single.php

Incendie à Crans-Montana : un tel drame pourrait-il arriver en France ?

La nuit du nouvel an a viré à la tragédie à Crans-Montana, en Suisse, où un incendie a ravagé le bar Le Constellation, faisant une quarantaine de morts et plus d’une centaine de blessés. Au-delà du choc, le drame interroge les conditions de sécurité dans les lieux festifs similaires. Alors la France est-elle réellement à l’abri d’un tel scénario ?

Incendie à Crans-Montana : un tel drame pourrait-il arriver en France ?
A woman lays flowers near the site where a fire ripped through a crowded bar during New Year's Eve celebrations in the Alpine ski resort town of Crans-Montana on January 1, 2026. Several dozen people are presumed dead and around 100 injured after a fire ripped through a crowded bar in the luxury Swiss ski resort of Crans-Montana, Swiss police said on January 1, 2026. Police, firefighters and rescuers rushed to the popular resort, which is set to host the Ski World Cup from January 30, after the fire broke out in the early hours of New Year's Day. (Photo by MAXIME SCHMID / AFP)

Dans la nuit du 31 décembre, alors que la station de ski suisse de Crans-Montana célèbre le passage à la nouvelle année, un incendie se déclare dans le bar Le Constellation. Très vite, le feu se propage, piégeant des dizaines de clients, parfois mineurs, à l’intérieur. En conférence de presse, Frédéric Gisler, commandant de la police cantonale valaisanne, annonce un bilan dramatique : environ quarante morts et 115 blessés, dont entre 80 et 100 en urgence absolue. Plusieurs victimes, impossibles à identifier dans l’immédiat, sont évacuées vers des hôpitaux suisses, allemands, italiens et français.

La tragédie de Crans-Montana ravive donc un éternel débat : celui des normes de sécurité. « Cela pose de vraies questions sur les normes de sécurité en place », estime sur Sud Radio Alain Cusin, directeur général de la station des Contamines-Montjoie, en Haute-Savoie, soulignant une approche historiquement plus rigoureuse en France. 

Une réglementation bien plus stricte en France

« En France, il y a eu beaucoup d’accidents par le passé. Cela a conduit à des réglementations très strictes, parfois au prix de fermetures d’établissements », rappelle-t-il. « Dans notre station, il y avait trois établissements de type boîte de nuit ou bar. Ils ont fermé tous les trois parce qu’ils n’étaient plus aux normes : problèmes d’escaliers, d’accès ou de sorties de secours ».

« Aujourd’hui, la tendance, ce sont les équipements éphémères, souvent en extérieur ou semi-extérieur, justement pour limiter les risques », explique Alain Cusin. Ces installations permettent de réduire les dangers liés aux incendies, aux mouvements de foule et aux évacuations complexes. 

« En France, ça ne peut pas arriver »

Ainsi, Thierry Fontaine, président de l’Umih Nuit, estime sur Franceinfo que le scénario de Crans-Montana « ne peut pas arriver » dans le cadre réglementaire français. Il insiste d’abord sur la nature même de l’établissement. « On dit que c’est une discothèque, mais ce n’est pas une discothèque. Un bar, c’est un bar ». Une distinction nécessaire car les obligations en matière de sécurité ne sont pas les mêmes. 

Selon lui, certaines pratiques en Suisse seraient immédiatement sanctionnées en France. « Le complexe isolant utilisé dans ce bar s’enflamme tout de suite. C’est une folie d’avoir mis ça au plafond. En France, ce serait complètement interdit. Tous les plafonds en discothèque sont classés M1, c’est-à-dire résistants au feu. Ils brûlent très lentement et ne dégagent pas de fumées toxiques ».

Alarme, issue de secours : un cadre plus strict en France

Ensuite, « à partir de 19 personnes accessibles dans une pièce, il faut obligatoirement deux issues de secours espacées de plus de cinq mètres », rappelle-t-il. Il estime donc que l’escalier décrit par les témoins en Suisse serait totalement illégal en France.

À cela s’ajoutent des dispositifs automatiques stricts. « Dès le moindre départ de feu, l’alarme se déclenche, la musique se coupe, la lumière se rallume, un message demande l’évacuation ». Des systèmes autonomes, « fonctionnant sur batteries », même en cas de coupure de courant, avec un désenfumage immédiat.

Le risque zéro n’existe pas

Pour autant, ni Alain Cusin ni Thierry Fontaine ne parlent de risque zéro. Le danger apparaît surtout lorsque la pratique dépasse le cadre légal. « Quand on fait une activité de type discothèque dans un bar, on n’a pas ces niveaux de sécurité », alerte le président de l’Umih Nuit. « Si l’activité déclarée n’est pas conforme, le niveau de sécurité n’est pas en adéquation avec le risque » avertit-il.

Un précédent à Rouen en 2016 avec 14 morts

Ce décalage entre cadre administratif et usage réel avait déjà conduit à un drame en France. Dans la nuit du 5 au 6 août 2016, un incendie s’était déclaré au Cuba Libre, à Rouen, un bar qui accueillait une soirée privée. Le feu avait été provoqué par l’utilisation de bougies festives et de feux de Bengale, allumés à l’intérieur du local. Les flammes s’étaient rapidement propagées aux matériaux du plafond, libérant des fumées toxiques dans un espace confiné, comme à Crans-Montana. Quatorze jeunes avaient alors perdu la vie.

« J’appelle  les maires à leurs responsabilités »

L’enquête avait mis en évidence plusieurs manquements : un établissement autorisé comme bar mais utilisé comme lieu de danse, une configuration intérieure inadaptée à une forte affluence, et des dispositifs de sécurité qui ne correspondaient pas aux risques encourus. Un scénario qui, selon Thierry Fontaine, illustre parfaitement les dérives à éviter. « J’appelle vraiment les maires à leurs responsabilités », conclut-il, « notamment quand ils se rendent compte qu’un bar devient une discothèque ».

L'info en continu
13H
12H
11H
10H
09H
07H
23H
Revenir
au direct

À Suivre
/