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Bruno Retailleau : "Rien n'est réglé avec l'Algérie !"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW EXCLU SUD RADIO - Relations avec l'Algérie, hantavirus, Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau, sénateur de Vendée, président des Républicains et candidat à l’élection présidentielle, était “L’invité politique” sur Sud Radio. 

Bruno Retailleau
Bruno Retailleau, interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 3 décembre 2025, dans “L’invité politique”.


"La procédure qu’on devrait avoir avec l’Algérie, c’est de se conformer aux accords de 1994". Au micro de Sud Radio, Bruno Retailleau, a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

Jean-François Achilli : « Candidat à l’élection présidentielle », c’est la seule mention que vous maintenez sur votre compte X.
Bruno Retailleau : "Je maintiens, je signe, je persiste. Non, mais c’est déjà pas mal."

Hantavirus : "On ne sait pas s’il y a une mutation ou pas"

Jean-François Achilli : Bon, on va parler de la présidentielle, l’objectif suprême. Mais tout d’abord, sur le hantavirus. La situation liée à ce virus en France est sous contrôle, affirme le président Emmanuel Macron depuis le Kenya. Et pourtant, il n’est pas impossible qu’on soit face à un variant, reconnaît le professeur Xavier Lescure, l’infectiologue de l’hôpital Bichat, très prudent. Qui croire dans cette histoire ?

Bruno Retailleau : "Plutôt les scientifiques. Et je pense que le rôle des hommes, des femmes politiques, des responsables publics, ça n’est pas de jouer aux médecins sur les plateaux de télévision ou dans les studios de radio. Je pense que les autorités sanitaires ont pris de bonnes décisions aujourd’hui en France, notamment, et le gouvernement d’ailleurs aussi."

Jean-François Achilli : Et les deux réunions par jour, c’est nécessaire franchement à Matignon ?

Bruno Retailleau : "Ça, ça me paraît sans doute plus de la communication que d’autres choses. Bon, mais ça compte aussi pour rassurer les gens. Non, ce qui est important, c’est qu’on ait décidé d’une mesure très, très ferme, c’est-à-dire de confiner à l’hôpital la vingtaine de cas contacts."

"Ce que je sais, c’est que le séquençage de ce virus n’a pas été totalement établi. Donc on ne sait pas s’il y a une mutation ou pas. On nous dit qu’il est très létal, donc qu’il est très dangereux, mais qu’en même temps il est très peu contaminant. Moi, je n’en sais rien, rien du tout. Ce n’est pas à moi de le dire. Donc la seule chose que peuvent faire les responsables publics, c’est de veiller à ce que les autorités sanitaires assument bien les mesures de vigilance sanitaire."

Euthanasie : "c’est une réforme qui bouleverse la société"

Jean-François Achilli : Le Sénat, sans surprise, a rejeté pour la deuxième fois la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir, réforme de société chère à Emmanuel Macron. L’Assemblée nationale devrait avoir le dernier mot sur ce texte. Vous appelez à un référendum sur la fin de vie.

Bruno Retailleau : "Oui, parce que c’est une réforme qui bouleverse la société et le Sénat a refusé pour la seconde fois. Donc ça voudrait dire que le dernier mot, ce sera les députés. Alors vous savez que, la dernière fois que les députés ont voté, moins de 52 %, 51,8 % seulement des députés avaient voté pour cette réforme. Je trouve que, pour des réformes aussi fondamentales, on a besoin de consensus. Emmanuel Macron, le premier, l’a dit il y a deux ans. Ce n’est pas moi qui ai inventé l’idée de référendum. C’est Emmanuel Macron qui, il y a deux ans, avait indiqué qu’il souhaitait recourir à un référendum sur ce texte-là."

"Ce texte, ça n’est pas n’importe quel texte. Je voudrais vous dire une chose : il y a quelques mois, à la fin de l’année 2025, beaucoup ont été bouleversés par l’euthanasie de la jeune Siska. C’est une jeune Flamande belge, qui avait 26 ans, qui avait tenté de mettre fin à ses jours. Elle avait des dépressions et la loi belge a accepté qu’elle puisse être euthanasiée. C’est une leçon, parce que d’autres pays avant nous ont tenté l’expérience : la Belgique, le Canada, la Hollande. Qu’est-ce qu’on constate ? On constate dans ces pays que, lorsqu’on accepte, lorsqu’on vote l’euthanasie, on met au départ des garde-fous, mais qu’au fil des années les garde-fous sautent les uns après les autres."

"Ce que l’on constate aussi, c’est que l’euthanasie prend toujours le pas sur, notamment, les soins palliatifs. Pourquoi ? Parce que les soins palliatifs, ça coûte très cher. Ce sont des médecins, des infirmières, du personnel soignant, des établissements, ça coûte cher. Et une injection létale, c’est très vite fait et ça coûte peu cher. Et c’est pour ça que moi, ce que je ne veux pas, voyez, par-dessus tout — je respecte toutes les opinions et en plus c’est une question de conscience, vraiment —, mais moi, ce que je ne veux pas, c’est que demain des malades en fin de vie, soit malades ou handicapés, puissent se dire : « Je suis devenu un fardeau, un poids pour les miens, il faut que j’en finisse. » Ça, je ne le veux pas."

"J’ai indiqué que, pour toutes les lois sociétales, je ne souhaitais pas revenir sur les lois qui auraient déjà été votées"

Jean-François Achilli : Olivier Falorni, qui était notre invité ce matin sur Sud Radio, a dit, sur cette idée de référendum : « Ce n’est pas sérieux. Le faire à quelques mois d’une élection présidentielle, c’est impossible. » La question de la fin de vie, comme la question de l’immigration, qui est chez vous une obsession pour laquelle vous réclamez aussi un référendum.

Bruno Retailleau : "Non, mais je n’ai aucune obsession. L’immigration, ce sont les Français qui nous demandent de reprendre la main. Évidemment, on ne peut pas tolérer aujourd’hui qu’il y ait plus de 500 000 immigrés tous les ans qui viennent, dans la mesure où la France n’a plus les capacités, simplement, d’accueil. Et c’est aussi un drame pour des immigrés à qui on ne peut pas fournir du travail, à qui on ne peut pas fournir de logement décent, etc. Donc il n’y a pas du tout d’obsession."

"Simplement, je pense que je suis démocrate et je souhaite que le peuple français puisse, si j’ose dire, décider de la politique migratoire. Parce que vous ne trouverez sans doute pas, depuis 50 ans, un phénomène sociétal aussi puissant que l’immigration, qui a autant bousculé notre société sans que jamais le peuple français n’ait pu en discuter."

"Je sais parfaitement que c’est compliqué de le tenir avant la présidentielle. Faisons-le après. Mais je vous disais que la procédure que va prendre le gouvernement, ça va être quoi ? Il va y avoir la commission mixte paritaire, sept députés, sept sénateurs. On ne pourra pas s’entendre et ensuite ça sera le dernier mot aux députés. Ça veut dire qu’en réalité, sur l’ensemble des parlementaires, un peu moins de 1 000, cette loi serait votée par à peu près un tiers, juste un tiers des parlementaires."

"C’est une loi de rupture. C’est une loi qui va bouleverser les choses. J’ai cité hier le serment d’Hippocrate. Le serment d’Hippocrate, auquel chaque médecin d’ailleurs se conforme, c’est 2 400 ans, 24 siècles. Je vous rappelle cette phrase : « Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. » C’est la boussole de la médecine occidentale et c’est un renversement. On va renverser cette boussole et, en tout cas, ce serment."

Jean-François Achilli : Si vous êtes élu président de la République, est-ce que vous reviendrez sur cette loi ?

Bruno Retailleau : "J’ai indiqué que, pour toutes les lois sociétales, je ne souhaitais pas revenir sur les lois qui auraient déjà été votées, quel que soit le sujet, tout simplement parce que la France est au bord du précipice, nous sommes fracturés, et il ne faut pas ajouter des raisons de fracture, de fragmentation. Et je pense qu’on aura tellement fort à faire pour faire en sorte, par exemple, que le travail paie plus. Moi ce que je veux, si j’ai une obsession, voyez, c’est celle-là : faire en sorte qu’en France, les gens qui travaillent puissent gagner plus."

Jean-François Achilli : Il y aura un moratoire, comme vous l’avez récemment dit, sur toutes les lois ? Ça veut dire que vous allez suspendre ? Mais pas annuler.

Bruno Retailleau : "C’est ça. Je n’annule pas. Voilà, les lois votées sont votées, on n’y revient pas et on se consacre à l’essentiel. L’essentiel, c’est la prospérité. Comment on fait pour améliorer le niveau de vie, le pouvoir d’achat des Français qui bossent et qui, souvent, constatent que ceux qui, eux, ne travaillent pas, qui vivent au crochet de la société, gagnent presque autant qu’eux qui travaillent dur ? C’est ça, la vraie injustice en France, et ça devrait être ça la priorité d’ailleurs de ce gouvernement."

Jean-François Achilli : Prenons les 300 millions d’euros en moins dans les caisses de l’État avec la hausse du prix des carburants, des rentrées fiscales en négatif. Il n’y a jamais eu de cagnotte, reconnaît Sébastien Lecornu lui-même. Qu’est-ce qu’il fallait faire au final ?

Bruno Retailleau : "C’est la raison pour laquelle j’ai pensé que les propositions du Rassemblement national étaient parfaitement démagogiques. C’est d’ailleurs la démagogie qui caractérise les élus du Rassemblement national, parce que baisser la TVA autant qu’ils le voulaient, c’était 12, 15 milliards. Vous vous rendez compte ? Alors qu’on a une somme astronomique d’endettement. Donc ça n’est pas sérieux, ça peut faire plaisir, c’est populiste, voyez, on surfe sur la vague, mais on ne le fait pas. Parce que ça aurait voulu dire qu’on demandait à nos enfants, puisque ces 15 milliards auraient été payés par la dette, donc par les enfants."



"Deux idées. L’une que le gouvernement a retenue, c’est le ciblage sur des professions : agriculteurs, pêcheurs, etc., qui utilisent leur voiture. Ça, c’est fondamental. La deuxième idée que j’ai émise il y a déjà plusieurs mois, c’est les certificats d’économie d’énergie. Là encore, c’est une surtaxe, et je proposais là aussi d’arrêter d’ajouter des surtaxes aux surtaxes. Puisque cette année il y avait plusieurs milliards qui ont été ajoutés à cette surtaxe de l’an dernier, je disais : surtout, on n’augmente pas cette année. Le plein est assez cher."

Algérie : "ce régime-là, qui est une forme de dictature vis-à-vis de leur peuple, qui a appauvri le peuple algérien, ils expliquent leurs échecs en pointant sur une rente mémorielle"

Jean-François Achilli : Il y a eu par ailleurs l’Algérie. Vous évoquez l’immigration tout à l’heure. Le dialogue est-il plus payant que la fermeté avec Alger, après la visite de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, au président algérien Abdelmadjid Tebboune ? Tout va bien apparemment.

Bruno Retailleau : "Rien n’est réglé. Non, mais rien n’est réglé."

Jean-François Achilli : Vous avez été un peu « maboule », finalement, comme il le dit. Voilà, quand il s’adressait à vous, vous étiez le « maboule » de service.

Bruno Retailleau : "Je pense que ce type de vocabulaire, un président de la République ne devrait pas l’emprunter. Et demain, si les Français me font confiance, j’essaierai d’avoir un langage plus conforme au respect que j’ai pour la fonction. « Maboule », par exemple, et autres... Mais ce n’est pas ma personne qui est en cause, c’est la France et les Français. Le rôle d’un président, c’est de faire respecter la France, y compris lorsqu’un régime — je distingue bien le régime du peuple algérien, et vraiment je le dis aussi à nos compatriotes d’origine algérienne, ils ne doivent pas s’identifier à monsieur Tebboune. Simplement, monsieur Tebboune, ce régime-là, qui est une forme de dictature vis-à-vis de leur peuple, qui a appauvri le peuple algérien, ils expliquent leurs échecs en pointant sur une rente mémorielle. C’est-à-dire que la France est coupable de tout, de tout."

Jean-François Achilli : Mais là, la France s’est couchée, à vos yeux ?

Bruno Retailleau : "Bien sûr."

Jean-François Achilli : À quel prix, selon vous ?

Bruno Retailleau : "Je ne sais pas, mais regardez Boualem Sansal. J’étais avec lui à un grand salon littéraire à Montaigu ce week-end. Boualem Sansal a été libéré. Vous croyez qu’il aurait été libéré si on s’était tu ? Regardez Christophe Gleizes."

Jean-François Achilli : Il a reçu la visite du consul en prison.

Bruno Retailleau : "Et alors ? On va bomber le torse ? Non mais qu’est-ce que ça veut dire ? Un écrivain, heureusement, a été libéré. Il a été libéré parce qu’on a fait pression. Christophe Gleizes, depuis deux ans, il est toujours, aujourd’hui et au moment où je vous parle, même si un diplomate l’a visité, sous les barreaux algériens. C’est intolérable."

Jean-François Achilli : Donc là, pour vous, la France s’est couchée, on ne sait pas pourquoi ça s’est réchauffé. Les fameuses OQTF reprises, il y en a un peu plus d’une centaine, et c’est le compte-gouttes.

Bruno Retailleau : "Alors que la procédure qu’on devrait avoir avec l’Algérie, c’est de se conformer aux accords de 1994, qui font que quand on a un ressortissant algérien, on le sait parce qu’on a un passeport, une carte d’identité, même périmée, eh bien l’Algérie n’a pas à baragouiner. Elle doit réadmettre sur son sol ce ressortissant. C’est l’accord de 1994. Donc expliquez-moi : nous, on a un accord de 1968 avantageux pour l’Algérie, que l’on respecte à la lettre. Eux, ils ont des accords qu’ils ne respectent pas. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On se couche ?"

"La France doit être respectée. Vous croyez quelle grande nation accepterait autant d’humiliations ? Moi, je ne l’accepte pas, pour les Français, pour protéger les Français. Je n’oublie pas : j’étais ministre de l’Intérieur quand l’attentat de Mulhouse est arrivé. C’était un ressortissant algérien que l’Algérie n’avait pas voulu réadmettre. Donc il y a une question de protection des Français."

"On est non seulement dans un déclassement, avec l’endettement de la France pour le pays collectivement, mais on est dans un appauvrissement"

Jean-François Achilli : Bruno Retailleau, il y aura de nombreuses questions avec nos auditeurs, vous restez avec nous jusqu’à 9h. Deux mots sur la présidentielle. Que dites-vous de cet échange inattendu entre Kylian Mbappé et Jordan Bardella ?

Bruno Retailleau : "Rien du tout. Moi, je vais vous dire, je pense que 2027, c’est l’élection de la dernière chance. On est au bord du précipice. Au moment où je vous parle, c’est un sondage OpinionWay qui l’a révélé en fin d’année dernière et malheureusement il a fait peu de bruit. C’était un sondage sur un très, très gros échantillon, donc vraiment très significatif. 12 % des Français, vous m’entendez bien, vont régulièrement sur des parkings de grande surface pour voir si, dans les bennes où on rejette les choses, ils ne peuvent pas faire une sorte de tri. Et le taux de pauvreté va atteindre 10 % de la population. Donc on est non seulement dans un déclassement, avec l’endettement de la France pour le pays collectivement, mais on est dans un appauvrissement. Les Français le savent bien."

Jean-François Achilli : Juste un dernier mot : Jean-François Copé, qui est chez vous, qui prend position pour Édouard Philippe. Qu’est-ce que vous dites ce matin ?

Bruno Retailleau : "C’est une surprise pour personne. Je vois bien qu’il est tiraillé en politique. Voilà, qu’il se mette en accord avec ses convictions profondes. Et s’il veut rejoindre, parce qu’il est haut dans les sondages, Édouard Philippe, qu’il le fasse. Mais comme les sondages risquent, à l’automne, de varier, et peut-être les courbes de se croiser, ce sera dommage."


"Les hommes et les femmes politiques sont devenus matérialistes"

Maxime Lledo : On parlait de l’élection présidentielle, vous parliez des mois qui restent. Quand vous voyez quand même, dans votre camp, Bruno Retailleau, les nombreux couteaux qu’il peut vous arriver de recevoir dans votre dos, est-ce que vous n’avez pas envie parfois de cheffer de manière un peu plus directive et de dire : écoutez, ceux qui ne sont pas contents, je vous ouvre la porte et vous partez ?

Bruno Retailleau : "On a parlé tout à l’heure du référendum. Ma façon de cheffer à moi, ça a été de recourir aux militants. On a fait voter les militants. Ils sont 80 000, ils ont eu l’occasion de voter, et je pense que c’était bien parce que ça m’a installé comme le candidat, le seul candidat légitime de LR."

Maxime Lledo : Ça, c’est les militants, mais vous voyez bien à quel point — on en parlait à l’instant sans trahir les conversations off — parfois le poids, si ce n’est politique, pardon, médiatique de certains qui font beaucoup de bruit. Est-ce qu’il n’y a pas une volonté parfois de clarifier la situation et de dire vraiment : partez ?

Bruno Retailleau : "Non. Les chiens aboient, la caravane passe."

Maxime Lledo : Jean-François Copé, franchement ?

Bruno Retailleau : "Non, pas du tout. Je viens de répondre sur le cas de Jean-François Copé. Ce que je veux dire, c’est que dans la vie politique et médiatique, il ne faut jamais s’éloigner de l’idéal, de ce que l’on veut dire aux Français. Je pense que le rôle, notamment lorsqu’on est candidat à la présidence de la République, c’est d’avoir cet objectif. Alors là, du coup, c’est une obsession : l’obsession, c’est de servir les Français, et l’obsession, c’est de proposer concrètement des choses pour améliorer la vie quotidienne des Français, sur le salaire, le pouvoir d’achat, contre l’immigration totalement aujourd’hui hors de contrôle, la justice qui n’est pas suffisamment ferme, la fierté française."

"Vous savez, les hommes et les femmes politiques sont devenus matérialistes. Ils pensent qu’un être humain ou un peuple n’est gouverné que par des questions matérielles de pouvoir d’achat. Bien sûr, je viens d’en parler, c’est important. Mais il y a autre chose. C’est comme une équipe de foot, de basket ou autre. On doit être fier de ce que l’on est."

Maxime Lledo : Mais quand vous dites que les politiques sont devenus un peu trop matérialistes, ça veut dire que Bruno Retailleau président, qui ne serait pas matérialiste, ça donnerait quoi ? Qu’est-ce que vous feriez de différent par rapport à tout ce qui aurait succédé ?

Bruno Retailleau : "Justement, tout le côté immatériel, c’est ce qui nous constitue, notre identité. Et je vais vous donner quelques exemples. Moi, je serais le défenseur de notre mode de vie, de notre culture, de notre civilisation. Je pense que l’échec le plus grave depuis un demi-siècle, c’est l’école. L’école, ce n’est pas matériel, c’est de l’immatériel. C’est la transmission de l’immatériel. Et le pire pour l’école française, c’est que c’est devenu une machine à reproduire les inégalités. Quand vous êtes un enfant d’une famille qui est riche, qui a une position sociale, alors vous avez toutes les chances de réussir. Mais quand ce n’est pas le cas, vous avez beaucoup, beaucoup moins de chances de réussir. Donc arrêtons de parler de l’école républicaine. L’école républicaine, c’est devenu un slogan. Et moi, je veux que ce soit une réalité. Je veux donner la chance à chaque petit Français, quelle que soit son origine, quelle que soit sa condition sociale, de réussir, à la condition du mérite et à la condition de l’effort."

"On ne va pas interdire des banquets populaires parce qu’il y a du cochon, il y a du vin ou je ne sais quoi."



Maxime Lledo : Bruno Retailleau, vous parlez des choses immatérielles. Et dans ces choses immatérielles, il y a la culture française, et beaucoup de nos auditeurs aimeraient vous interroger sur le sujet. Bonjour Jean-Jacques.

Jean-Jacques : Oui, bonjour Maxime, bonjour monsieur Retailleau. Aujourd’hui, le problème qu’on a, c’est qu’on voit qu’on est attaqués de partout au niveau de la ruralité, de nos traditions, au niveau de l’art culinaire qui est attaqué. Parce que tout ce qui est français est vu comme franchouillard et est complètement dénigré. C’est même devenu politique. Même le vin est devenu une question politique.

Maxime Lledo : "Vous pensez notamment à ces fameux canons français qui ont été vivement critiqués, Jean-Jacques ? C’est ça ?"

Jean-Jacques : Bien sûr, il y a ça, mais on voit que dernièrement, un député socialiste s’est mis une couche de nouveau sur le vin, et ceci et cela. Ils sont pour la légalisation de drogue et, d’un côté, pour faire des fêtes illégales dans les territoires ruraux, au mépris de la loi républicaine. Et ces gens-là se disent républicains en plus, c’est ça qui est terrible quand même.

Bruno Retailleau : "Quel paradoxe entre cette gauche morale, souvent, qui voudrait légaliser les drogues, qui voudrait excuser les teufeurs dans les rave parties. Et croyez-moi, j’ai été ministre de l’Intérieur, ces rave parties, c’est en réalité les grands supermarchés de drogues à ciel ouvert. C’est des gens qui se font de l’argent sur la santé de jeunes qui croient simplement vouloir venir se détendre."

Maxime Lledo : On parlait tout à l’heure de l’Algérie. Mais quand on critique par exemple le canon français, parce que certains vous diraient : on a observé des saluts nazis, il y a eu des propos inacceptables. Pour vous, c’est de l’ordre de la repentance qu’on n’accepte pas ce type de célébration ?

Bruno Retailleau : "Il y a deux choses. Qu’il y ait des dérives individuelles, ces dérives individuelles, elles doivent être punies, évidemment. Mais on ne va pas interdire des banquets populaires parce qu’il y a du cochon, il y a du vin ou je ne sais quoi."

Maxime Lledo : Donc, quand vous voyez un député socialiste vouloir interdire ce type de rassemblement, c’est le nom de quoi ?

Bruno Retailleau : "De la mélenchonisation des esprits. Voilà. Et je termine ce que j’étais en train de vous dire. Pour moi, c’est fondamental, cette fierté française. Vous ne relèverez pas la France, parce que 2027, c’est ça : c’est ou bien l’effacement, l’effondrement de la France, vraiment, ou bien le relèvement. Et pour relever la France, il faut cette fierté française. Moi, j’en ai marre du sport national de l’autodénigrement, c’est-à-dire d’une repentance perpétuelle. On devrait toujours s’excuser. Ah ben non, on est un grand peuple, un grand pays. On a apporté plein de belles choses au monde. Donc il y en a marre de s’excuser."

Maxime Lledo : Mais est-ce que, vous, en tant qu’élu que vous vantez comme rural, il faut donner la possibilité aux maires de choisir les enseignes qui s’installent dans leur ville, et parfois même interdire pour éviter ce qu’on a pu voir avec Tasty Crousty ou autre ?

Bruno Retailleau :" Il y a aussi une question d’ordre public, de respect, et ce qui s’est passé d’ailleurs, c’est qu’il y avait en même temps des interdits qui n’avaient pas été respectés en matière d’urbanisme. Mais simplement, regardez le poulet, c’est terrible. Le poulet, l’agriculture française... On était la deuxième puissance agricole au monde, juste après les États-Unis, et désormais on a chuté. Désormais, un poulet sur deux qu’on consomme en France vient de l’étranger, parce qu’on a imposé à nos agriculteurs des contraintes qu’on n’impose pas aux importations. Donc c’est cette injustice qui conduit parfois des agriculteurs au suicide. C’est chez la profession agricole où on a le plus de suicides."

Jean-François Achilli : Karim Bouamrane à Saint-Ouen a raison de s’opposer à Master Poulet, parce que ordre public et malbouffe ?

Bruno Retailleau : "Moi, je lui donne totalement raison, bien sûr."

"Je pense qu’on a même plus d’un point en commun avec David Lisnard"



Maxime Lledo : Bonjour Sandra.

Sandra : Bonjour. Alors moi, je voudrais revenir un peu plus sur tout ce qui est plus politique, on va dire. Il y a de nombreuses personnes de qualité chez les LR : vous, évidemment, monsieur Lisnard et d’autres, même si on peut mettre à part un petit peu tout ce qui est monsieur Copé, tous ceux qui créent un peu la controverse. Certains vous présentent, vous et monsieur Lisnard, en compétition, confrontation. Pour ma part, je pense que vos différences et vos qualités personnelles sont plutôt complémentaires. Et moi, j’aimerais savoir quelles sont vos relations et qu’est-ce qu’on peut espérer ? Est-ce qu’on peut espérer vous voir travailler ensemble pour l’avenir ? Parce que je pense que vous avez un point commun, vous aimez la France, et je trouve que c’est dommage de vous voir vous séparer.

Bruno Retailleau :" Écoutez Sandra, bien sûr que je pense qu’on a même plus d’un point en commun avec David Lisnard, qui est un homme de qualité, et je ne doute pas qu’on se retrouve à un moment avant la présidentielle. En tout cas, je déploierai tous les efforts qu’il m’est possible de faire pour que David puisse travailler, apporter ses idées, et on en a besoin. Il est sans doute un peu plus libéral que moi, mais je pense que c’est quelqu’un qui est droit. Il a choisi de quitter LR pour mettre en accord, si j’ose dire, son positionnement, puisqu’il va être candidat à l’élection présidentielle, et les faits. Non, non..."

"Je réviserai la Constitution pour permettre aux Français de voter sur deux points : la nouvelle politique migratoire et une nouvelle politique pénale qui sanctionnera."

Maxime Lledo : Bonjour Frédéric.

Frédéric : Bonjour et merci de me prendre à l’antenne. Voilà, monsieur Retailleau, j’ai bien entendu votre candidature, elle est très intéressante, mais est-ce que vous pensez qu’élu, vous mettrez en œuvre toutes les mesures vraiment urgentes concernant l’immigration et l’insécurité, parce que tout est lié, et lié aussi tout ça derrière au budget de fonctionnement de l’État et du programme social ? Parce que je crois qu’il faudrait malheureusement un gros travail de fond à faire là-dessus. Est-ce que vous sentez que votre majorité vous aiderait à prendre ces mesures, pour une fois ?

Bruno Retailleau : "C’est une question qui est très importante. Oui, je le mettrai. Et justement, pour le montrer, c’est que je réviserai la Constitution pour faire en sorte que dans l’article 11, c’est lui qui décide des possibilités du référendum, on puisse mettre au référendum une politique migratoire et une politique pénale. Parce que si vous ne faites pas ça, je vous le dis, si vous faites voter des lois, elles seront sanctionnées et censurées par le Conseil constitutionnel. On l’a bien vu il y a très peu de temps, l’été dernier : il y avait un texte qui voulait être un peu plus dur sur la justice des mineurs. Vous savez, c’est terrible, ces mineurs qui maintenant tuent. J’ai malheureusement vu trop de cas au ministère de l’Intérieur, et à chaque fois, ces mineurs avaient 20, 25, 30 antécédents judiciaires, parce qu’ils avaient bénéficié finalement d’une impunité. Eh bien, pour changer ça, il y a une loi qui a été votée l’été dernier qui a été censurée par le Conseil constitutionnel."

"Donc oui, je vous le dis, je réviserai la Constitution pour permettre aux Français de voter sur deux points : la nouvelle politique migratoire et une nouvelle politique pénale qui sanctionnera. Et là, le Conseil constitutionnel ne pourra pas censurer, parce que depuis 1962, le Conseil constitutionnel a dit : jamais je ne censure évidemment le résultat des référendums. Vox populi, vox Dei."

Jean-François Achilli : Pour répondre à Frédéric d’Arcachon, il y aura un choc d’autorité si vous êtes, vous, à l’Élysée demain ? Parce qu’il faut ça dans ce pays.

Bruno Retailleau : "Il y aura, croyez-moi, il y aura un choc d’autorité. Et cette année au ministère de l’Intérieur m’a, comment dirais-je, permis de voir les verrous qu’il fallait faire sauter. J’en suis sorti parfois accablé par la noirceur de l’âme humaine, par l’insécurité et le défi qu’il faut relever, mais j’en suis sorti motivé, parce que je sais désormais les points de déverrouillage qui permettront aux Français de vivre plus tranquillement. Il faudra beaucoup de courage. J’en ai. J’en ai, parce que si je me présente, ce n’est pas pour moi, ce n’est pas par égotisme, par narcissisme. C’est pour mon pays que j’aime et pour les Français."

Maxime Lledo : Mais est-ce que vous allez y arriver, Bruno Retailleau ? Qu’est-ce qui fait que ce que vous n’avez pas pu empêcher en tant que ministre de l’Intérieur à la dernière victoire du PSG en Ligue des Champions pourra éventuellement être totalement balayé d’un revers de main si vous êtes président de la République ?

Bruno Retailleau : "Au mois de septembre, j’avais changé la doctrine du maintien de l’ordre, souvenez-vous, et j’avais demandé aux policiers, aux gendarmes, d’aller au contact dès qu’ils recevaient par exemple des pierres ou un pavé. Et ça avait été efficace. On voyait les images d’ailleurs où les CRS, les gendarmes mobiles allaient au contact directement, et on avait fait beaucoup d’arrestations. La limite, moi, quand j’ai été ministre de l’Intérieur, c’est que je ne pouvais pas faire voter de loi et encore moins de référendum. D’abord, je n’étais pas chef de l’État, j’étais empêché. Mais croyez-moi, une fois président de la République, j’aurai les leviers, on modifiera tout, et c’est possible."

"Un état d’urgence sur le narcotrafic qui permettrait de vérifier les entrées, les sorties, et, si on doit utiliser d’ailleurs les blindés, les Centaures..."

Maxime Lledo : Bonjour Hakim.

Hakim : Bonjour. Une question liée au narcotrafic. Par rapport à ce problème narco qui pullule et qui dure depuis quand même des années, je voulais savoir : au quotidien, on le voit, on le sent de pire en pire. C’est-à-dire que même pour acheter une baguette, carrément, on a la peur au ventre. Il y a des coups de feu, surtout la nuit aussi, c’est très fréquent. Maintenant, c’est dans la journée, et on a tous la boule au ventre par rapport à ça, sincèrement. Ça ne se passe même plus seulement dans les quartiers.

Bruno Retailleau : "Merci Hakim de votre témoignage. J’ai déjà fait passer une loi narcotrafic qui va porter ses fruits, mais ce n’est pas suffisant. J’ai présenté un nouveau dispositif que je mettrai en place une fois élu président de la République pour verrouiller les quartiers qui sont totalement gangrenés : un état d’urgence sur le narcotrafic qui permettrait de vérifier les entrées, les sorties, et, si on doit utiliser d’ailleurs les blindés, les Centaures... On vous rappelle que ce gouvernement a utilisé les Centaures contre les agriculteurs. Moi, je les utiliserai contre les narcotrafiquants."

"On bouclera un quartier. Ça sera un état d’urgence où il y aura des facilités de saisie administrative, de perquisition, où on aura un pouvoir de la police et un pouvoir administratif des préfets renforcés, précisément pour pouvoir traiter les quartiers et les nettoyer les uns après les autres. Et il faudra sans doute aussi une autre politique pénale pour être encore plus dur avec les narcotrafiquants, et notamment avec la justice des mineurs."

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