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Alexis Corbière : "J’ai l’impression qu’on n’a rien appris du Covid"

INTERVIEW SUD RADIO - Superprofits, hantavirus, culture... Alexis Corbière, député de Seine Saint-Denis, co-fondateur de l'Après, était l'invité politique de Sud Radio

Alexis Corbière
Alexis Corbière

Invité politique de Sud Radio, Alexis Corbière, député et rapporteur d’une commission d’enquête parlementaire sur la sécurisation des musées, a détaillé ses propositions pour renforcer la protection des établissements culturels. Il est également revenu sur l’actualité politique, les tensions à gauche, la gestion de l'hantavirus et la question des superprofits.

Jacques Cardoze : Un mot d’actualité d’abord. Cette polémique autour du “crispy poulet” qui divise la gauche… vous vous situez où ?

Moi, je suis un unitaire. Ce qui est fondamental aujourd’hui dans mon engagement, c’est que la gauche se rassemble pour l’élection présidentielle. Il y a des sujets importants sur lesquels on peut discuter, mais si on s’engueule sur le poulet, ça ne va pas. Ceci dit, plus sérieusement, la question de la malbouffe est un vrai sujet. Moi j’ai des enfants, des jeunes qui me disent : "c’est pas cher", et je comprends. Mais ce n’est pas une raison pour accepter des produits de mauvaise qualité sous prétexte qu’il y a une crise.

On peut donc comprendre qu’un maire dise : "attention, moi je préfère qu’il y ait de la nourriture de qualité". En revanche, il y a eu une mise en scène, avec des vidéos, une posture un peu viriliste en disant qu’on allait interdire l’établissement… c’était disproportionné. Franchement, faire aujourd’hui des gauches irréconciliables au nom du poulet, ce n’est pas très sérieux au regard des préoccupations des Français.

"D’autres épidémies dans les années qui viennent"

Jacques Cardoze : Autre préoccupation des Français ce matin. La France est-elle prête face à une nouvelle crise sanitaire ?

Je l’espère, mais je ne suis pas dans les arcanes du pouvoir, je suis un député d’opposition. Ce que je vois, c’est que la ministre se félicite, par exemple, du rôle de l’hôpital Cochin, qui accueille des patients sous surveillance. Et elle a raison de saluer le travail du système hospitalier. Mais on ne peut pas à la fois applaudir notre hôpital public et ne pas voir qu’on en réduit les moyens. On a fermé 5000 lits.

Or, ce dont on parle aujourd’hui, ce sont des zoonoses, des maladies transmises par les animaux, qui sont aussi liées aux dérèglements climatiques. Cela veut dire qu’il y aura d’autres épidémies, d’autres circulations de virus dans les années qui viennent. Donc la vraie question, c’est : quelle réflexion d’ensemble on a, à long terme, au niveau national et international ? J’ai l’impression qu’on n’a rien appris du Covid.

Moi, je veux bien qu’on me dise qu’on est prêts sur les masques, mais je connaissais des entreprises françaises qui en fabriquaient après le Covid et qui ont fermé faute de commandes publiques. Il faut défendre notre hôpital public et comprendre que ces crises sanitaires vont se multiplier.

"Musées : Indiscutablement, il faut des moyens"

Jacques Cardoze : Vous êtes rapporteur d’une commission sur la sécurisation des musées. Que faut-il faire en priorité ?

Indiscutablement, il faut des moyens. Aujourd’hui, les établissements n’ont plus vraiment de visibilité pour investir dans leur sécurité. Et les menaces évoluent : il n’y a pas forcément plus de vols, mais ils changent de nature.

On est davantage face à des braquages. Et les voleurs ne cherchent plus forcément des œuvres pour leur beauté, mais pour leurs matériaux. Le prix de l’or a augmenté, certaines porcelaines ont énormément de valeur sur le marché mondial. Bref, il y a une évolution du phénomène, et nos établissements ne sont pas toujours armés pour y faire face.

Jacques Cardoze : Concrètement, que proposez-vous ?

Par exemple, il a été proposé un fonds de sûreté de 30 millions d’euros sur trois ans. Cela permettrait d’aider les établissements. Mais au-delà des chiffres, il faut comprendre ce que cela signifie : donner des moyens techniques face aux cyberattaques, avoir des équipes capables de protéger les données, améliorer la qualité des systèmes de vidéosurveillance.

Aujourd’hui, sur 1218 musées en France, seulement 23 % disposent d’un véritable plan de sûreté. Cela veut dire que dans beaucoup d’établissements, on n’a pas vraiment réfléchi à ces questions ou qu’on n’a pas les moyens.

Jacques Cardoze : Le problème vient aussi du personnel ?

Oui, les personnels sont la clé de tout. Depuis 2012, on est passé de 3776 gardiens à environ 3100, alors même que la fréquentation ne cesse d’augmenter, le musée du Louvre accueille près de 9 millions de visiteurs.

Dans les musées parisiens, 31 % des agents sont contractuels. On confie ce qu’on a de plus précieux à des personnes souvent mal payées, entre 1400 et 1600 euros, avec une moyenne d’âge assez élevée. Ce sont des métiers fatigants, qui demandent de la formation et des perspectives. Il faut rendre ces professions plus attractives.

"Il est hors de question qu’il y ait des profiteurs de guerre"

Jacques Cardoze : Venons en à la question des carburants, vous dénoncez les superprofits ?

Oui, il y a un vrai sujet. Le groupe TotalEnergies a réalisé près de 5 milliards d’euros de profits sur un semestre. Quand les Français vont faire le plein et que les prix augmentent, il est hors de question qu’il y ait des profiteurs de guerre.

Ce que nous voulons comprendre, c’est s’il existe des mécanismes d’optimisation fiscale, avec des filiales à l’étranger, par exemple en Suisse, qui permettent de localiser les profits là où la fiscalité est plus avantageuse. C’est pour cela qu’il faut des auditions à l’Assemblée nationale, pour que les dirigeants viennent s’expliquer.

Jacques Cardoze : Pour 2027, la gauche est-elle trop divisée aujourd’hui ?

Le risque est réel. Si nous partons divisés, nous risquons de perdre, voire de ne pas être au second tour. Et pire encore, de permettre l’élection de l’extrême droite. Nous avons déjà réussi à nous rassembler lors des législatives avec le Nouveau Front populaire, qui a obtenu 9 millions de voix. Il faut être capables de refaire cela pour la présidentielle.

Jacques Cardoze : Vous défendez donc une primaire ?

Oui, c’est la seule méthode démocratique. Il faut organiser une délibération collective sur le programme et la candidature. Aujourd’hui, plusieurs personnalités se positionnent, mais à mesure que l’échéance approchera, les choses vont se clarifier. L’objectif, c’est de construire une offre politique crédible, qui parle des salaires, des services publics et de la démocratie.

"Dominique de Villepin, ce n’est pas la gauche"

Jacques Cardoze : Il y a plusieurs figures possibles à gauche, dont François Hollande, François Ruffin ou Raphaël Glucksmann. Et vous avez aussi cité Dominique de Villepin. Quelle est votre lecture ?

il y a aujourd’hui plusieurs figures qui peuvent se présenter, et on voit bien qu’il y a un espace politique à structurer. Mais je veux dire une chose très clairement : Dominique de Villepin, ce n’est pas la gauche. Il est difficile à identifier, à caractériser politiquement. J’ai du respect pour lui, mais il ne peut pas être considéré comme une figure de la gauche.

Donc la question, c’est : quel est l’espace entre ces différentes candidatures, et comment on organise quelque chose de collectif ? Moi, je plaide pour qu’on organise une délibération commune sur un programme, une méthode, et une candidature. Sinon, on risque de partir dispersés.

Jacques Cardoze : Et pour finir, irez-vous voir le film sur Samuel Paty ?

Oui, bien sûr. J’ai été professeur d’histoire pendant 22 ans, donc je me sens particulièrement touché. Samuel Paty est un de nos héros. Il faut penser aux enseignants qui font un travail difficile mais indispensable. L’école publique, la liberté d’expression, la liberté de critique : tout cela est essentiel pour faire société.

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