Guerre en Iran, flambée des prix du carburant et du gaz, extension du chèque énergie, déficit public, contrôle des investissements étrangers en France, présidentielle 2027, primaire de la droite et du centre, fin de vie et soins palliatifs. Au micro de Sud Radio, Philippe Juvin a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
Hausse du carburant : "Nous n'avons pas les moyens d'une très grande générosité"
Jean-François Achilli pour Sud Radio : L’extension du chèque énergie à 700.000 foyers supplémentaires est-elle la bonne réponse face à la flambée des prix du carburant ?
Philippe Juvin : “Je ne le crois pas, sauf si c’est un chèque extrêmement ciblé et revu très rapidement. Entre 2021 et 2024, l’État a versé 72 milliards d’euros d’aides diverses aux Français. Aujourd’hui, les caisses sont vides et nous n’avons plus les moyens de recommencer à la même échelle.”
⛽️Hausse du #carburant
🗣️@philippejuvin (LR) : "Ce n'est pas une bonne idée de baisser les taxes. Nous n'avons malheureusement pas les moyens de jeter par la fenêtre un milliard d'euros par mois" #GrandMatin
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Pourquoi la France semble-t-elle moins armée que l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne ?
“Parce que nous sommes dopés à la dette publique et qu’il est douloureux d’en sortir. Il faut diminuer la dépense, dépenser mieux et produire plus de richesses. Une année blanche, avec des dépenses qui n’augmentent pas l’an prochain, serait déjà un signal utile.”
Marine Le Pen affirme que l’État profite de la hausse du carburant grâce à des recettes indues. Est-ce exact ?
“Non, cela ne correspond pas à la réalité. Sur un litre d’essence, 52 % du prix sont des taxes, mais une grande partie ne dépend pas du prix, seulement du volume vendu. Or quand les prix montent, la consommation baisse aussi, donc les recettes ne progressent pas mécaniquement.”
Faut-il baisser la TVA sur l’essence pour soulager les automobilistes ?
“Ce n’est pas une bonne idée de baisser les taxes. Passer la TVA de 20% à 5% coûterait environ 1 milliard d’euros par mois, soit 12 milliards par an. Il faut dire la vérité aux Français : il n’y a pas de cagnotte.”
Alors que faire concrètement dans cette crise énergétique ?
“Il faut aider ponctuellement ceux qui ne peuvent plus s’en sortir, comme certains agriculteurs ou marins-pêcheurs. Il faut aussi revoir les dispositifs chaque mois et éviter les aides généralisées. Enfin, il faut retrouver des marges de manœuvre et avancer sur l’indépendance énergétique.”
Le président de la République devrait-il tenir ce langage de vérité ?
“Tout le monde sait que nous ne pouvons pas continuer à nous endetter indéfiniment. Le problème, c’est que nous faisons comme si cela pouvait durer sans conséquences. Aujourd’hui, la France paie tout à crédit et cela finit par se voir.”
Le déficit public à 5,1% du produit intérieur brut en 2025, contre 5,4% prévu, est-ce une bonne nouvelle ?
“C’est mieux, mais cela reste considérable. La France demeure presque en queue de peloton dans l’Union européenne. Cela nous laisse une micro-marge de manœuvre, mais vraiment très limitée.”
Le gouvernement peut-il encore ressortir le chéquier si la crise s’aggrave ?
“On n’a plus de chéquier. Les chèques sont en bois, car quelqu’un finira par les payer. Et il n’est pas normal que nos enfants et nos petits-enfants financent toutes nos dépenses d’aujourd’hui.”
"Nous devons contrôler les investissements étrangers en France"
Vous avez déposé une proposition de loi sur les investissements étrangers en France. Quel est votre objectif ?
“Nous avons besoin d’investissements étrangers en France, donc il ne s’agit pas de les refuser par principe. La question est de s’assurer qu’ils ne se font pas au détriment de notre souveraineté nationale. Cela concerne la défense, mais aussi l’alimentation, les données et l’énergie.”
Que changerait votre texte ?
“Je veux que ces investissements soient mieux contrôlés et qu’il y ait davantage de transparence. Le Parlement doit pouvoir savoir ce qui se passe et exercer un contrôle réel. Il faut aussi pouvoir imposer des conditions lorsque des actifs stratégiques sont concernés.”
Vous souhaitez donc conditionner plutôt qu’interdire ?
“Absolument. L’idée n’est pas d’empêcher, mais de protéger les intérêts français. Si une décision prise après une vente devient nuisible à notre souveraineté, il faut être capable de la bloquer.”
Le gouvernement vous suit-il sur ce sujet ?
“Je crois que le gouvernement en est conscient. Une mission d’information a été lancée, ce qui va dans le bon sens. Mais il est temps de passer à l’acte et de traduire cela dans la loi.”
Qu’est-ce que vous reprochez au fonctionnement actuel ?
“La politique a souvent du mal à passer de l’analyse à l’action. On commente beaucoup, on missionne beaucoup, mais on tarde à changer les règles. Sur Sud Radio, je dis qu’il faut désormais accélérer.”
Tous les investissements étrangers doivent-ils être surveillés ?
“Tous ceux qui peuvent affecter notre souveraineté doivent être contrôlés en amont. Il faut aussi des filets de sécurité après la vente. Le but est d’éviter qu’une entreprise stratégique nous échappe totalement une fois rachetée.”
Présidentielle : "Il n’y a pas d’autre solution qu’une primaire de la droite et du centre"
Vous soutenez une candidature unique à droite et au centre pour la présidentielle 2027. Pourquoi ?
“Parce que sinon nous ne serons pas au second tour. S’il y a un candidat LR, un candidat Horizons, un candidat Renaissance, un candidat UDI et un candidat MoDem, le bloc central sera fragmenté. En face, Jordan Bardella ou Marine Le Pen, ainsi que Jean-Luc Mélenchon, profiteront de cette division.”
🗣️@philippejuvin (LR) : "Il n'y a pas d'autre solution qu'une primaire de la droite et du centre, comme en 2017. Si on ne fait pas ça, nous ne serons pas au second tour en 2027" #GrandMatin
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Quelle est, selon vous, la seule solution ?
“Il n’y a pas d’autre solution qu’une primaire de la droite et du centre. Elle doit associer les militants et les sympathisants, comme en 2017 à droite. C’est le seul moyen de désigner un candidat légitime et capable d’être en finale. Sans primaire, c'est un suicide collectif. L’alternative à la primaire, c’est une tragédie annoncée. Si la droite et le centre ne s’organisent pas autour d’un seul candidat, ils seront encore exclus du second tour.”
Édouard Philippe n’en veut pas. Que lui répondez-vous ?
“S’ils refusent la primaire, ils seront tous candidats. Ils feront entre 5 et 15%, pendant que d’autres se qualifieront. Si nous avons plusieurs candidats à droite et au centre, nous ne serons pas au second tour.”
Bruno Retailleau en est-il conscient ?
“Je crois qu’il l’est. Bruno Retailleau a de grandes qualités et je l’ai soutenu. Mais il ne peut pas être choisi seulement par les militants LR si l’objectif est de rassembler toute la droite et le centre.”
Qui a aujourd’hui l’épaisseur pour être président de la République en 2027 ?
“Il y a beaucoup de profils. Le problème de notre famille politique n’est pas le manque de candidats, mais l’excès de candidatures. Nous en avons trop, et c’est précisément ce qui nous met en danger.”
Jordan Bardella pourrait-il incarner cette candidature unique dans une union des droites ?
“Non, car nous n’avons pas le même programme. Sur l’économie par exemple, je ne vois pas ses propositions pour réduire la dette. Nous ne défendons pas la même ligne politique.”
Vous avez aussi critiqué la communication politique autour de certaines candidatures. Pourquoi ?
“Parce qu’aujourd’hui tout devient marketing politique. On parle beaucoup d’image, de communication, de TikTok et de tweets. Mais gouverner un pays exige autre chose qu’un vernis de communication.”
Fin de vie : "Je plaide pour une société du soin, pas une société qui donne la mort"
Le report de l’examen du texte sur la fin de vie au Sénat vous paraît-il justifié ?
“Oui, si cela permet de prendre le temps. C’est une loi qui peut bouleverser profondément les rapports humains. Sur un tel sujet, la précipitation serait une faute.”
Votre expérience de médecin a-t-elle façonné votre position ?
“Bien sûr. J’ai eu dans ma carrière des demandes d’euthanasie, de patients ou de familles. Mais ces demandes ont disparu quand une réponse médicale, humaine et attentive a été apportée.”
Quelle ligne défendez-vous dans ce débat ?
“Je plaide pour une société du soin, pas une société qui donne la mort. La priorité doit être l’accès aux soins palliatifs, c’est-à-dire l’accompagnement médical destiné à soulager la douleur et à préserver la dignité des patients. Aujourd’hui encore, trop de Français qui en ont besoin n’y ont pas accès.”
Vous craignez des demandes d’euthanasie par défaut ?
“Oui, c’est un risque majeur. Si les soins palliatifs ne sont pas accessibles, certains demanderont l’euthanasie faute d’alternative. Ce serait un très mauvais basculement pour notre société.”
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