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À Saint-Malo, le logement reste une bataille malgré les remparts contre AirBnB

Saint-Malo a endigué la vague AirBnB grâce à des quotas mais, comme d'autres villes touristiques saturées par les locations touristiques et les résidences secondaires, elle cherche encore des leviers pour préserver les logements des habitants permanents.

Damien MEYER - AFP

Saint-Malo a endigué la vague AirBnB grâce à des quotas mais, comme d'autres villes touristiques saturées par les locations touristiques et les résidences secondaires, elle cherche encore des leviers pour préserver les logements des habitants permanents.

"Dès le début de notre mandat en 2020, nous avons voulu réguler une inflation très forte des locations de courte durée" alors que des "immeubles entiers" étaient convertis en meublés touristiques, explique à l'AFP le maire (DVD) Gilles Lurton, candidat à sa réélection aux municipales de mars.

En 2021, il met en place une des réglementations les plus strictes en France. La cité balnéaire impose un enregistrement obligatoire pour louer à des touristes et limite cette activité à un seul logement par propriétaire.

En outre, elle fixe des quotas par zone géographique. Ainsi, dans le célèbre quartier des remparts, seuls 12,5% des logements peuvent devenir des locations touristiques.

Le maire de Saint-Malo, Gilles Lurton, le 9 décembre 2025 à Saint-Malo, en Ille-et-Vilaine

Le maire de Saint-Malo, Gilles Lurton, le 9 décembre 2025 à Saint-Malo, en Ille-et-Vilaine

JEAN-FRANCOIS MONIER - AFP/Archives

Attaquée en justice par des propriétaires, la mesure a été validée par le tribunal administratif en 2024.

Elle a inspiré la "loi Le Meur" qui encadre les meublés touristiques au niveau national depuis l'an dernier, s'enorgueillit M. Lurton.

Est-ce un succès ? "Ça a stabilisé la situation. Sans cela, l'augmentation aurait été très forte", estime le maire, tout en reconnaissant ne pas pouvoir chiffrer les logements rendus à l'habitat permanent.

"Je n'ai pas plus de logements à louer à l'année aujourd'hui", affirme Jérôme Lebrun, gérant d'un grand cabinet immobilier malouin et président de la chambre Fnaim pour la Bretagne.

Il pointe "l'effet pernicieux" d'une régulation qui a "un peu pénalisé tout le monde", notamment les propriétaires "qui louaient pour couvrir leurs charges", ainsi que l'écosystème de la location saisonnière qui "a pris un coup".

À l'échelle nationale, AirBnB assure n'avoir "pas constaté d'évolution récente significative du volume d'offres" depuis la loi Le Meur. La plateforme reconnait cependant que "les quotas par quartier constituent une solution adaptée" à des villes comme Saint-Malo.

- "Equilibre très fragile" -

Poissonnière depuis trente ans dans le centre historique fortifié et pilier de l'association des commerçants, Claire Guinemer dénonce l'"impact négatif" de la régulation.

"Avec les quotas, l'activité a baissé presque tout de suite", selon elle. "Je suis un commerce de proximité, les gens qui louent des AirBnB sont toujours de très bons clients", affirme-t-elle, comme d'autres commerçants du marché voisin.

Vue aérienne de Saint-Malo, le 2 novembre 20188 en Ille-et-Vilaine

Vue aérienne de Saint-Malo, le 2 novembre 20188 en Ille-et-Vilaine

DAMIEN MEYER - AFP/Archives

"On ne pourrait pas vivre à l'année" sans cette clientèle touristique. "Il faut faire attention en légiférant à ne pas casser cet équilibre très fragile", prévient-elle.

La poissonnière, qui vit elle-même dans la vieille ville, assure que de nombreux meublés n'ayant pas reçu l'agrément municipal, souvent des résidences secondaires, "restent vides" désormais une grande partie de l'année.

Il n'y a plus de boucherie dans le centre historique, plus de poste, et "sur cinq pharmacies, il n'en reste qu'une", constate Simone Josselin, 92 ans. Résidente depuis 1957, elle est à présent la seule occupante permanente de son petit immeuble.

Christian Bertheau, 75 ans, résident permanent, déplore une "ville qui se vide" et où trop de volets restent fermés. Dans son immeuble, "cinq ou six" des huit appartements sont en AirBnB, dit-il, précisant ne pas subir de nuisances, l'une des raisons qui avait poussé la ville à réguler.

"Mais on en souffre parce que c'est vide" toute la semaine l'hiver et que les commerçants disparaissent, s'empresse-t-il d'ajouter. Ce sujet, "les candidats aux municipales vont devoir s'en emparer. Ça jouera dans le vote", selon lui.

Pour Véronique Descamps, pionnière de la lutte contre AirBnB qui a fait interdire la location courte durée dans son immeuble après des années de procédures, le logement doit être au coeur de la campagne des municipales.

"Saint-Malo doit rester une ville à vivre", insiste la coiffeuse, refusant une transformation "au profit de ceux qui n'y vivent pas" et comparant la situation à celle de Venise.

La municipalité a décidé fin 2025 de modifier son plan local d'urbanisme pour interdire toute construction destinée à une résidence secondaire dans les nouveaux quartiers ou ceux en reconversion.

Actuellement, "quand vous construisez 500 logements, environ 300 ne servent pas à loger des habitants permanents", relève le maire, Gilles Lurton.

Par Laurent BANGUET / Saint-Malo (France) (AFP) / © 2026 AFP

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