agir par grappe, jouer au chat et à la souris avec les forces de l'ordre pour essayer, en étant le plus mobile possible, d'aller piller le plus de magasins possible... Eh bien oui, il faut s'adapter à cette nouvelle stratégie de la délinquance. Donc les moyens et les consignes ont été adaptés vis-à-vis de ça. »

Quel sera le rôle du GIGN, de la BRI, voire du RAID sur cette journée du 24 octobre ? On pense précisément à ce moment de fin de manifestation où, on le sait, des groupes comme les black blocs arrivent et tentent de déstabiliser. Est-ce que c'est là que les services d'intervention pourraient jouer un rôle ?

« Bon, il faut bien voir que l'objectif, c'est de mobiliser toutes nos forces partout à la bonne place. D'abord, les policiers vont être aidés par les forces Sentinelle qui vont venir soulager un certain nombre de sécurisations de points fixes, des ambassades, des lieux stratégiques, des institutions de la République pour faire en sorte que les policiers et les gendarmes ne soient pas mobilisés sur ces lieux et puissent se déployer sur le terrain d'opération de maintien de l'ordre ou de gestion des violences lorsque les choses partent en violence urbaine.

"On ne peut pas demander exactement le même travail aux militaires"

Et puis on a ces unités d'élite, le RAID, le GIGN, la BRI sur la partie capitale, où on vient en renfort pour gérer les situations qui seront les situations les plus sensibles. Donc voilà, chacun à sa place. Et puis il faut le dire aussi, d'abord il y a beaucoup d'agents de sécurité privée aussi qui sont mobilisés par les commerçants directement, et je voudrais les saluer parce qu'on oublie trop souvent d'en parler en matière de sécurité, et puis les polices municipales qui font un travail exceptionnel dans les villes où les maires les laissent agir pour venir là aussi suppléer la police nationale et la gendarmerie pour leur permettre d'être plus encore sur le terrain. »

Les militaires de Sentinelle cette fois-ci vont soulager les policiers puisqu'ils vont jouer un rôle de sécurisation de tous les bâtiments pour éviter des pénétrations. C'est ça l'idée ?

« Oui, bien sûr, parce que les militaires sont formés pour être dans les situations les plus violentes sur les terrains d'opération à l'extérieur de nos frontières. Ils ne sont pas formés pour faire des opérations de maintien de l'ordre ou de gestion des violences urbaines. Nous, on demande à nos policiers d'éviter qu'il y ait des morts. On demande à nos policiers de faire en sorte que cette réponse soit proportionnée. On ne peut pas demander exactement le même travail aux militaires. Donc on leur demande de sécuriser ces sites ultra-sensibles pour faire en sorte de soulager la police nationale et la gendarmerie. »

"Nous utilisons toutes les forces qui sont à notre disposition"

Linda Kebbab, syndicaliste policière, dit qu'il y a une forte inquiétude dans les rangs du RAID sur le rôle que pourrait jouer cette unité parce que ce n'est pas son rôle.

« Je pense qu'il faut que chacun fasse confiance à la fois au gouvernement et au préfet de police dans l'utilisation des forces qui sont à notre disposition. Elles sont utilisées à bon escient et c'est ça qui compte, et ce que nos compatriotes vont voir, c'est le résultat. C'est ce qu'ils nous ont demandé, vous savez. »

Mais le RAID, c'est de l'affichage ou ils auront un vrai rôle à jouer ?

« Vous savez, c'est toujours particulier parce que quand on n'utilise pas les forces qui sont à notre disposition, on nous dit : pourquoi vous ne les utilisez pas ? Et quand on les utilise, on nous dit : est-ce que c'est vraiment leur rôle ? Donc il faut qu'à un moment donné chacun soit dans son rôle. Nous, nous sommes dans le nôtre. Nous utilisons toutes les forces qui sont à notre disposition et de la meilleure des façons. »

Violences policières : "Comment peut-on avoir autant de démagogie"

Alors, vous refusez l'existence de violences policières. Vous disiez à l'instant qu'il n'y a eu aucun dégât, il y a pourtant eu deux jeunes qui ont été blessés. Est-ce qu'il y a des violences policières dans le cadre de ces événements ?

« Non, mais je ne dis pas aucun dégât, mais il faut que là aussi nos compatriotes soient en phase avec eux-mêmes. Soit on veut une police — c'est ce qu'on nous demandait encore il y a une semaine, 10 jours, 15 jours — qui ne soit pas au contact, voire une police qui soit désarmée, c'est ce que nous demandaient certains de renoncer aux armes intermédiaires de défense. Au passage, on se dit : s'il n'y a plus les armes intermédiaires de défense, il ne reste plus que les armes létales. On voit ce que ça pourrait donner s'il n'y avait pas les armes intermédiaires de défense. 

Et puis là, ça a complètement changé de paradigme : les mêmes qui nous critiquaient parce qu'il y avait trop de police, trop armée, nous disent qu'il n'y a pas assez de police, qu'elle n'est pas assez armée et qu'il faut qu'elle soit encore plus au contact. Donc on cherche à comprendre quand même comment on peut avoir autant de démagogie sur ce terrain. La vérité, c'est qu'on n'a pas changé d’idée. On adapte la doctrine. Mais sur le fond, on n'a pas changé d'idée dans le soutien qu'on accorde à notre police parce que notre police, oui, elle fait, il faut le dire et le redire, elle fait un excellent travail. »

Par exemple, les LBD, elles seront utilisées samedi ?

« Bien sûr, bien sûr, on a besoin des LBD. Et d'ailleurs le Conseil d'État s'était prononcé sur cette arme intermédiaire de défense et le Conseil d'État avait à juste titre considéré que heureusement qu'il y a les LBD si on veut ne pas avoir uniquement les armes létales quand il y a un contact quasi mano à mano, un contact rapproché. 

Donc il faut bien se rendre compte du nombre de tirs de LBD qui sont faits dans des situations. On a parlé de Limoges. À Limoges, il y a eu en quelques heures seulement plus de 1 000 grenades lancées et plus de 400 tirs de LBD effectués. Vous imaginez la violence de la scène et ce à quoi nos policiers ont dû faire face ? »

Grenades de désencerclement : "Elles pourront être utilisées"

À tel point que vos policiers n'avaient plus de munitions.

« Ce n'est pas qu'ils n'avaient plus de munitions, c'est que quand ils ont commencé leur intervention, ils étaient à 100 % de leurs munitions et au cours de l'intervention, ils ont été ravitaillés avec des munitions qui venaient de Corrèze. Mais quand on arrive à épuiser toutes les munitions, ce n'est pas qu'on n'en avait pas assez, c'est que le niveau de violence était totalement inédit par rapport à ce qui se faisait habituellement. »

Un mot des grenades de désencerclement qui ont également fait polémique. Elles peuvent être utilisées ce samedi ?

« Oui, bien sûr, elles pourront être utilisées. Les grenades de désencerclement, elles ont été suspendues pour un temps limité et pour uniquement les manifestations lycéennes et uniquement dans une des formes d'utilisation. Donc ce sujet-là a été exploité politiquement, médiatiquement pour la cause que j'évoquais tout à l'heure. C'est-à-dire qu'on nous disait que la police était trop présente, trop armée. Aujourd'hui, on est dans la thèse complètement inverse. C'est donc certainement que la présence de la police est à sa bonne proportion. »

Failles du renseignement : "C'est beaucoup plus facile de donner la météo de la veille"

Un mot sur les failles puisque le ministre de l'Intérieur l'a reconnu lui-même sur un certain nombre de failles, notamment au niveau du renseignement. Rassurez-nous, les services du ministère de l'Intérieur ont des comptes TikTok pour surveiller ce qui se passe sur les réseaux sociaux ?

« Moi, je voudrais saluer le travail des services de renseignement parce que tout le monde leur est tombé dessus. Vous savez, c'est le syndrome des gens qui donnent la météo de la veille. Bien sûr, c'est beaucoup plus facile de donner la météo de la veille. On sait ce qui s'est passé. Les services de renseignement, ils font avec les faits qui sont prévisibles. Mais lorsque l'on a une délinquance, certains ont dit une délinquance d'opportunité, peu importe."

Là c'était prévisible, quand même, c'était sur TikTok. Il y avait un certain nombre de rumeurs sur ce qui allait se passer.

« Les services de renseignement n'ignoraient pas qu'il allait y avoir de la délinquance qui allait se surjouer. Écoutez, c'est l'intensité, voilà, c'est l'intensité de cette surmobilisation qui a fait l'objet finalement de ce différentiel entre ce qui était attendu... Mais vous voyez bien que ce n'est pas parce qu'il y a des choses qui se sont surrajoutées en direct et des gens qui se sont dit : 'tiens, là on voit qu'il y a un événement à la télévision, on voit qu'il y a une faille à cet endroit-là, tiens, on va tous y aller pour s'engouffrer dans cette faille'. Ce n'est pas parce que les choses parfois ne sont pas prévisibles qu'on peut reprocher à nos services de renseignement l'excellent travail qu'ils font sur 99 % des opérations.»

"On a une sorte d'embouteillage parlementaire"

On a 30 000 policiers municipaux à disposition en France qui ne peuvent ni verbaliser un tag sur un bâtiment, ni contrôler, ni fouiller un sac. Il y a un projet de loi sur lequel vous avez travaillé qui est aujourd'hui prêt en réalité mais qui attend le dernier chemin parlementaire avec la publication des décrets. Est-ce que cela peut évoluer compte tenu de la situation ?

« Alors, ce n'est pas tout à fait la publication des décrets. Il faut d'abord que ce texte passe. Il est passé au Sénat, il a été renforcé par le Sénat, il doit passer maintenant à l'Assemblée nationale. Mais on a une sorte d'embouteillage parlementaire parce qu'il y a tellement de textes importants qui arrivent ou qui sont arrivés qu'on essaie de gérer les priorités. Voyez par exemple la loi intégrale : la loi intégrale a pris la place de la loi sur la police municipale qui devait passer et être le premier des textes lors de la rentrée parlementaire. 

Moi je n'ai pas à regretter les choix qui sont faits et par le gouvernement et par le Parlement ensemble. Tout le monde a considéré que c'était une priorité, certainement à juste titre. Et donc ce texte sur la police municipale, il va arriver, Monsieur Béchu le sait, j'espère le plus rapidement possible, mais en tout cas avant la fin de la session parlementaire. Mais vous savez, j'ai été maire pendant 10 ans, il y a déjà plus de 20 ans, on parlait déjà de ce texte sur les polices municipales, et donc tout gouvernement confondu. 

Bientôt des "prérogatives judiciaires élargies" pour les policiers municipaux

Ce qu'on voit, c'est qu'il y a eu du travail de fait, aujourd'hui c'est le gouvernement de Sébastien Lecornu qui met sur la table ce projet de loi sur la police municipale. Donc ce serait un peu fort de café de nous reprocher le travail qu'on est les seuls finalement à mener jusqu'au bout. Ce texte, il va permettre aux policiers municipaux d'avoir des prérogatives judiciaires élargies, c'est-à-dire de mettre directement les amendes qu'aujourd'hui ils ne peuvent pas mettre directement, notamment pour trafic de stupéfiants ou pour d'autres actes de délinquance. 

Aujourd'hui, ils sont obligés d'appeler un policier national ou un gendarme pour venir mettre l'amende avec eux à leur place, ce qui est totalement non opérationnel. Donc le gouvernement de Sébastien Lecornu, il règle ce problème. On a fait passer le texte sur la loi Riposte, on a fait passer le texte sur la loi intégrale, on va faire passer ce texte sur la police municipale. Vous savez, les priorités, il y en a beaucoup qui s'accumulent sur la table du gouvernement et du Parlement. Et c'est un travail qu'on fait main dans la main avec le Parlement. »

Jacques Cardoze : Un certain nombre de commerçants commencent à s'armer. Est-ce que ça vous inquiète ?

Jean-Didier Berger : « Bien sûr, je pense que dans notre pays, il faut que force reste à la loi et ce n'est pas évidemment aux commerçants... que je comprends. Je comprends ces commerçants mais je leur dis : faites attention, ne vous mettez pas dans une situation que vous pourriez regretter, qui vous serait reprochée, et comptez sur les forces de l'État et sur les forces de sécurité privée. Il y a déjà beaucoup de commerçants, beaucoup de centres commerciaux, beaucoup de commerçants indépendants qui utilisent les moyens de la sécurité privée et je pense que c'est une bonne façon de mettre à distance ce sujet. »

LFI ciblé par le gouvernement : "On ne s'acharne contre personne"

Vous craignez le dérapage ?

« On peut toujours craindre des dérapages mais je voudrais quand même dire que dans notre pays, on voit des situations depuis des semaines sur des centaines de théâtres d'opération avec très peu de dérapages. Voyez, vous et vos confrères vous suivez ces faits depuis un mois, il y a eu zéro blessé parmi les journalistes. 

Dans quel pays on arrive à ce point à assurer la sécurité et la transparence de tous ces théâtres d'opération qui se comptent par centaines ? Il y en a eu deux parmi les manifestants, ces dernières semaines beaucoup de choses qu'on peut regretter, mais à l'échelle de centaines de sites d'intervention sur des dizaines et des dizaines de jours. Moi, je voudrais surtout rappeler les plus de 1 000 blessés chez les policiers parce que ce sont eux les premiers à être blessés. »

Pourquoi le gouvernement s’en prend-il autant à LFI après les violences du 17 octobre, alors que Jean-Luc Mélenchon reste bien placé dans les sondages et que le parti condamne les violences ?

« Nous, on ne s'acharne contre personne. Simplement, on dit la vérité aux Françaises et aux Français. Et ceux qui ne voient pas que tout est parti du Val-de-Marne et des actions de Monsieur Boyard qui déjà il y a plusieurs années avait lancé un 'Lycée Blocus Challenge' pour faire en sorte d'essayer déjà à l'époque de bloquer un maximum de lycées... Tous ceux qui ne voient pas ça, tous ceux qui n'entendent pas les déclarations de ceux qui, dans les rangs de La France insoumise, disent que la violence peut être légitime... 

Non, désolé ! Le monopole de la violence légitime, il est à la police, il est à l'État. Il ne peut pas être ni aux manifestants, ni aux partis politiques, à ceux qui disent comme Alma Dufour que la fin justifie les moyens. Non, désolé, on est en France, on est en République et donc il faut que force reste à la loi. »

"Je ne crains rien ni personne"

Il y a cette commission d'enquête parlementaire qui vient d'être demandée et qui a été acceptée. Est-ce que vous craignez que LFI en fasse là aussi un théâtre politique ?

« Mais moi, je ne crains rien ni personne. Ce que je veux, c'est que nos compatriotes ouvrent les yeux en grand et voient qu'on ne peut pas se satisfaire d'un parti politique qui incite à la violence. Ce n'est pas possible de condamner les violences d'un côté, mais finalement être présent sur le terrain pour jeter de l'huile sur le feu. 

Bien sûr, ils ont une responsabilité dans tout ça. Et quand on voit que Raphaël Arnault est toujours dans le groupe parlementaire de La France insoumise compte tenu des faits qui lui sont reprochés, je crois qu'on ne peut pas ne pas souligner l'implication de LFI dans ce conflit. »

Pourquoi le plateau de Millevaches n’est-il pas davantage surveillé par les forces de l’ordre, alors que l’un des incendiaires présumés de la mairie de Limoges l’aurait fréquenté ?

« Vous voyez que s'agissant d'un individu fiché S, il est effectivement suivi par les services de l'État. Deuxièmement, il ne vous a pas échappé que les services antiterroristes se sont saisis de cette situation et c'est suffisamment rare pour être souligné. Ça dit aussi le niveau de violence auquel on a été soumis la semaine dernière et donc les mesures sont prises pour faire en sorte que les choses puissent rentrer dans l'ordre. Mais je crois qu'au contraire, tout ça est le signe que les choses sont particulièrement suivies par les services de l'État. »

"Les autres pays du monde savent que la France est un grand pays"

Emmanuel Macron a-t-il raison de dénoncer une manipulation étrangère de l’information après le 17 octobre ? Donald Trump et Benjamin Netanyahu contribuent-ils à attiser les tensions en France ?

« Oui, je crois qu'il a raison et tout le monde le voit. On voit bien qu'il y a ceux qui finalement s'intéressent vraiment à la France et qui cherchent à voir comment est-ce qu'on peut améliorer la situation, et puis il y a ceux qui se servent de ce qui se passe en France pour alimenter leur propre agenda politique et faire des comparaisons — comparaison n'est pas raison —, faire des comparaisons par rapport à leur situation nationale. 

Non, pas du tout, chaque situation est particulière et donc nous nous occupons de la France et nous faisons en sorte que la France soit respectée à l'international. Mais je peux vous dire une chose, c'est que moi j'étais au Qatar avec le président de la République hier et avant-hier, et nos partenaires, que ce soit nos amis du Moyen-Orient, mais aussi tous les autres pays du monde qui étaient représentés au Qatar, eh bien ils savent que la France est un grand pays et que la France fait en sorte dans une démocratie exigeante de faire en sorte que les choses se passent bien. »

Il dit autre chose Emmanuel Macron, il dit qu'il n'y a pas eu d'ingérence étrangère en amont sur ces violences du 17 octobre. Est-ce que vous confirmez, vous n'avez pas observé vous-même de manipulation étrangère le week-end dernier ?

« Oui, absolument. Pas de manipulation étrangère dans la commission des faits. Par contre, manipulation étrangère dans l'utilisation des faits a posteriori ou dans l'imagination de faits qui ne sont pas advenus pour essayer par l'intelligence artificielle de dire qu'il y avait plus que ce qui s'est passé. Donc là aussi, il faut aborder les choses nommément. »

"La Russie fait en sorte de manipuler des images"

Quels pays sont concernés ?

« Écoutez, vous savez bien les pays qui sont concernés, ceux qui sont les ennemis de la France et qui veulent faire en sorte de semer davantage de chaos que ce que nous avons connu, et les Françaises et les Français sont bien informés de cela. »

La mairie de Limoges ce n'était pas de l'intelligence artificielle, on est bien d'accord ?

« Non, bien sûr. Les faits sont suffisamment graves par rapport à ce qui s'est passé à Limoges pour qu'on ne vienne pas chercher des responsabilités qui n'existent pas. Mais je voudrais quand même souligner une chose, c'est que c'est quand même pas mal d'avoir dans notre pays une démocratie moderne dans laquelle on est capable de dire sans langue de bois : 'Voilà, ça, ça a bien marché, ça, ça n'a pas bien marché, et voilà comment on va améliorer ce qui n'a pas bien fonctionné.' C'est quand même le signe d'une démocratie mature qui est capable de dire sans langue de bois voilà comment on fait pour que les choses soient encore plus efficaces. »

Pour que ce soit tout à fait clair, Donald Trump et Benjamin Netanyahu sont des ennemis de la France du coup ?

« Non, mais eux, ils l'utilisent pour leurs intérêts internes. Par contre, on a des ennemis de la France, notamment la Russie, qui font en sorte de manipuler des images pour faire croire partout dans le monde que les choses se sont passées encore plus mal qu'elles ne se sont passées. »

"L'utilisation de l'IA alimente le conflit"

Les réseaux sociaux ont-ils joué un rôle dans les pillages du 17 octobre, notamment via la géolocalisation ? Faut-il envisager de les interdire temporairement et localement pendant les manifestations, comme le propose Gabriel Attal ?

« Non, mais moi je ne vais pas, en tant que membre du gouvernement, commenter des propositions de campagne des candidats à l'élection présidentielle.»

Est-ce que vous y avez pensé ou pas ? Est-ce que c'est envisagé ?

« Ce qui est sûr, c'est que depuis un mois on voit l'utilisation de l'intelligence artificielle dans l'alimentation du conflit. Quand on a sur les lycées des centaines et des milliers de tracts personnalisés en quelques heures qui arrivent avec les mêmes maquettes pour dire 'rendez-vous à tel endroit pour tel lycée, rendez-vous à tel endroit pour tel collège' avec des slogans quasi identiques, avec des maquettes identiques, avec des mots d'ordre identiques... On voit, et je pense que c'est la première fois, à quel point l'intelligence artificielle peut être utilisée. 

Deuxième exemple : lorsqu'on a un surajout de délinquance parce qu'avec la géolocalisation ils se disent 'tiens, il y a une faille à cet endroit-là, on voit que le dispositif de sécurité a été failli à cet endroit-là', tac, on vient se surrajouter. Mais par centaines de personnes, par milliers de personnes. »

"Nous allons faire passer la loi casseur-payeur"

Donc vous garantissez qu'on ne touchera pas aux réseaux sociaux, qu'ils seront pleinement disponibles ?

« Je vous l'ai dit, je ne vais pas faire de commentaires. Par contre, ce que je peux vous dire, c'est que nous, nous allons utiliser l'intelligence artificielle de plus en plus et la technologie de plus en plus pour faire en sorte de maîtriser les choses. Nous venons dans la loi Riposte, avec le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, de faire adopter la vidéoprotection assistée, c'est-à-dire la reconnaissance des situations. Mais demain, il y a d'autres briques de technologie qu'on peut utiliser et il faut que nos compatriotes aussi soient au clair avec eux-mêmes. Il y a 15 ans, la vidéoprotection tout court c'était dans le débat : certains nous disaient que mettre des caméras c'était être dans Big Brother. 

Aujourd'hui, on fait la reconnaissance des situations et demain il y a d'autres briques de technologie qui sont utilisées à l'étranger que nous ne nous sommes pas encore autorisés à modifier. Et nous allons faire passer la loi casseur-payeur. Nous allons transformer cette loi casseur-payeur en loi anti-casseur. Et s'il faut ajouter un projet de loi de nature constitutionnelle pour aller plus loin encore dans l'utilisation de la technologie, la reconnaissance faciale... Il y a plein de technologies qui peuvent être utilisées dans cette direction. Il faut aussi que nos compatriotes soient au clair avec eux-mêmes : est-ce qu'ils sont prêts à ce qu'on aille encore plus loin dans l'utilisation de la technologie ? »

Dans la continuité de ce que vous disiez au sujet des ingérences étrangères, Donald Trump est-il devenu un ennemi de la France ?

« Non, ce n'est pas du tout ce que j'ai dit. Ce que j'ai dit, c'est qu'il y avait les ennemis de la France qui manipulaient les images, et ceux qui pour leur intérêt personnel, qui sont d'habitude et peuvent être des partenaires de la France, se servent de ces faits d'une façon fort peu élégante pour essayer d'alimenter leurs agendas politiques propres, notamment lorsqu'ils ont des élections comme c'est le cas de Donald Trump. »

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