À l’approche de l’entrée en vigueur d’une directive européenne sur la transparence des salaires, l’étude met également en évidence un paradoxe : une part importante des femmes cadres ne se sentent pas à l’aise pour utiliser les nouveaux outils censés réduire ces inégalités.
"Aujourd'hui, la proportion de femmes cadres ne progresse plus"
Les écarts de rémunération entre femmes et hommes cadres continuent de marquer le marché du travail. Selon une étude de l'Association pour l'emploi des cadres (APEC), les hommes cadres gagnent en moyenne 16% de plus que les femmes, un niveau d’écart qui reste relativement stable ces dernières années. Ces écarts apparaissent dès les débuts de carrière et ont tendance à se creuser au fil des années. Selon l’étude, ils peuvent atteindre environ 12 % après 55 ans, ce qui montre que les inégalités s’accumulent avec le temps plutôt que de se résorber.
"Il y a trois chiffres à retenir. Le premier chiffre, c'est : globalement, vous avez 25% d'écart en tenant compte du travail partiel. Le deuxième chiffre, c'est : globalement, à équivalent temps plein, c'est 15%. Et le troisième chiffre, c'est : à travail égal, il y a un écart de rémunération de 10%", commente au micro de Sud Radio Jean-Claude Delgenes, président fondateur de Technologia.
"Les femmes ont encore beaucoup à attendre pour arriver à une évolution. Il ne faut pas faire que l'espérance devienne illusion. Le vrai problème, c'est qu'on ne progresse plus au niveau du salaire des cadres. Or, toute la progression était due au fait que les femmes accédaient à un poste de cadre au cours des 30 dernières années. Auparavant, les femmes étaient très peu cadres. Globalement, aujourd'hui, un tiers des cadres sont des femmes. Auparavant, on était à 20%. Et c'est cette progression qui a permis l'évolution des salaires. Mais aujourd'hui, ça ne progresse plus depuis à peu près 7-8 ans", poursuit Jean-Claude Delgenes à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Les femmes sont moins présentes dans les fonctions réputées plus rémunératrices
Plusieurs éléments contribuent à maintenir ces différences salariales. Les femmes restent moins présentes dans certaines fonctions réputées plus rémunératrices, notamment dans la production industrielle, la finance ou certaines activités commerciales. Elles accèdent également moins souvent aux postes de direction ou aux fonctions à forte responsabilité. Dans les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, les femmes dirigeantes restent minoritaires.
"Il y a une sorte de ségrégation. C'est-à-dire que, globalement, les femmes sont affectées à certains postes. On dit par exemple "les assistantes", on ne dit pas "les assistants", 95% des personnes dans ce poste-là sont des femmes. De même pour les professions en santé - il y a bon nombre de professions qui sont affectées aux femmes. Et, deuxièmement, il y a des fonctions dans le top supérieur auxquelles elles ont beaucoup de mal à accéder en raison de ce qu'on appelle des "postes tremplin". Il y a très peu de femmes par exemple qui sont directrices financières. Or, ce poste de directeur financier est le tremplin pour devenir DG ou PDG d'une entreprise. Cela fait qu'elles arrivent à un moment donné dans une sorte de plafond", explique Jean-Claude Delgenes.
Un sentiment d’injustice chez de nombreuses femmes cadres
Ces inégalités salariales sont fortement ressenties par les principales intéressées. Une part importante des femmes cadres estime ne pas bénéficier des mêmes opportunités de progression que leurs homologues masculins. Ainsi, 40% des femmes cadres considèrent avoir moins de chances de réussite dans leur carrière que les hommes. Par ailleurs, près de la moitié d’entre elles jugent leur rémunération insuffisante au regard de leur contribution dans l’entreprise.
"Dans certains secteurs, par exemple le secteur bancaire, on a eu cette banalisation du statut de cadre. Auparavant, dans les agences bancaires, le directeur d'agence qui était cardre, c'était un cador, c'était un monsieur. Aujourd'hui, un directeur d'agence bancaire, c'est très peu payé par rapport à la responsabilité. Il y a une banalisation. On a donné une reconnaissance un peu symbolique pour ne pas donner une reconnaissance pécuniaire", raconte Jean-Claude Delgenes au micro de Sud Radio.
Le sentiment d’injustice est également lié aux négociations salariales. Les femmes déclarent plus souvent devoir fournir davantage d’efforts pour obtenir une augmentation. Dans les faits, lorsqu’elles demandent une revalorisation, elles obtiennent moins fréquemment satisfaction que leurs collègues masculins.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.