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Emmanuel Pierrat : « La justice ne souffre pas d'un manque de moyens, mais d'une faillite morale »

INTERVIEW SUD RADIO – Colère lycéenne, justice, Bardella, LFI : Emmanuel Pierrat, avocat au barreau de Paris et auteur du « Livre noir de la justice » (Fayard), revient sur les violences dans les lycées, les dysfonctionnements de la justice et les délais de procédure.

Emmanuel Pierrat

Jacques Cardoze : Aujourd’hui vous publiez « Le livre noir de la justice » aux éditions Fayard. Il est difficile de ne pas vous demander votre avis d'abord sur ces émeutes urbaines. Gérald Darmanin a réuni en urgence 36 procureurs généraux pour faire un point sur la fermeté de la réponse pénale face aux violences. Est-ce que les casseurs se lâchent parce qu'ils savent qu'au bout la justice ne sera pas impitoyable ?

Emmanuel Pierrat : « Un petit mot d'abord pour vous remercier de cette invitation et puis pour indiquer à nos auditeurs que le sous-titre de mon livre, Le Livre noir de la justice, c'est Les coulisses d'une faillite. Donc vous voyez venir la réponse à votre question sur les lycéens qui sont en réalité des voyous, des casseurs, des gens qui devraient normalement être traduits devant un tribunal.

Quand on brûle un lycée à Nantes, quand on décide — j'ai vu des images d'une dame qui dit 'Non, pas le piano, pas le piano !' Combien ça coûte un piano dans un lycée ? Une fortune ! Combien de gamins peuvent faire du piano ? Et ils décident de le foutre en l'air. Quand ils décident de casser toutes les salles, le matériel informatique, les bureaux parce qu'ils n'auraient pas assez de moyens : ce ne sont pas des lycéens, ce sont des délinquants qui devraient être envoyés en justice.

J'observe depuis 3 ou 4 jours que la chose monte : les arrestations, allez, 7 ou 8, et encore. Donc on regarde la totalité de la chose brûlée, être cassée, et puis les condamnations, vous en avez vu ? Moi pas. Alors que je sais que pour d'autres affaires, la comparition immédiate, le flagrant délit, on peut juger en quelques heures. Si ce sont des majeurs et des mineurs, il y a des moyens de les arrêter et de faire d'autres placements, et là il n'y a rien. »

"La police suit les ordres qu'on lui donne"

Justement, par exemple cette image qui m'a beaucoup choqué hier : on voit un jeune homme arriver dans une cour, il est seul, il n'y a pas de violence autour de lui, il se dirige vers un proviseur et lui assène un coup de poing. Rien que cette image-là, cette personne-là, à quel moment peut-on penser qu'elle sera jugée ?

« Peut-être jamais, vu l'impunité globale dont bénéficient ces jeunes voyous. Ce n'est pas la police qui est en cause, parce que la police suit les ordres qu'on lui donne, mais la justice considérera globalement que c'est l'adolescence, que le policier lui a mal souri, etc. Toutes ces fadaises que j'entends à longueur de journée et qui depuis 34 ans font que maintenant je réagis dans ce livre pour dénoncer cette espèce de gabegie, d'incurie, d'impunité, des délais ahurissants quand un simple justiciable porte plainte légitimement et veut parler du cambriolage dont il a été victime ou de l'agression dont sa mère a été victime.

En revanche, des gamins qui ne sont pas des gamins mais des voyous — j'en ai vu un de 13 ans qui dit : 'Ah oui, j'aurais pas dû cogner le policier' avec une petite voix d'enfant — à 13 ans mes filles ne cognaient pas les policiers, ça me semble totalement ahurissant. Et si ça avait été le cas, je vous assure que si elles avaient été retenues par un policier pour leur faire plus que la leçon pendant 4 heures, comme avocat j'aurais attendu et après je leur aurais fait la leçon moi-même. »

Colère lycéenne : "De la violence gratuite des jeunes"

Gérald Darmanin réunit en urgence 36 procureurs généraux pour, dit-il, faire un point sur la fermeté de la réponse pénale face aux violences. Est-ce que c'est de la communication ? Comment vous lisez cette phrase ?

« Il est coincé, évidemment. Il va se retrouver dans une position où même s'il envoie un message ferme, s'il y a le moindre gamin à qui on fait un petit bobo en l'arrêtant parce qu'on lui tord légèrement le pouce, il va devenir un martyr pour la cause. On va enflammer les rues avec un million de personnes comme si c'était Malik Oussekine abattu par les CRS quand j'avais 16 ou 18 ans et que je manifestais contre la réforme Devaquet. 

Il y avait un million de personnes dans la rue et on manifestait contre une réforme précise, une augmentation des taxes universitaires. Et effectivement il y a eu un mort par la police, c'était plus qu'une bavure, c'était un meurtre. Mais on n'est pas dans cette situation-là. Là, on est avec de la violence gratuite de jeunes qui nous ont déjà fait le coup une fois, deux fois, chaque saison pour n'importe quelle raison. 

On se retrouve avec la France à moitié en feu et la destruction des services publics. Alors Gérald Darmanin essaie de faire marcher le balancier : d'un côté il est obligé d'envoyer un message de fermeté, de l'autre côté il sait que le moindre problème c'est un incendie gouvernemental encore pire qui se produit. »

"La Justice n'apportera rien du tout"

Alors si je vous comprends bien, Maître Pierrat, la peur du gendarme et la sanction n'existent plus ou plus vraiment. On a une justice trop laxiste, quel est votre avis ? Elle a aussi un rôle éducatif, qu'est-ce qu'elle peut apporter par exemple sur ce sujet ?

« Elle n'apportera rien du tout alors que c'est son boulot. La justice des mineurs consiste notamment à expliquer la gravité des faits, à mettre en place des dispositifs d'encadrement, de travaux. Ils existent, ces dispositifs, mais ils ne sont pas appliqués aujourd'hui. Ce qu'on appelait des travaux d'intérêt général où vous dites : vous avez fait une grave bêtise qui mériterait d'aller en prison, mais on vous propose de faire 400 heures à ramasser les feuilles dans votre commune, à balayer.

Eh bien ce n'est plus mis en place parce qu'il faudrait des moyens pour surveiller quelqu'un pour qu'il balaye proprement, et puis on se dit 'on ne s'embarrasse pas, c'est pas très bien balayé, allez on va plutôt le mettre dehors'. Il ne va ni en prison, ni balayer. Résultat : classement vertical ! Il passe en jugement et en réalité il ne fait rien. »

"Ce n'est pas une faillite budgétaire, c'est une faillite morale"

Donc si je comprends bien, lorsqu'il y a des sanctions, on ne les applique pas, par exemple les travaux d'intérêt général ou une mesure d'éducation, par manque de moyens ?

« Non, ce n'est pas par manque de moyens. Le budget c'est une chose, mais le sous-titre de mon livre Les coulisses d'une faillite, ce n'est pas une faillite budgétaire, c'est une faillite morale, un abandon de foi dans quelque chose qui est un métier passion, dans un service public, dans la conviction qu'il faut défendre nos concitoyens et rendre la justice. Ce n'est pas uniquement un manque de moyens.

Quand la petite Lyhanna meurt parce que quelqu'un dans un tribunal à Montauban met un mois pour envoyer un courrier dans un autre tribunal ! Un mois pour envoyer un courrier ! Le mail n'a pas été inventé ? Internet c'est quoi ? Et même La Poste, elle met 30 jours pour envoyer un courrier ?

"Une gamine est morte car vous n'êtes pas capable d'aller à la poste"

Ça, ce n'est pas un manque de moyens, c'est un manque de conscience professionnelle et d'humanité. Alors qu'on a un criminel meurtrier, présumé innocent certes mais qu'on est à son 7e fait, vous recevez ça dans un bureau : c'est un manque de moyens d'envoyer dans les deux jours ou sous 48h à l'endroit suivant où on sait qu'il est en train de sévir ? Non. J'ai entendu des juges cet été dire que c'est un manque de moyens, qu'on n'a pas eu les moyens d'envoyer le dossier. 

Mais je rêve ! Une gamine est morte parce que vous me dites que vous n'êtes pas capable d'aller à la poste — et vous n'avez même pas à aller à la poste quand vous êtes dans un tribunal, on le relève pour vous. Mettre une enveloppe et une adresse ou utiliser internet, ça vous semble un problème de moyens ? Non, ça me semble un problème de moyens intellectuels ou de 'je-m'en-foutisme'. Mais mon vocabulaire est un peu plus propre parce que je suis un professionnel de justice et qu'en théorie je ne devrais pas dire ça. »

Juges : "Le seul métier où vous pouvez faire tout et ne jamais être inquiété"

La faillite du système que vous décrivez de l'intérieur, fort de vos 34 années de barreau, est revenue en boomerang lors de l'affaire Liana. La mise en lumière de la défaillance du système a éclaté à ce moment-là, on s'en est tous ému. Comment est venue l'idée du livre ?

« D'abord en constatant ce qu'est la justice à deux vitesses. Quand un ancien président de la République comme Nicolas Sarkozy — pour qui je n'ai aucune sympathie particulière ou partisane — est envoyé en prison pendant 15 jours immédiatement alors qu'il a la possibilité de faire appel, qu'il est présumé innocent, juste pour le beau plaisir d'une juge qui se le paye entre guillemets... 

Non pas une juge rouge, une juge ivre de son impunité ! Pourquoi ? Parce que c'est le seul métier de France, la seule activité sociale, professionnelle ou bénévole dans laquelle vous ne pouvez pas être jugé ni mis en cause pour toutes les erreurs que vous faites, la paresse que vous mettez à envoyer un courrier pour signaler l'assassin de la petite Liana. C'est le seul métier où vous pouvez faire tout et n'importe quoi, des choses extrêmement graves, et jamais vous ne serez inquiété. On ne vous demandera jamais rien. Au pire, vous serez devant le Conseil supérieur de la magistrature dont les sanctions sont du genre 'vous prendrez une semaine de congé thérapeutique pour vous reposer'. C'est délirant !

"4 millions de plaintes sont classées à la poubelle chaque année"

Quand je me retrouve face à ça et que de l'autre côté je vois les simples justiciables, les 4 millions de plaintes chaque année qui sont classées verticalement à la poubelle... Pour des raisons personnelles, j'étais il y a deux jours dans un commissariat pour porter plainte comme simple justiciable. Il a fallu quasiment que je me batte au sens verbal avec un officier de police judiciaire qui m'a dit : 'Vous savez, le procureur va immédiatement classer sans suite parce que c'est comme ça, on est débordés.' Je lui ai dit : 'Monsieur l'officier, vous allez prendre ma plainte. 

Ma plainte concerne une affaire grave pour moi, un problème à régler, et il n'est pas question de ne pas la prendre.' Et c'est parce que je suis avocat que j'ai réussi à déposer plainte ! Sinon tout était fait pour me renvoyer en me disant : 'Ah, une main courante peut-être, ou écrivez...' C'est complètement délirant. Il a fallu que je fasse un cours de droit à l'officier de police judiciaire pour lui dire qu'il avait tort, que c'était inexact, et que le procureur avait intérêt à suivre et à ne pas classer, parce que je ne lâcherai pas comme pour mes dossiers. »

"Le manque d'humanité des juges est encore pire"

Vous, c'est parce que vous êtes avocat, mais on imagine le quotidien des citoyens...

« Je trouve ça délirant que les gens que j'accompagne et qui doivent porter plainte pour une agression ou une violation grave n'aient pas de réponse ou que leur dossier soit classé sans suite sans même être ouvert ! Poubelle, tiroir... »

C'est quoi au quotidien la problématique de la justice, par exemple les délais de procédure pour un divorce ou des affaires simples ?

« Le manque d'humanité des juges qui sont en place, des greffiers, des procureurs — c'est encore pire. Malgré tout, je mets un bémol : il y a des gens bien, il faut être mesuré. Il y a un pourcentage très minoritaire de magistrats formidables, de greffiers et greffières formidables. Des procureurs, j'en connais quasiment pas tellement ils sont ivres de pouvoir, mais ça peut arriver.

Mon problème, c'est que la grande majorité de ces gens ne sont pas dans un service public, ils sont dans un bureau de chez Kafka, dans l'administration délirante décrite dans ce roman des années 20. Tout le monde s'en fout, se passe les papiers, le système est complètement délirant. Ils ont oublié qu'ils sont un service public humain. Ils reçoivent des gens qui sont victimes, des gens qui sont accusés ou mis en cause. Les uns comme les autres ne devraient pas subir 6 ou 7 ans de procédure pour savoir si leur dossier va être pris en compte, quelle peine ils vont subir, quelle réparation ils vont avoir. »

Le paradoxe de l'affaire Jubillar

Juste un exemple ce matin : Cédric Jubillar. Reconstitution des faits 6 ans après la disparition ou le meurtre.

« On est 6 ans plus tard non pas parce que Cédric Jubillar a changé de version, mais parce que c'est le traitement que réserve la justice au meurtre d'une femme.

Les délais de traitement dans les affaires d'assises criminelles que je plaide devant les cours d'assises ou les cours criminelles — puisqu'on a essayé d'aller plus vite mais qu'on ne va pas plus vite —, c'est 6 à 7 ans, c'est délirant.

Là j'ai un dossier de fausses œuvres d'art : le dossier va être annulé parce que la juge d'instruction a mis 11 ans à le traiter. Or à 11 ans, la Cour de justice de l'Union européenne considère que la limite est de 4 ans et condamne la France en permanence. Le dossier va être annulé non pas parce que mon client est innocent, mais parce qu'elle n'a pas fait son boulot ! »

"Un système judiciaire qui se moque de la sauvagerie dans laquelle on vit"

Maître Emmanuel Pierrat, si des candidats à la présidentielle vous écoutent et se disent qu'on n'a pas forcément besoin de moyens pour réformer la justice... Est-ce qu'il y aurait une mesure ? Je souhaite vous conduire vers la question du contrôle des magistrats. S'ils sont libres de faire ce qu'ils veulent sans contrôle, on ne résoudra jamais le problème.

« Nous sommes d'accord. Mais les magistrats vous répondent : 'Il faut qu'on soit indépendants, sinon la justice va subir des pressions.' Ah bon ? Vous êtes indépendants quand vous décidez de partir en roue libre et de vous croire ivres de puissance ?

Le juge Burgaud dans l'affaire Outreau, qui envoie des innocents en prison dont un se suicidera au bout d'un an de prison, vous savez ce qu'il a eu comme sanction ? Il a été muté à Paris ! Formidable ! Une sanction extrêmement sévère pour avoir brisé la vie de plusieurs familles... Et il y en a tous les jours, de l'équivalent, pour des choses qui leur semblent moins graves mais qui sont graves quand vous vous faites violenter ou agresser dans la rue. Ce sont des choses majeures face à la sauvagerie dans laquelle on vit et un système judiciaire qui s'en moque comme s'il s'agissait de robots. »

"Jordan Bardella n'a pas le choix"

Maître Emmanuel Pierrat, on se retrouve pour d'autres sujets d'actualité : l'affaire Bardella / Mediapart. La plainte en diffamation et en usage de faux de Jordan Bardella face à la diffusion des preuves de Mediapart. Quel délai avant qu'elle soit instruite puis jugée ?

« On sera très largement au-delà de l'enjeu de la présidentielle de 2027. Au minimum, pour la plainte en diffamation, comptez 3 ans à peu près, même si le magistrat veut aller très vite. Aujourd'hui, à la 17e chambre du tribunal de Paris spécialisée dans les affaires de presse, avec 12 magistrats qui siègent à plein temps, la moyenne des délais pour juger une affaire de diffamation est de 3 ans.

Et pour les plaintes en faux et en écriture : 2, 3 ou 4 ans. Jordan Bardella n'a pas le choix parce que c'est la seule façon d'établir la vérité judiciaire. Le problème c'est que quel que soit le résultat, le mal est fait. Mediapart est parti dans le lâchage médiatique comme ils en ont l'habitude. Je ne suis pas un partisan de Jordan Bardella, mais j'ai eu beaucoup de dossiers contre Mediapart. La justice à deux vitesses pour Mediapart, c'est : les petites gens on s'en fout, et en revanche on sort la Kalachnikov et on va abattre un homme politique, une femme politique ou un chef d'entreprise. Pour moi, Mediapart dans l'affaire Dominique Bodis, ça reste la meute des chiens lâchés. »

Affaire Bardella : "Quand Edwy Plenel a tort, il ne dit rien"

C'est aussi l'affaire Cahuzac.

« Dans l'affaire Dominique Bodis, ce qui m'a fasciné le jour où il a été totalement innocenté et blanchi, c'est que dans Mediapart il y a eu quoi ? Pas un mot d'excuse ! Une ligne pour dire que c'était faux. Edwy Plenel, que ce soit dans Le Monde ou Mediapart, flingue un homme politique, détruit sa famille, et quand il a tort, il ne dit rien. »

Une précision : aujourd'hui, Jordan Bardella peut-il prétendre que les messages ont été falsifiés ou qu'il n'était pas physiquement l'auteur de ces messages ?

« Ça peut être une stratégie de défense, d'autant plus que Mediapart nous dit avoir des témoins sous X anonymes. Ils sont allés jusqu'à télécharger et demander à Meta qui était propriétaire du compte. Mais vous avez vérifié ? Vous êtes informaticien ou expert pour savoir ? La façon dont Mediapart a présenté des captures d'écran envoyées par Meta... Il n'y a pas l'identité de Jordan Bardella ! Il y a des indices comme 'il est franco-italien'. Des Franco-Italiens dans ce pays, j'en connais au moins un million ou deux !

Je me souviens m'être retrouvé dans l'affaire Baudis où Edwy Plenel diffamait mes clients et a perdu. Une fois à la barre, je me souviens de cet homme qui s'est mis à pleurer comme un enfant de 16 ans en disant : 'Imaginez si ça avait été vrai !' Il a fondu en larmes alors qu'on venait de démontrer que tout était faux ! Je me suis dit : c'est un comédien, un triste délirant capable de tous les mensonges devant un tribunal parce qu'il sait que devant un tribunal on peut dire tout et n'importe quoi sans être jugé. »

"Avoir fréquenté Soral comme avocat ne fait pas de moi son ami"

Dans les écrits sortis par Mediapart, il y a la proximité avec Alain Soral. Vous avez été l'avocat d'Alain Soral. Qu'est-ce que vous savez de la proximité entre Soral et Bardella ?

« Une précision : j'ai été l'avocat d'Alain Soral à la demande de son éditeur. Au début, Soral publie un premier livre sur les femmes que je trouve un peu beauf mais juridiquement pas problématique. Le second bouquin arrive : c'est une espèce de dictionnaire dans lequel il y a des horreurs sur les Noirs, sur les Juifs, sur les femmes, sur les homosexuels ! Je rappelle qu'Alain Soral est une personnalité d'extrême droite totalement revendiquée, antisémite, raciste et dont les propos sont abjects. 

Je lis un manuscrit complètement ahurissant, condamnable pour négationnisme, je corrige et je dis : pas publiable, sinon la maison d'édition ferme et 300 personnes se retrouvent au chômage à cause d'Alain Soral. Soral dit : 'J'accepte parce que je n'ai pas le choix.' Et quand le livre publié arrive, il y a une dédicace : 'À Maître Pierrat, spécialiste de la censure, qui a maculé et entièrement détruit ce livre qui disait la vérité.' On est chez les fous !

Avoir fréquenté Soral comme avocat ne fait pas de moi son ami. Et quand on dit que Bardella a parlé à Soral : quel Soral ? Le Soral du début à peu près normal, ou le Soral d'aujourd'hui complètement délirant que j'ai moi-même fait condamner pour des propos antisémites à 8 ou 9 reprises ?»

LFI : "Ce sont des incendiaires !"

LFI apporte-t-elle un soutien légitime aux lycéens ou souffle sur les braises ?

« C'est plus que souffler sur les braises, ce sont des incendiaires ! Quand le maire de Saint-Denis parle de 'violence légitime', il ferait bien de réviser l'histoire de France. La violence légitime, c'est un résistant en 1942 qui fait sauter les lignes d'un train nazi, ou l'état de nécessité quand une femme mourant de faim vole une pomme. Là, on est en plein délire et en pleine confusion. Sans oublier les drapeaux du Hamas, quel rapport entre le Hamas et le matériel informatique d'une classe d'école ? »

Des députés qui soutiennent une mobilisation, ça ne pose pas de problème ?

« Non, mais quand des députés sont devant les lycées et que des jeunes sont en train de foutre le feu, un député de la République devrait intervenir pour dire : 'Stop, arrêtez de mettre le feu !' Ils mettent leur écharpe pour visiter des prisons à la surprise générale, et là ils voient des gens brûler un établissement public et ils restent là en disant que c'est débile ? Vous avez l'obligation d'intervenir comme tout citoyen ! »

Bruno Retailleau parle d'un parti sédicieux et suggère l'interdiction de LFI. C'est possible en droit ?

« C'est difficile en droit et ce ne serait pas bien parce que ça en ferait des martyrs. La martyrologie est la pire des choses en justice. Si vous condamnez Dieudonné ou Soral, vous en faites des martyrs qui se prennent pour Albert Londres. Je ne suis pas pour l'interdiction de LFI, comme je n'étais pas pour l'interdiction du Front national. Je suis pour débattre point par point par le raisonnement et la modération cartésienne, plutôt que de les censurer, ce qui en ferait des martyrs qui se draperaient dans une posture à la Rima Hassan puissance 10. »

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