Selon l’ONG, ces pratiques concernent une grande variété de produits de grande consommation, avec des conséquences concrètes sur le budget des ménages. L’étude appelle à une meilleure transparence sur les prix réels et sur les stratégies commerciales des industriels, afin de protéger le pouvoir d’achat.
Stretchflation : quand le prix au kilo augmente beaucoup plus que le grammage, en pourcentage
Dans une nouvelle étude, l’ONG Foodwatch met en lumière des stratégies de "stretchflation" adoptées par plusieurs entreprises de l'agroalimentaire pour faire passer des augmentations de prix sans faire apparaître une hausse flagrante du prix à l’achat. Plutôt que d’augmenter directement le prix d’un produit, les fabricants modifient les formats ou la quantité dans l’emballage, tout en augmentant le prix unitaire au kilo ou au litre. Cette technique donne l’impression d’un prix stable à première vue, alors que le coût réel pour le consommateur augmente.
"Ces mentions nouveau format nous font dire : 'ah ben, il y a un avantage à acheter le produit'. Et en effet, ces paquets sont bien plus grands. Pour prendre l'exemple des bâtonnets Mikado, c'est un paquet de 100 g, contre 90 g auparavant. Mais quand on regarde le prix au kilo, il a augmenté de 18% ! On a l'impression qu'on nous donne un avantage. Et le prix qui augmente, on se dit : 'bon, c'est normal'. Mais au fait, le prix au kilo augmente beaucoup plus", explique Audrey Morice, chargée de campagne chez Foodwatch, au micro de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Parmi les exemples relevés par Foodwatch figurent des paquets plus grands ou des formats "économiques" dont l’augmentation de volume s’accompagne d’une hausse du prix au kilo, parfois significative. Pour l’ONG, ces ajustements ne correspondent pas à une offre réellement plus avantageuse pour les acheteurs, mais masquent une augmentation tarifaire progressive. Cette pratique se distingue de la shrinkflation — où le contenu diminue au même prix — en proposant plutôt plus de volume à un coût encore plus élevé par unité de mesure.
"C'est des gros industriels qui font des profits record"
L’étude de Foodwatch montre que ce phénomène touche divers segments alimentaires, des produits de base aux produits transformés. Dans certains cas, les acheteurs peuvent penser faire une bonne affaire en achetant un format plus grand, alors que le prix unitaire est plus élevé qu’auparavant, ce qui impacte directement le budget alimentaire. L’ONG fait valoir que ces pratiques sont souvent peu visibles sur les linéaires, car les prix affichés attirent l’attention sur le prix à l’unité vendue, et non sur le prix réel au kilogramme ou au litre, qui est l’indicateur pertinent pour comparer les coûts.
Mais Foodwatch ne fait-il pas de zèle ? "D'une manière générale, les industriels qu'on épingle dans nos différentes enquêtes, c'est plutôt des gros industriels qui font des profits record, ce n'est pas de toutes petites entreprises locales de l'agroalimentaire qui essaient d'avoir des démarches transparentes. C'est aussi des entreprises qui vendent des produits ultra-transformés nocifs pour la santé. En un mot, on n'est pas sur des industriels qui essaient d'être vertueux pour le consommateur", se défend Audrey Morice au micro de Sud Radio.
Foodwatch appelle à une meilleure transparence des informations tarifaires, notamment via un affichage clair et obligatoire du prix au kilo ou au litre, pour que les consommateurs puissent détecter les hausses cachées. L’ONG suggère également que la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) examine de près ces pratiques commerciales afin de prévenir toute distorsion du marché qui pourrait nuire au pouvoir d’achat. "Suite à nos alertes, la DGCCRF a enquêté sur la shrinklation et la cheapflation. Mais la DGCCRF est malheureusement impuissante ou en difficulté parce que ces pratiques ne sont pas illégales", déplore Audrey Morice.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.