Trois ans après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, Israël, marqué par la guerre à Gaza, les tensions régionales et de profondes divisions politiques à rendez-vous dans les urnes ce mardi pour les élections législatives. Benjamin Netanyahou, au pouvoir presque sans interruption depuis 2009, y joue son avenir à la tête de l’État hébreux. Un scrutin plus qu’incertain pour le Premier ministre qui doit répondre des défaillances sécuritaires qui ont précédé l’attaque du Hamas et des critiques contre son gouvernement sur sa gestion de la guerre.
Le scrutin intervient également après une crise au sein de la coalition. Les partis ultra-orthodoxes ont contesté la gestion du dossier des exemptions de service militaire accordées aux étudiants religieux. Alors que les réservistes sont fortement mobilisés depuis le 7-Octobre 2023, cette question est devenue un sujet de tension majeur. Cette rupture avec ces alliés a précipité la chute du gouvernement et provoqué des élections anticipées.
Un scrutin proportionnel, à la majorité incertaine
Ainsi, près de 7,3 millions d’électeurs sont appelés à désigner les 120 députés de la Knesset, le parlement israélien. Le scrutin se déroule à la proportionnelle intégrale : les Israéliens votent pour une liste de parti, et non directement pour un Premier ministre. Pour entrer au Parlement, une formation doit obtenir au moins 3,25 % des suffrages.
À noter que le futur chef du gouvernement devra réunir une majorité de 61 députés. Or, les sondages annoncent une course serrée entre le camp de Netanyahou et celui de ses adversaires, sans majorité absolue préssentie. Les petits partis pourraient donc jouer un rôle décisif dans les négociations qui suivront le vote. Même arrivé en tête, un candidat pourrait échouer à former un gouvernement si ses alliés ne sont pas assez nombreux et de nouvelles élections pourraient devenir nécessaires, en cas d’impasse.
Netanyahou face à Eisenkot et à une opposition divisée
Face à Benjamin Netanyahou, Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et dirigeant du parti Yashar, est une alternative au centre droit de l’échiquier. L’opposition compte également Naftali Bennett, ancien Premier ministre, Yaïr Lapid, figure du centre, Avigdor Lieberman, partisan d’une ligne dure en matière de sécurité, et Yaïr Golan, représentant de la gauche sioniste.
Ces responsables veulent mettre fin au règne de Netanyahou, mais leurs divergences compliquent la formation d’une coalition solide. Ils ne partagent pas les mêmes positions sur l’économie, la religion ou la question palestinienne. De son côté, le Premier ministre peut encore compter sur les partis nationalistes et ultra-orthodoxes, malgré les tensions qui ont fragilisé son camp. L’enjeu ne sera donc pas seulement de savoir qui arrivera en tête, mais qui sera capable de réunir une majorité parlementaire.
Le 7-Octobre et les affaires judiciaires au cœur des polémiques
L’un des principaux sujets de la campagne concerne la responsabilité de Benjamin Netanyahou dans les défaillances ayant précédé l’attaque du Hamas en 2023. Le Premier ministre était aux commandes le 7 octobre, lorsque les combattants du Hamas ont lancé leur offensive. Soupçonné d’avoir été mis au courant avant l’attaque et de n’avaoir pas agit, ses adversaires et les familles de victimes réclament notamment une commission d’enquête d’État indépendante pour établir les responsabilités. Une idée réfutée par Netanyahou qui ne souhaite pas répondre à cette demande dans les conditions souhaitées par ses opposants.
Le chef du Likoud doit aussi faire face à son procès pour corruption, fraude et abus de confiance, des accusations qu’il conteste. D’autres controverses concernant son entourage alimentent les critiques. Pendant la campagne, il a par ailleurs présenté l’élection comme un choix entre son leadership et une opposition qu’il associe aux partis arabes, allant jusqu’à affirmer que ses adversaires pourraient accorder la citoyenneté à des centaines de milliers de Palestiniens. Ses opposants dénoncent une stratégie destinée à mobiliser les électeurs autour de la peur et de la sécurité plutôt qu’à débattre de son bilan.
La Palestine, grande absente du débat
Enfin, malgré la poursuite de la guerre à Gaza et des violences en Cisjordanie, la question palestinienne occupe une place minime dans la campagne. Benjamin Netanyahou rejette la création d’un État palestinien, tout comme son principal concurrent Gadi Eisenkot qui défend le maintien du contrôle sécuritaire israélien sur l’ensemble du territoire. Le seul point de désaccord entre les deux hommes concerne certaines politiques en Cisjordanie, notamment sur l’expansion des colonies et les avant-postes illégaux.
Les positions sont encore plus dures dans une partie de la coalition sortante. Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir défendent l’expansion des colonies et des mesures radicales à l’égard des Palestiniens. Seul Yaïr Golan semble défendre une solution négociée à deux États. Mais aucun des principaux favoris ne propose de perspective concrète de création d’un État palestinien indépendant. Pour les Palestiniens, le résultat de cette élection pourrait donc modifier certaines décisions sans garantir de changement majeur dans les perspectives de paix.