Après le meurtre de Quentin Deranque à Lyon par « La Jeune Garde » antifasciste, la députée UDR Hanane Mansouri et la députée socialiste Ayda Hadizadeh sont revenus sur ce « climat guerrier » de plus en plus présent en France. Invitées sur Sud Radio, elles condamnent toutes deux le lynchage du jeune militant identitaire de 23 ans et reconnaissent un durcissement du débat public. Néanmoins, elles s’opposent fermement sur ses causes et ses responsables.
Une radicalisation verbale incompatible
Il y a bien un point où les deux députées s’accordent : le climat politique s’est durci. « Je partage l'analyse sur le climat actuel, oui », affirme Hanane Mansouri, tout en nuançant l’expression de « climat guerrier ». Selon elle, « pour qu'il y ait un climat guerrier, il faudrait qu'il y ait deux camps qui s'affrontent », alors qu’elle décrit plutôt « une attaque personnelle et un lynchage politique » visant un militant.
Ayda Hadizadeh partage le constat d’une tension croissante, évoquant « un climat qui pousse les uns et les autres à avoir des positions de plus en plus tranchées ». Elle souligne que « tous ceux qui ont participé à la négociation pour trouver un accord sur le budget ont été traités de traîtres », regrettant une radicalisation verbale incompatible, selon elle, avec le fonctionnement démocratique. Pour la députée socialiste, « quand on emploie ce niveau de langage pour qualifier des personnes avec qui on n'est pas d'accord, il y a véritablement un problème ».
🗣️@aydahadi (PS) : "Depuis des années à #Lyon, on laisse des milices d'extrême droite et d'extrême gauche s'affronter. Où sont les forces de l'ordre ? On est dans un climat de guerre civile !" #LaVéritéEnFace
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« La violence de l'extrême-gauche est le miroir de la violence de l'extrême-droite »
Mais l’accord s’arrête là. Hanane Mansouri pointe une violence qu’elle juge asymétrique. Elle affirme que « régulièrement, nous, militants de droite, nous faisons agresser par les milices d'extrême-gauche » et assure avoir elle-même été « tabassée par les antifascistes ». Selon elle, « il y a une violence, aujourd'hui, qui est issue de la gauche et de l'extrême-gauche. »
Une position contestée par Ayda Hadizadeh, qui insiste sur la réciprocité des violences. « La violence de l'extrême-gauche est le miroir de la violence de l'extrême-droite », affirme-t-elle, décrivant des affrontements récurrents entre groupes radicaux, notamment à Lyon. « Les deux se cherchent dans la rue pour faire le coup de poing, et ce depuis longtemps. » Elle cite notamment l’assassinat du rugbyman argentin Federico Aramburú, tué en 2022, pour dénoncer ce qu’elle considère comme une minimisation des violences d’extrême droite.
La thèse du « Grand remplacement a armé les esprits malades »
Au-delà des violences physiques, Ayda Hadizadeh accuse certaines théories politiques d’alimenter un climat dangereux, notamment celle du « Grand remplacement ». Selon elle, cette théorie « a armé les esprits malades et conduit les uns à être armés ».
Elle met en garde contre une « conflictualisation permanente » du débat public, définie comme « le fait de considérer que tous ceux qui ne pensent pas comme vous pensent faux, et sont des ennemis ». Une logique qu’elle juge comme « antithèse de la démocratie ».
🗣️@hanane_mnsr (UDR) : "Il y a aujourd'hui une violence issue de la gauche et de l'extrême gauche" #LaVéritéEnFace
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La gauche a « besoin de milices d'extrême gauche »
Hanane Mansouri, elle, rejette ces accusations, dénonçant des amalgames et affirmant que son camp « combat par les idées » et non par la violence. Elle accuse à son tour la gauche de refuser le débat et d’avoir « besoin de milices d'extrême gauche pour aller intimider ».
La député UDR accuse également La France Insoumise d’avoir « tout intérêt à avoir des milices violentes auprès d'eux », visant notamment le député Raphaël Arnault, cofondateur du groupe antifasciste « La Jeune Garde ».
Les alliances politiques en question
Ayda Hadizadeh lui renvoie la critique, accusant la droite d’entretenir des liens avec le Rassemblement National, qu’celle considère comme porteur d’une violence politique indirecte. Selon la député PS, « si on souhaite mettre fin à ce cycle de violence, il va falloir commencer par clarifier certaines positions et rejeter certaines pratiques ».
Au sein même du Parti Socialiste, cette question divise. Ayda Hadizadeh reconnaît que des débats internes auront lieu sur les alliances futures, notamment après les prises de position de certaines figures du parti opposées à tout rapprochement avec La France Insoumise.
« Nous avons tous une responsabilité politique »
Malgré leurs désaccords, les deux élues reconnaissent la gravité de la situation. Ayda Hadizadeh évoque explicitement « un climat de guerre civile », affirmant que « nous avons tous une responsabilité quand on fait de la politique ».
Hanane Mansouri partage cette idée d’une responsabilité politique, tout en estimant que certaines formations doivent davantage condamner les violences. « Chacun doit balayer devant sa propre porte », affirme-t-elle. Leur échange, marqué par des accusations mutuelles de « mensonges » et de « justifications », illustre un paradoxe : si le diagnostic d’un climat politique tendu est partagé, l’origine et les solutions à cette violence restent contestées.