Un véritable drame humain et de santé publique
En France, le maintien à domicile est devenu l'un des défis majeurs du grand âge, à la croisée de la santé publique, de la solidarité nationale et des finances publiques. Selon les données de Santé publique France, les chutes chez les personnes âgées de 65 ans et plus ont entraîné 20 148 décès en 2024, ce qui représente environ 55 morts par jour, soit un décès toutes les 26 minutes. Au-delà de cette mortalité dramatique, 174 824 hospitalisations consécutives à une chute ont été recensées la même année. Entre 2019 et 2024, la situation s'est nettement dégradée : les décès liés aux chutes ont progressé de 18 % et les hospitalisations de 20,5 %.
Cette augmentation des accidents s'inscrit dans une dynamique démographique sous tension. D'après les projections comparées de l'Insee et de la Drees, la France comptera 700 000 seniors supplémentaires en perte d'autonomie d'ici à 2050. Sans anticipation renforcée, la pression sur l'appareil hospitalier et les familles s'alourdira inévitablement.
Plus de 8 Français sur 10 souhaitent vieillir à domicile
Il existe aujourd'hui un écart flagrant entre les aspirations des citoyens et les moyens mobilisés pour y répondre. D'après l'étude Vieillir Heureux publiée par La Fabrique Spinoza, plus de 8 Français sur 10 souhaitent vieillir à domicile. Pourtant, la sécurisation des logements accuse un retard important. À l'échelle nationale, environ cent logements seulement font l'objet de travaux d'adaptation chaque jour. En 2025, selon les chiffres de l'Agence nationale de l'habitat (Anah), 36 700 logements ont été adaptés dans le cadre du dispositif MaPrimeAdapt'. Ce volume représente à peine plus de la moitié de l'objectif national fixé à 68 000 adaptations par an (soit 680 000 logements en dix ans).
Le contraste s'avère saisissant : au cours d'une seule année, les hospitalisations de seniors dues à une chute ont été près de cinq fois plus nombreuses que les logements adaptés l'année suivante. « Environ cent logements sont adaptés chaque jour à l'échelle nationale, alors qu'un senior décède des suites d'une chute toutes les 26 minutes. Tout ne se prévient pas, mais beaucoup se joue dans une salle de bain ou un escalier que l'on aurait pu sécuriser. Les Français ont fait leur choix : rester chez eux. C'est à la politique publique de rendre ce choix possible avant la chute, pas après l'hôpital » , souligne Stéphane Rakotoniaina, CEO et cofondateur de Vivalea
L'adaptation du logement - notamment par l'installation de douches de plain-pied, de barres d'appui, la sécurisation des escaliers ou l'amélioration de la circulation - constitue pourtant l'un des leviers de prévention les plus efficaces avant la perte d'autonomie ou l'accident.
Les proches aidants, ces piliers invisibles sous pression
Le maintien à domicile repose également sur l'accompagnement quotidien assuré par l'entourage. Les récents travaux de la Drees indiquent que 5,9 millions de proches aidants accompagnent au quotidien un parent, un conjoint ou un proche en perte d'autonomie. Ces aidants font face à des difficultés majeures : 36 % des proches aidants (soit plus d'un sur trois) expriment un besoin de répit non satisfait. L'absence de solutions de relais pèse lourdement sur la santé, la vie personnelle et le parcours professionnel des proches. Enfin, dans le monde professionnel, l'enjeu est déjà concret : un salarié sur cinq est aujourd'hui en situation d'aidant.
Comme le soulève Stéphane Rakotoniaina : « Derrière chaque maintien à domicile, il y a un aidant. Un sur trois dit avoir besoin de répit et ne l'obtient pas. Un quinquennat qui les oublie fera payer la facture aux familles, et aux entreprises qui comptent déjà un salarié sur cinq dans cette situation. »
Élection présidentielle 2027 : cinq priorités pour agir avant le drame
À quelques mois de l'élection présidentielle 2027, Vivalea appelle l'ensemble des candidats à inscrire le maintien à domicile au cœur de leurs engagements pour le grand âge. L'entreprise de l'économie sociale et solidaire articule ses propositions autour de cinq axes prioritaires :
- Adaptation du logement avant la chute : porter à 100 000/an les logements adaptés via MaPrimeAdapt', simplifier les démarches (douches plain-pied, barres d'appui) et appliquer une TVA à 5,5 %.
- Détection précoce et prévention systématique à 70 et 75 ans : instaurer une consultation de prévention remboursée à 100 % menée par le médecin traitant et un ergothérapeute.
- Coordination des aides : généraliser le service public départemental de l'autonomie dès la 1ère année avec un interlocuteur de référence unique.
- Soutien aux familles et droit au répit pour les aidants : octroyer 2 semaines de répit/an pour l'aidant principal et renforcer l'accompagnement des salariés aidants en entreprise.
- Sécurisation des parcours et coûts : prendre en charge les temps de trajet des professionnels de l'aide à domicile et fixer un plafond national de reste à charge.