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L’armée française est-elle en danger si le budget 2027 n'est pas voté ?

Par Estelle Solari

Alors que le budget 2027 prévoit plus de 63 milliards d’euros pour les armées, son non-vote à l’Assemblée nationale pourrait geler 6,5 milliards d’euros de crédits. Munitions, drones, défense sol-air et espace : l’ancien ministre délégué Jean-Louis Thiériot alerte sur un risque de décrochage du réarmement français, dans un contexte international déjà très tendu.

Sans budget 2027, l'Armée française pourrait être menacée.
Sans budget 2027, l'Armée française pourrait être menacée. Martin LELIEVRE - AFP/Archives

Grandement contesté, le budget 2027, discuté à l'Assemblée nationale, pourrait ne pas être voté. Si tel était le cas, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, y voit « un arrêt pour la stratégie d'investissement, de préparation et d'entraînement de nos armées ». Une crainte que Jean-Louis Thiériot, ancien ministre délégué auprès du ministre des Armées et député LR de Seine-et-Marne, partage au micro de Sud Radio.

Une hausse de 11% possiblement gelée

Le projet de budget 2027 prévoit plus de 63 milliards d'euros pour les armées : une hausse de 11%, conformément à la loi de programmation militaire actualisée l'été dernier. Problème ? Si le Parlement n'adopte pas ce budget, les crédits seront automatiquement plafonnés au niveau de 2026. Concrètement, il n’y aurait pas de coupe, mais bien un gel : 6,5 milliards d'euros disparaîtront, avec l'impossibilité légale d'engager des investissements sur la durée.

"La fin de l'effort de réarmement engagé depuis plusieurs années"

Côté effectif, le secteur envisage un peu plus de 2 000 postes civils et militaires supplémentaires, 5500 réservistes de plus pour atteindre les 57500 réservistes opérationnels en 2027. Mais plus encore, « c'est un immense danger, la fin de l'effort de réarmement qui a été engagé depuis plusieurs années », alerteJean-Louis Thiériot.

Pourquoi ? Parce qu’avec ces sommes, les armées projettent d'acquérir plus de 4 milliards d'euros de munitions, contre 2,4 milliards cette année, plus d'un milliard pour la défense sol-air, un autre milliard pour l'espace et l'alerte avancée, 700 millions pour la massification des drones et de la robotique…

Commandes déjà faites : il faudra quand même payer

Autant de programmes qui ne pourraient pas être engagés sans budget 2027 actif. Un problème puisque « comme les programmes sont sur de nombreuses années, on devra déjà payer les factures des commandes faites. Donc ça veut dire : pas de munitions en plus, ça veut dire pas de défense spatiale, pas de défense solaire, à un moment où les menaces de drones sont partout. » Les projections sont suspendues au vote et le timing est mauvais.

"Envoyer un signal de faiblesse" aux alliés, dans un contexte géopolitique tendu

Guerre en Ukraine, engagements de l’OTAN, menaces à l’Est et au Sahel, la France est engagée dans une trajectoire de remontée en puissance. Catherine Vautrin dévoile donc son inquiétude face au ralentissement potentiel de l’armement tricolore, dans un contexte géopolitique tendu.

Geler le budget obligerait le pays à « déroger à des engagements pris devant nos alliés et envoyer un signal de faiblesse au moment où l'Europe redécouvre que la défense a un prix. » Et Jean-Louis Thiériot le sait : « Ce serait un décrochage par rapport à nos alliés européens. Nous devons dépenser 63 milliards. Cette année, les Allemands vont en dépenser 120. »"

"Qu'est-ce qu'on fait si des drones embarqués frappent Toulon, Brest ou Marseille ?"

Autre terrain d’investissement « indispensable » : les drones et la robotique. Les Pays-Bas, la Pologne ont déjà été attaqués de cette manière. « Si on ne prend pas ce tournant tout de suite, on se met en danger. Aujourd'hui, on voit à quel point ça va vite en Ukraine. Un drone développé ou un robot développé est caduc au bout de quelques mois. »

L’armée de terre prévoit notamment, avec son projet Pendragon, de robotiser une partie du combat terrestre. Mais la France accuse plus d’un an de retard dans le développement de drones : « Qu'est-ce qu'on fait demain si des drones embarqués sur un porte-container frappent Toulon, Brest ou Marseille ? » Si l’Hexagone possède une défense anti-drones robuste, « on n'en est qu'au début. Face à la gravité de la situation internationale, il faut un budget d'une manière ou d'une autre. »

4 500 PME dépendent des commandes de l'armement français

Et puis, eux ne sont pas sur le terrain, mais dans les coulisses : « On oublie que sans budget des armées, ses 4500 PME vont terriblement souffrir parce qu'elles ont déjà intégré ces hausses de commandes, près de 40 milliards, dans leur plan d'activité. » Si les grandes entreprises comme Dassault, Thalès ne seront pas menacées, les 4 500 entreprises de la la chaîne sous-traitante le sont. Environ 200 000 salariés sont concernés.

Pourquoi l'ordonnance, et pas un 49.3 ?

Un 49-3 pour faire adopter le budget ? Une loi spéciale ? Non, « ça aboutit à la reconduction de l'année dernière. Donc on perd les 6 milliards : l'ordonnance est la seule solution viable. J'ajoute que si le gouvernement tombe après les ordonnances, le budget demeure. Donc ça permet quand même d'avancer. »

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