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Clémentine Autain : "Je dis aux socialistes : réveillez-vous !"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis, co-fondatrice de l'Après, candidate à l'élection présidentielle, était “L’invitée politique” sur Sud Radio.

Clémentine Autain
Clémentine Autain, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 5 mai 2026, dans “L’invité politique”.

Candidature de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle, la primaire à gauche, le rôle du Parti socialiste (PS), les propos de François Ruffin sur l’immigration, la polémique autour de Master Poulet à Saint-Ouen, le Canon français et Emmanuel Macron chantant La Bohème. Au micro de Sud Radio, Clémentine Autain a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"La candidature de Jean-Luc Mélenchon est un non-événement"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Jean-Luc Mélenchon peut-il encore incarner le vote utile à gauche ?
Clémentine Autain : “D’abord, cette candidature est un non-événement. Depuis 2022, je sais que Jean-Luc Mélenchon va être candidat. Il nous a poussés vers la sortie, en ne nous intégrant pas, notamment avec François Ruffin, dans la direction dès 2022. Il a organisé depuis cinq ans cette quatrième candidature.”

Vous n’avez pas cru, en 2022, qu’il passait réellement la main ?
“Sur l’instant, on pouvait penser qu’il allait passer la main. Mais très vite, il a donné tous les signes qui indiquaient qu’il voulait aller vers une quatrième candidature. Ce qui m’a frappée, c’est qu’il ne prend pas la mesure de la menace de l’extrême droite. Il laisse entendre que le Rassemblement national pourrait ne pas être au second tour, alors qu’il y a été les deux dernières fois.”

Il affirme pourtant qu’il peut être le seul à battre le Rassemblement national à plate couture.
“Personne ne peut imaginer que, sans rassemblement, on puisse battre à plate couture le RN. Il faut nécessairement que Jean-Luc Mélenchon imagine des partenaires. Aucun candidat, aucun parti ne peut imposer aux autres de se soumettre. Soit on a une désignation démocratique pour choisir notre candidature commune, soit c’est l’éclatement.”

Est-ce qu’il y a une lassitude autour de Jean-Luc Mélenchon ?
“Nous avons la responsabilité d’être à niveau face à la menace de l’extrême droite. Nous devons nous inspirer du Front populaire. À l’époque, les haines étaient violentes entre socialistes et communistes, mais la responsabilité a été prise de constituer ce Front populaire. Je dis : sortons des haines cuites et recuites.”

Jean-Luc Mélenchon dit qu’il a l’expérience et qu’il pèse dans le débat.
“D’autres ont de l’expérience, il n’est pas le seul. L’union de la gauche et des écologistes est un très puissant levier de mobilisation populaire. Jean-Luc Mélenchon a énormément abîmé son image et créé des polémiques, des crispations, des tensions à gauche. Je suis venue dire qu’il y a une urgence : l’union des gauches et des écologistes.”

Pourquoi jugez-vous cette union indispensable ?
“C’est la clé pour battre l’extrême droite. Huit électeurs sur dix du Nouveau Front populaire veulent une candidature commune en 2027. Même chez les insoumis, ils sont 77% à vouloir l’union. Jean-Luc Mélenchon s’assoit sur l’union et essaie de faire revivre les deux gauches irréconciliables.”

"Je dis aux socialistes : réveillez-vous !"

Pour vous, la voie, c’est une primaire à gauche ?
“Il faut que le Parti socialiste décide démocratiquement de sa stratégie. Aujourd’hui, on a l’impression qu’on est empêtrés dans un congrès du PS. Je dis aux socialistes : réveillez-vous ! Croire que nous serons derrière eux sans procédure démocratique, c’est un scénario qui n’arrivera pas.”

Que demandez-vous concrètement aux socialistes ?
“Je veux que les militants socialistes décident. Il ne faut pas paralyser cette primaire. Les socialistes doivent permettre cette procédure démocratique. C’est la seule qui puisse garantir l’union.”

Si cette primaire n’a pas lieu, serez-vous tout de même candidate ?
“Je n’aime pas la politique-fiction. Je suis une candidate pour l’union, pas pour la division. Il faut que les socialistes se réveillent et permettent cette procédure. Ce que je veux, c’est qu’on puisse avancer.”

"L’immigration est une richesse pour notre pays"

Avez-vous été en colère contre les propos de François Ruffin, hostile à l’immigration de travail ?
“Je suis en total désaccord avec François Ruffin. Face à l’extrême droite, il faut être clair sur le sens de notre projet. L’immigration, pour moi, c’est une richesse. Je ne veux pas que l’on ait des discours qui charrient l’imaginaire de l’extrême droite sur la préférence nationale.”

François Ruffin dit aussi que les immigrés sont mal accueillis.
“Sur ce point, il a raison. Mais certaines expressions posent problème. Le problème n’est pas d’accueillir tout le monde : je ne suis pas no borders. Notre posture doit dire clairement que l’immigration est une richesse et qu’il n’est pas possible d’avoir des travailleurs sans papiers surexploités.”

C’est aussi pour cela que vous défendez une primaire ?
“Il y a le programme, sur lequel on peut se mettre d’accord. Et ensuite, il y a les mots, les imaginaires que charrient les candidats. C’est pour cela que je veux une primaire. Le peuple de gauche doit pouvoir choisir son incarnation.”

"Je suis contre l’interdiction de Master Poulet. Vous dites aux jeunes des quartiers populaires : on ne veut pas de vous !"

Quelle est votre position sur la polémique autour de Master Poulet à Saint-Ouen ?
“Cette polémique soulève des sujets très sérieux. Je suis contre l’interdiction, clairement. Notre enjeu politique, c’est de permettre une alimentation saine, de qualité, accessible au grand nombre. La lutte des classes est dans l’alimentation.”

Vous critiquez le contraste avec d’autres enseignes plus haut de gamme ?
“Quand un restaurant du grand chef Thierry Marx ouvre avec des plats à 16,50 euros, ce n’est pas pour tout le monde. Si, en face, vous dites non au Master Poulet, vous envoyez un message aux jeunes des quartiers populaires et issus de l’immigration. Vous leur dites symboliquement : on ne veut plus de vous. Derrière, c’est l’enjeu de la gentrification.”

Vous reliez donc cette polémique à la transformation sociale de la ville ?
“La gentrification chasse des publics par le coût du logement et par les commerces qui s’installent ou disparaissent. Si l’on veut sortir de cette inégalité sociale devant l’alimentation, il faut investir. Je propose la Sécurité sociale de l’alimentation. Cela permettrait une nourriture plus saine, plus accessible, et une agriculture de qualité.”

"Le canon français est un banquet d’extrême droite"

Est-ce qu’il y a un duel symbolique entre Master Poulet et le Canon français ?
“Je ne suis pas d’accord avec cette présentation. Il y a des banquets d’extrême droite qui font clairement de la politique. De l’autre côté, on pourrait développer de la restauration collective et des moments de lien social. Cela reposerait sur une vision solidaire, de partage, qui protège notre santé.”

La question de la santé reste tout de même posée autour de la restauration rapide ?
“Bien sûr, derrière Master Poulet, il y a un sujet de santé. Mais faisons attention aux stéréotypes. Le problème n’est pas de manger du poulet frit une fois dans la semaine, c’est la diversification globale. Cela pose surtout la question du prix d’une alimentation de qualité.”

Un dernier mot sur Emmanuel Macron chantant La Bohème : est-ce que cela vous a plu ?
“Globalement, je ne trouve pas Emmanuel Macron sympa, donc je ne vais pas vous dire que je le trouve sympa. Après, j’aime beaucoup Aznavour.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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