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Ces 8 à 11 millions de Français qui sont "proches aidants" sans le savoir

GROS PLAN SUD RADIO - En France, entre 8 et 11 millions de personnes accompagnent un proche âgé, malade ou en situation de handicap. Pourtant, la majorité d'entre elles refusent ou ignorent l'étiquette d'« aidant », se voyant avant tout comme un conjoint, un fils ou une fille. Ce décalage crée un véritable angle mort dans l'accompagnement social et professionnel. Explications.

Pour les institutions et les professionnels, le terme d'« aidant » est devenu une catégorie évidente. Sur le terrain, la réalité est tout autre : lorsqu'on interroge les premiers concernés, ils évoquent leurs gestes quotidiens, l'organisation des soins ou la gestion administrative, mais se qualifient simplement de père, de fille ou d'époux. Pour la plupart des gens, veiller sur un membre de sa famille relève du devoir naturel et non d'un statut particulier.

Cette absence d'auto-identification n'est pas sans conséquence. Selon le Baromètre 2024 du Collectif Je t’aide, seuls deux tiers des proches accompagnant un parent depuis plus de trois ans ont pleinement conscience de leur rôle d’aidant. Ce phénomène touche aussi le monde du travail : de nombreuses entreprises pensent ne compter aucun aidant dans leurs équipes, alors qu'ils représentent en réalité 10 à 30 % de leurs effectifs salariés.

"Le principal angle mort de l'aide aux aidants réside dans le manque d'accessibilité"

Ce manque de reconnaissance rend les proches difficiles à repérer et à orienter vers les structures d'aide existantes. C'est ce que met en lumière une analyse menée par Silver Valley, le pôle d'innovation dédié à la transition démographique, avec le soutien de Malakoff Humanis Agirc-Arrco.

Pour Romain Ganneau, CEO de Silver Valley, l'origine du problème tient à l'organisation même des aides : « Le principal angle mort de l'aide aux aidants réside dans le manque d'accessibilité ou d'adaptation des prestations destinées à la personne aidée. Le rôle d'aidant n'est pas un choix spontané, mais la conséquence directe des carences du système de prise en charge. » La clé réside donc dans la détection des « signaux faibles ». Un proche ne cherche que rarement « une prestation pour aidant » ; il recherche une solution très précise lors d'un moment de rupture, comme un retour d'hospitalisation, la réorganisation de l'emploi du temps médical ou le maintien à domicile.

Des solutions ancrées dans la vie ordinaire

Plutôt que d'enfermer les individus dans un statut spécialisé au risque de leur faire perdre leurs repères personnels, la priorité est désormais d'intégrer le soutien dans la vie de tous les jours. Plusieurs jeunes entreprises du réseau Silver Valley illustrent ce changement de démarche en adaptant leurs services aux besoins réels, comme organiser par exemple le quotidien sans bricolage. Alors que beaucoup de familles gèrent encore la prise en charge avec des Post-it ou des groupes WhatsApp, des outils existent pour simplifier la coordination de l'entourage.

Mais aussi faciliter les transitions de santé, préserver le lien social et les moments de répit, ou encore agir au sein des entreprises. L'objectif final de cette transformation est simple : proposer des services « comme tout le monde, mais adaptés », pour que chaque proche puisse continuer à vivre sa propre vie tout en épaulant efficacement ceux qu'il aime.

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