Après la mort d'un militant nationaliste en marge d'une réunion à Sciences Po Lyon, le gouvernement veut serrer la vis aux universités, en limitant drastiquement dans les facs ces réunions politiques accusées de générer des "violences".
"Avec les risques qu'on a aujourd'hui qui sont maintenant tristement très, très clairs, évidemment non, il n'y aura pas d'autres meetings de ce type-là dans les établissements", a assuré mardi le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste sur BFMTV, en référence à la conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon jeudi dernier.
Selon le collectif Némésis, proche de l'extrême droite et se revendiquant féministe, Quentin Deranque était chargé d'assurer la sécurité de plusieurs de ses militantes venues manifester contre cette conférence.
Le jeune homme a succombé à des coups portés par au moins six personnes masquées et cagoulées, selon des déclarations du procureur lundi.
"Des discours qui ont vocation à enflammer les jeunes, à les mettre dans la rue pour avoir des interactions violentes, ce n'est pas possible de continuer à avoir ça aujourd'hui au sein des établissements", a fustigé M. Baptiste.
Un président d'université "doit interdire" ce genre de réunions, notamment celles de Rimas Hassan, "c'est sa responsabilité et de toute façon, le ministère prendra ses responsabilités", a-t-il prévenu, sans plus de précisions.
Il a envoyé une circulaire, datée de lundi, aux préfets et aux recteurs en ce sens.
Consultée par l'AFP, elle rappelle aux préfets et aux recteurs leur rôle d'accompagnement des présidents d’université pour décider ou non d'annuler des événements dans leurs établissements, leur avis permettant d'"apprécier la gravité de la menace ou du risque de trouble à l'ordre public".
- "Contexte actuel" -
Le texte, signé de Philippe Baptiste et de Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, redit les critères, déjà existants, que doivent examiner les présidents d'université pour autoriser la mise à disposition de locaux pour des étudiants qui en font la demande: concilier "les libertés académiques et les libertés d’expression" et le "maintien de l’ordre dans l’établissement et le bon fonctionnement du service public", en fonction du "contexte" et du "contenu de la réunion".
Mais la circulaire souligne que le contexte a changé. "Alors que la violence politique a atteint un nouveau sommet", elle demande de prendre en compte le "climat très particulier de tensions voire de violences extrêmes autour de tels évènements, comme en témoigne la tragédie qui vient d'endeuiller Lyon".
"Le contexte actuel montre hélas que des troubles graves à l’ordre public peuvent survenir à l’occasion de telles réunions", peut-on lire.
Selon une source au ministère de l'Enseignement supérieur, le gouvernement ne souhaite pas interdire la politique au sein des universités, mais certaines réunions politiques en fonction des troubles à l'ordre public qu'elles peuvent occasionner.
Dans un contexte d'occupations et de blocages de certaines universités par des mouvements propalestiniens, autoriser ou non les conférences de Rima Hassan dans les universités ou Institut d'études politiques (IEP) a fait l'objet de batailles judiciaires depuis deux ans, entre les directions d'établissements, l'élue et les organisations étudiantes.
La justice administrative a parfois rendu des décisions contradictoires et apprécié différemment l'atteinte, en cas d'interdiction, "aux libertés fondamentales" que sont les "libertés d'expression et de réunion".
En novembre 2024, le Conseil d'Etat avait jugé justifiée la décision de Sciences Po Paris d'interdire dans ses locaux une conférence de l'eurodéputée sur l'"embargo sur les armes à Israël", prenant le contre-pied du tribunal administratif.
"Alors que Mme Rima Hassan avait à plusieurs reprises apporté son soutien aux occupations et blocages de Sciences Po, son directeur n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression et à la liberté de réunion des étudiants en refusant de mettre à disposition une salle pour la tenue de la conférence envisagée", soulignait le juge des référés du Conseil d'Etat.
D'autres établissements ont aussi interdit la tenue de conférences de Mme Hassan, comme l'université de Lille, Paris-Dauphine ou Strasbourg, et ont parfois été désavoués par la justice.
Par Julia PAVESI / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP