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Maltraitance animale : des sanctions plus lourdes, mais encore insuffisantes

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - En France, la maltraitance animale est aujourd’hui clairement définie et sanctionnée par la loi, avec un arsenal juridique renforcé ces dernières années pour mieux protéger les animaux domestiques et captifs.

Maltraitance animale : des sanctions plus lourdes, mais encore insuffisantes

Mais malgré ces avancées, des zones grises persistent, alimentant le débat public sur la responsabilité des propriétaires et sur l’idée d’un permis de détention, tandis que les tribunaux révèlent des justifications souvent révélatrices des failles humaines face à la souffrance animale.

Une qualification juridique de plus en plus précise

La législation française encadre désormais strictement la maltraitance animale. Le code pénal réprime les sévices graves, les actes de cruauté ou encore l’abandon, considérés comme des délits. Depuis la loi du 30 novembre 2021, les sanctions ont été nettement renforcées : jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, voire davantage en cas de circonstances aggravantes ou de mort de l’animal.

"Vous avez la loi qui a évolué progressivement. On a eu depuis 1992 une évolution qui est assez importante. Et en 1999, on a eu un changement total dans la vision que l'on avait des sanctions, puisqu'à partir de 1999, le tribunal peut prononcer l'interdiction à titre définitif de détenir des animaux. Cela a été quelque chose de vraiment très important à cette époque. Et puis, ce délit est puni depuis la loi du 30 novembre 2021 de 3 ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende, ce qui est quand même assez conséquent. Et si l'animal est décédé, les sanctions passent à 5 ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende. Et depuis 1999, on peut punir l'auteur de l'infraction d'une interdiction définitive de détenir des animaux. C'est un énorme progrès", explique au micro de Sud Radio Maître Eva Souplet, avocate de la Fondation 30 millions d’amis.

Le texte a également élargi le champ des infractions. Donner volontairement la mort à un animal domestique, hors cadre légal, constitue désormais un délit. Les atteintes sexuelles ou la diffusion d’images de cruauté sont également sanctionnées.

Est-ce forcément la prison pour autant ? "Comme pour tous les délits, vous savez bien que le juge va, en fonction des circonstances, en fonction de la personnalité de l'auteur, adapter la peine. Est-ce que la personne a déjà un casier judiciaire ? Tout ça, ça compte énormément. C'est l'individualisation de la peine. Donc, si vous me demandez si les personnes vont automatiquement aller en prison, je vous dirai non", répond Maître Eva Souplet au micro de Sud Radio.

Devant les tribunaux, des justifications révélatrices

Dans les affaires de maltraitance animale, les audiences judiciaires offrent un éclairage particulier sur les motivations des auteurs. Les justifications avancées sont souvent récurrentes. "Souvent, ils nient les faits. Certains admettent tout de même qu'ils se sont laissé déborder, mais ça dépend de quel type d'infraction. Vous avez ceux qui les abandonnent. Abandonner, ce n'est pas forcément de les mettre dans une forêt - c'est le fait de ne pas nourrir en quantité ou en qualité suffisante un animal, de ne pas le soigner, au point qu'on a des animaux dans des états catastrophiques. Tout cela, c'est de l'abandon. Vous avez souvent ce type de personnes-là. Curieusement, il y a quand même un profil à chaque fois. Et ces personnes qui abandonnent leurs animaux, reconnaissent parfois qu'ils se sont laissé dépasser. Parfois, ils ne se présentent même pas aux audiences, c'est d'une lâcheté absolue !", raconte Maître Eva Souplet à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Albin Teixeira.

La justice tient compte de ces éléments, mais rappelle régulièrement que la responsabilité du propriétaire est engagée dès lors que l’animal dépend de lui. Les juges peuvent prononcer, en plus des peines principales, des interdictions de détenir un animal ou des stages de sensibilisation.

Le permis de détention d’animal, une idée qui fait débat

Et si un tel stage de sensibilisation était obligatoire avant d'adopter un animal de compagnie ? C'est une idée que soutient sans hésiter Maître Eva Souplet : "Il s'agit de s'assurer que la personne a la capacité de détenir des animaux. Aujourd'hui, vous avez des stages de sensibilisation à la protection animale comme sanction. En réalité, l'animal a souffert, parfois il est mort. Et résultat de tout cela : le tribunal va prononcer comme sanction un stage de sensibilisation à la protection animale. Ça veut dire quoi ? On va permettre à cette personne de se rendre compte de ce que c'est d'avoir un animal. Donc, autant prendre le problème à l'envers et dire à la personne : 'Vous voulez avoir un animal ? OK. Il y a ça, ça et ça qu'il faut à tout le moins respecter'. Je pense que cela rendra service tant aux futurs adoptants qu'aux animaux".

Les opposants, eux, pointent le risque d’une mesure difficile à appliquer et potentiellement discriminante. Ils font valoir que la maltraitance ne relève pas uniquement de l’ignorance, mais aussi de comportements délibérés ou de situations sociales complexes.

Si le cadre juridique s’est considérablement renforcé, son efficacité dépend encore des moyens alloués à son application. Les services d’enquête et les juridictions doivent faire face à un volume croissant de signalements, tandis que certaines infractions restent difficiles à caractériser ou à prouver. La question de la prévention, notamment à travers l’éducation et la responsabilisation des propriétaires, apparaît désormais centrale. Le débat sur un éventuel permis de détention s’inscrit dans cette dynamique, sans pour autant faire consensus. Dans ce contexte, la lutte contre la maltraitance animale en France progresse, mais demeure un chantier ouvert.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Albin Teixeira.

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