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Thibault de Montbrial : "Il y a des zones de non-droit sporadiques"

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - Violences, zones de non-droit, choc d'autorité : Thibault de Montbrial, avocat et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

Thibault de Montbrial
Thibault de Montbrial interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 12 mai 2026, dans “L’invité politique”.

Hantavirus, restrictions sanitaires, zones de non-droit, narcotrafic, violences urbaines, choc d’autorité et présidentielle de 2027. Au micro de Sud Radio, Thibault de Montbrial a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

Hantavirus : "Les Français sont toujours moins inquiets quand on leur dit la vérité"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Deux réunions de coordination interministérielle sur le Hantavirus ont été annoncées par Sébastien Lecornu. Est-ce justifié, au risque de susciter l’inquiétude ?
Thibault de Montbrial : “Ce qui compte, ce n’est pas le nombre de réunions, c’est leur efficacité. S’il estime qu’il faut faire plusieurs réunions, je n’ai aucune raison de douter qu’il a tort. Ce sujet doit être regardé avec attention, et je trouve plutôt rassurant que les autorités semblent l’avoir pris au sérieux très en amont. Ce qui inquiète le plus les gens, c’est quand les pouvoirs publics ne traitent pas les choses.”

Les Français peuvent-ils accepter de nouvelles restrictions de libertés pour des raisons sanitaires ?
“Cela dépendra du sérieux qu’ils ressentiront dans la communication publique qui leur sera adressée. Il faut dire la vérité, la dire en amont et être pédagogue. Les Français sont toujours moins inquiets quand on leur dit la vérité. Comme chez le médecin, le bon diagnostic permet ensuite la bonne solution et le bon traitement.”

Vous faites un parallèle avec la crise économique à venir. Pourquoi ?
“Je pense que ce n’est pas ce qu’on fait sur les conséquences de la crise économique qui va arriver suite à la crise iranienne. On est dans l’euphémisation des conséquences de l’embargo sur un certain nombre de produits qui vont frapper la France et l’Europe de plein fouet dans deux ou trois mois. Il y aura des conséquences concrètes sur la vie des gens. Là, sur le Hantavirus, apparemment, les autorités sont plutôt dans les règles : dire la vérité.”

"Il y a des endroits où la police ne peut plus rester. Ce sont des zones de non-droit sporadiques"

Après l’incendie criminel près de Lyon et la fusillade à Nice, la déclaration du directeur général de la police nationale, Louis Laugier, selon laquelle il n’y a pas de zone de non-droit en France est-elle audible ?
“Les policiers vont partout, mais il y a des endroits où ils ne restent pas très longtemps. Quand le directeur général de la police nationale dit qu’ils n’y vont pas forcément dans les mêmes conditions selon les heures et les lieux, je vous décode : cela veut dire qu’il y a des endroits où la police ne peut aller que pour des opérations ponctuelles. Elle y va avec des renforts, procède à l’interpellation, puis se retire. Il n’y a pas d’endroit où la police ne va jamais, mais il y a des endroits où la police ne peut plus rester.”

Ce sont donc, selon vous, des zones de non-droit effectives ?
“Ce sont des zones de non-droit sporadiques. La police peut y entrer, mais elle ne peut pas toujours y demeurer dans des conditions normales. C’est cela qui doit être regardé en face. Il faut lire certaines déclarations officielles quasiment à l’inverse de ce qu’elles prétendent dire.”

Que révèle cette nuance entre “aller partout” et “rester partout” ?
“Elle montre que la présence de l’État ne peut pas se réduire à des interventions ponctuelles. Dans certains endroits, la police peut entrer, mais seulement dans des conditions particulières, avec des renforts et pour un temps limité. Ce n’est pas la même chose qu’une présence durable et normale. Le problème n’est donc pas seulement de savoir si la police va partout, mais si elle peut rester partout.”

"Il va falloir que nos politiques assument que la loi permet d’utiliser la force"

Le maire de Rillieux-la-Pape a parlé sur l’antenne de Sud Radio d’un moment de bascule face à l’ultraviolence. Que faut-il faire pour provoquer ce choc d’autorité que vous appelez de vos vœux ?
“Je me réjouis que le réel soit désormais perçu par un certain nombre de décideurs et de politiques sur le terrain. Pendant longtemps, plus vous montiez dans la chaîne hiérarchique politique, moins les gens étaient capables de voir la réalité. La violence augmente considérablement en intensité et son seuil de déclenchement ne cesse de baisser. Depuis cinq ans, c’est très spectaculaire.”

Le droit permet-il aujourd’hui d’agir davantage ?
“Nous sommes dans un État de droit et, contrairement à ce que pensent certains, le droit permet déjà de faire beaucoup de choses. La première question n’est pas une question de droit, mais une question de détermination. Les pouvoirs publics doivent mettre en œuvre leur responsabilité dans le pacte social. La population paye des impôts pour être protégée par la police et la gendarmerie, et il faut utiliser sur le terrain la force nécessaire que le droit prévoit.”

Ce n’est pas le cas aujourd’hui ?
“Bien sûr que non. Si, sur une situation donnée, les policiers et les gendarmes ont le droit d’utiliser une force de puissance 100, ils ne vont pas utiliser plus de 80% de ce qu’ils peuvent. En face, les voyous sont totalement désinhibés et utilisent la violence contre les policiers. Les premières victimes de la violence, ce sont les policiers et les gendarmes.”

Pourquoi ce choc d’autorité n’est-il pas mis en œuvre ?
“La justice analyse très souvent l’action des policiers avec un regard pointilleux, totalement déconnecté des réalités de la difficulté des métiers de la police et de la gendarmerie. Cela produit ensuite des décisions qui sont castratrices pour les policiers et les gendarmes. Le choc d’autorité que je théorise depuis des années implique d’assumer ce que les Français demandent. Cela exige d’assumer la casse.”

Que signifie, concrètement, "assumer la casse" ?
“Il faut que nos politiques assument que, lorsque les policiers et les gendarmes interviennent dans des quartiers, dans des émeutes ou dans des situations de violences, la loi leur permet d’utiliser la force. Cette force sert à dégager le terrain et à protéger nos concitoyens. Mais elle peut occasionner des blessures graves, voire des morts chez les délinquants. Ce pas n’est pas franchi aujourd’hui.”

Qu’est-ce qui manque, selon vous, aux responsables politiques ?
“Ce qui manque à ce pays, ce sont des politiques qui assument les responsabilités qui leur sont confiées par la Constitution. Ils doivent utiliser toutes les ressources de l’État de droit, en particulier la police et la gendarmerie, qui ont le monopole de la force légitime. Un citoyen tué, c’est un drame absolu, un policier ou un gendarme tué, c’est une catastrophe. Un voyou tué parce qu’il commettait un acte l’exposant à une riposte policière, c’est le résultat d’un choix de vie.”

Violence : "Le jour où les armes à feu sortiront, ce sera le point de bascule"

Que faut-il prévoir lors des grands événements sportifs, comme la finale PSG-Arsenal évoquée sur Sud Radio ?
“Il faut mettre en place un dispositif échelonné dans plusieurs domaines. D’abord, une politique de renseignement en source ouverte, c’est-à-dire sur les réseaux sociaux, où beaucoup de choses se préparent. Il faut ensuite être beaucoup plus créatif, par exemple avec des barrages routiers sur les axes de pénétration depuis les pays étrangers. Enfin, il faut mettre en place des moyens de force mobile pour bloquer l’accès au terrain en ayant anticipé.”

Les émeutes après les événements sportifs ou culturels deviennent-elles quasi systématiques ?
“On ne peut que regretter que des événements qui devraient fédérer, comme le sport ou la culture, conduisent à des violences quasi systématiques. Il faut faire des contrôles, filtrer dans le RER et dans les stations, et y aller. Sur le terrain, quand des gens se livrent à des pillages ou tentent d’entrer dans des résidences, ils doivent être traités à la hauteur des dégâts qu’ils commettent. Il ne faut pas faire d’amalgame entre ces pilleurs et les vrais supporters de foot.”

Vous dites que les citoyens risquent d’agir eux-mêmes. Pourquoi ?
“Si la police et la gendarmerie ne le font pas, et si le politique ne l’assume pas, ce sont les citoyens qui vont le faire eux-mêmes. Porte de Saint-Cloud, des témoignages montrent que des résidents sont descendus avec des battes de baseball pour protéger leurs voitures et leurs immeubles. Ce n’est pas le rôle des citoyens de descendre avec des battes de baseball pour se protéger. C’est précisément le signe que le pacte social est en train de se fissurer.”

Le narcotrafic est-il une guerre perdue ?
“C’est une guerre qu’il faut assumer comme telle. Nous sommes dans une fuite vers une sorte de mexicanisation, avec des gens qui ont des moyens considérables, quasi étatiques. Il faut prendre ce problème dans tout le champ du combat. Et il faut assumer des mesures dures.”

Allons-nous vers une guerre civile ?
“Je n’aime pas le mot, parce que c’est une sorte de prophétie autoréalisatrice. Il est aussi très compliqué d’identifier des camps constitués. Il y a plutôt un camp du désordre, avec des gens qui détestent la France mais qu’on voit mal se fédérer autrement que dans le chaos et la violence. Ce vers quoi on va, ce sont des actes de violence de plus en plus incontrôlés, parfois sur la base d’événements futiles.”

Quel serait, selon vous, le véritable point de bascule ?
“Pour l’instant, les armes à feu ne sont pas utilisées contre la population et contre les forces de l’ordre. Mais le jour où elles le seront, il y aura une bascule majeure. On aura des situations de chaos qui pourront durer plusieurs jours. Elles nécessiteront alors des états d’urgence.”

Le narcotrafic pourrait-il participer à cette bascule ?
“Aujourd’hui, le narcotrafic, c’est du business. Les trafiquants utilisent énormément de violence, mais entre eux. Le jour où un événement provoquera une logique de bloc, notamment autour d’une émotion culturelle ou religieuse hystérisée en islamisme, la situation changera. À ce moment-là, nous aurons des vagues de très grande violence difficiles à contenir.”

"Je prendrai ma part dans la présidentielle de 2027"

Vous avez été menacé de mort par un djihadiste lors du procès de l’attentat de Magnanville. Où en est cette affaire ?
“Il a envoyé ma photo à tout un tas de djihadistes en leur disant qu’il fallait me tuer. Il y a eu un procès la semaine dernière. On verra ce que la justice dit. C’est désormais à elle de se prononcer.”

Quel candidat peut porter ce choc d’autorité en 2027 ?
“Très sincèrement, aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à voir qui pourrait vraiment prendre les choses à bras-le-corps. Je ne vois pas de candidat évident pour porter ce choc d’autorité. Le sujet est pourtant central pour la présidentielle de 2027. Il faudra quelqu’un qui accepte de regarder la réalité en face.”

Vous aviez dit sur Sud Radio être prêt. Quelle place prendrez-vous dans cette présidentielle de 2027 ?
“Avec mon Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, j’ai fait 42 réunions publiques en deux ans, dans toute la France. Les Français me disent parfois : ce ne sont pas ceux qui nous ont rendus malades qui vont nous guérir. Il y a une énorme attente de renouvellement de la classe politique et une rupture majeure entre la France et les élites. Je suis dans une logique d’engagement, et j’y prendrai évidemment ma part.”

Voyez-vous aujourd’hui un candidat ou une candidate susceptible de porter ce choc dont vous parlez ?
“À ce jour, quand je vois ce que je vois et que j’entends ce que j’entends, la réponse est non. Je ne vois pas aujourd’hui de candidat capable de porter réellement ce choc d’autorité. Cela ne veut pas dire que cette attente n’existe pas dans le pays. Au contraire, elle est immense.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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