Trois policiers doivent être jugés à partir de lundi au tribunal de Paris pour homicide involontaire, plus de six ans après la mort de Cédric Chouviat à la suite d'un contrôle routier qui avait dégénéré.
La tenue de l'audience reste encore incertaine en raison d'une demande de report de la défense, tandis que les avocats de la famille entendent plaider d'emblée "l'incompétence" du tribunal, estimant que les faits sont de nature criminelle et relèvent de la cour d'assises.
Le 3 janvier 2020, Cédric Chouviat, livreur âgé de 42 ans, est contrôlé par quatre policiers alors qu'il circule en scooter, téléphone à la main, dans le 7e arrondissement de Paris.
Très vite, le ton monte et la situation s'envenime : sur la vidéo qu'il a lui-même filmée de son interpellation, le père de famille, plaqué au sol sur le ventre, casque sur la tête, répètera neuf fois "j'étouffe" pendant 13 secondes, sans être entendu par les policiers.
D'abord verbalisé, le livreur, très remonté, traite les policiers de "clowns" et de "pauvres types", avant d'être arrêté pour "outrage".
"Je vais porter plainte contre vous", répète-t-il, et "je vais gagner mon procès."
L'un des principaux prévenus, Michaël P., alors âgé de 33 ans, l'amène au sol après une clé d'étranglement, une technique depuis prohibée.
Son souvenir de l'interpellation est "flou", selon l'ordonnance de renvoi devant le tribunal consultée par l'AFP.
"On était dans une position tordue. Dans mon souvenir, j'ai passé mon avant-bras droit sous le casque (...) J'ai fait attention à ne pas exercer une pression trop forte sur lui."
Marche blanche en hommage à Cédric Chouviat à Paris le 3 janvier 2021
Sameer Al-DOUMY - AFP/Archives
Le malaise de Cédric Chouviat, constaté par ses deux collègues après son menottage au sol, l'a plongé dans un état de "sidération", affirme-t-il.
Tous assurent ne pas avoir entendu ses supplications, qui rappellent la mort de George Floyd, un Afro-Américain étouffé par un policier blanc en mai 2020 à Minneapolis, devenue un symbole des violences policières.
La mort de M. Chouviat est constatée le 5 janvier 2020 à 03H31 à l'hôpital européen Georges-Pompidou, où il avait été transporté en urgence vitale.
- "Colère" -
Les policiers "ont agi dans le cadre d'une interpellation difficile sur un axe de grande circulation", précise à l'AFP Me Pauline Ragot, l'une des avocates de deux des policiers mis en cause, Michaël P. et Arnaud B.
Cette interpellation était "légitime", selon elle.
"A aucun moment, ils n'ont pu percevoir sa détresse physique ; à défaut, le policier qui tentait de le maîtriser aurait évidemment relâché sa prise", fait-elle valoir.
À l'inverse, la Défenseure des droits avait estimé, dans une décision rendue publique en avril 2026, que les policiers avaient eu un "comportement non adapté, négligent et imprudent".
L'un des trois avocats de la famille Chouviat, Arie Alimi, le 12 janvier 2020, à Levallois-Perret, dans les Huats-de-Seine
GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP/Archives
Les avocats de la famille du livreur contestent le chef de renvoi d'homicide involontaire, qualifié d'"hérésie juridique" par Me Arié Alimi, l'un des trois avocats de la famille, lors d'une conférence de presse vendredi à la Ligue des droits de l'Homme (LDH).
Comment considérer qu'"étrangler debout, étrangler au sol (...) l'entendre dire +Je m'étouffe, je m'étouffe+, continuer à l'étouffer et à l'écraser... c'est quelque chose qui n'est pas volontaire ?", s'est-il interrogé, entouré de la famille de Cédric Chouviat.
"Les parties civiles ont déjà multiplié les incidents (demandes procédurales NDLR) (...) pour soulever l'incompétence du tribunal et tenter de monopoliser le débat judiciaire en muselant la défense des policiers", a estimé de son côté Me Laurent-Franck Liénard, l'avocat d'un des principaux mis en cause, qui compte également demander le renvoi de l'audience "afin que chacun puisse sereinement s'exprimer".
Les avocats de la famille comme ceux de la défense estiment à l'unisson que la durée des débats, prévus sur deux demi-journées, est largement insuffisante.
"J'ai une colère envers ces quatre individus (trois des quatre policiers sur place sont poursuivis, NDLR). Elle n'engage que moi et elle ne s'arrêtera jamais. Et je mourrai avec", a résumé Christian Chouviat, père de Cédric, dans les locaux de la LDH.
Les violences policières se sont reproduites "encore et encore" depuis la mort du livreur, selon sa fille, Sofia Chouviat, qui espère faire de cette affaire un "symbole de réconciliation".
Par Charlotte HOUANG / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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