Candidature de Jean-Luc Mélenchon, stratégie des Républicains, désaccords avec le Rassemblement national, ligne politique face à Gabriel Attal, carburants et dette publique, climat de violence politique. Au micro de Sud Radio, François-Xavier Bellamy a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
Jean-François Achilli pour Sud Radio : Jean-Luc Mélenchon est désormais officiellement candidat pour 2027. Était-ce une surprise ?
François-Xavier Bellamy : “Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette désignation ne semble pas être un grand exercice de démocratie interne. Chez nous, il y a un vrai débat et ce sont nos adhérents qui tranchent. Bruno Retailleau a été désigné par un référendum interne large, et je crois que nous pouvons être fiers d’être un vrai parti démocratique.”
"Si quelqu’un doit rendre des comptes au pays, c’est bien Gabriel Attal et son bilan désastreux !"
Gabriel Attal demande une clarification de la ligne des Républicains. Que lui répondez-vous ?
“Je ne me sens pas comptable d’une clarification que je devrais à Gabriel Attal. Si quelqu’un doit rendre des comptes au pays aujourd’hui, c’est bien lui. Il a accompagné deux quinquennats d’Emmanuel Macron, il en a été ministre et Premier ministre, et il est comptable du bilan qu’il laisse. C’est peut-être lui qui devrait clarifier sa responsabilité dans ce bilan désastreux.”
Il y a une forme d’hostilité entre vous ?
“Je n’ai d’hostilité envers personne. J’aime le débat public et le pluralisme. Mais je n’appartiens pas au même camp que Gabriel Attal. Je n’appellerai jamais à voter pour La France insoumise. Nous ne portons pas le même projet pour la France. En 2027, la question n’est pas de continuer le macronisme, mais d’en sortir et de préparer une alternance avec des ruptures claires sur l’immigration, la sécurité, le travail et la dépense publique.”
"Nous avons un désaccord de fond avec le RN sur le travail"
Le Rassemblement national met aussi en avant la valeur travail. Êtes-vous sur la même ligne ?
“Le problème, ce n’est pas ce que chacun dit, c’est ce que chacun fait concrètement. À l’Assemblée nationale, lorsque nous avons proposé de conditionner le RSA à 15 heures de travail par semaine pour favoriser le retour à l’emploi, le Rassemblement national a voté contre, comme La France insoumise. Cela montre qu’au-delà des discours, il existe un désaccord réel.”
Quel est ce désaccord précisément ?
“Nous pensons qu’il faut rendre leur salaire aux gens qui travaillent, et cela suppose de revaloriser le travail en baissant les charges et en maîtrisant la dépense sociale. Le Rassemblement national a souvent défendu des positions différentes, comme la retraite à 60 ans ou le maintien d’aides sans contrepartie. Ce n’est pas notre vision de l’équilibre entre solidarité et responsabilité.”
Vous excluez toute proximité politique avec le RN sur ce sujet ?
“Il y a des désaccords très clairs. Nous assumons une ligne de droite cohérente, là où le Rassemblement national entretient une forme d’ambiguïté. Notre objectif est de proposer une alternative crédible, fondée sur le travail et la responsabilité, et de porter un projet capable de rassembler largement.”
"La France n’a plus les moyens de mettre 15 milliards sur la table pour aider les automobilistes"
Faut-il plafonner les prix du carburant comme certains le proposent ?
“La situation actuelle nous oblige à regarder la réalité en face : la France est aujourd’hui un pays très endetté. Dans un contexte normal, nous pourrions envisager des mesures larges pour soutenir les Français, mais ce n’est plus possible dans les mêmes conditions.”
Certains proposent une aide massive pour tous les automobilistes. Est-ce crédible ?
“Dire qu’on pourrait mobiliser 15 milliards d’euros pour tous les Français n’est pas réaliste. Cela représenterait un coût considérable pour des finances publiques déjà très fragilisées. Il faut éviter les promesses faciles qui ne pourraient pas être tenues.”
Quelle solution privilégiez-vous alors ?
“Il faut cibler les aides vers ceux qui en ont réellement besoin : les agriculteurs, les transporteurs, les soignants ou encore les professionnels qui dépendent de leur véhicule. Mais il faut rester lucide : l’État n’a plus les moyens d’intervenir massivement, et cette situation est la conséquence de choix budgétaires passés que nous payons aujourd’hui.”
"La droite doit assumer une ligne claire pour préparer l’alternance"
La droite est-elle trop divisée à l’approche de 2027 ?
“Il est normal qu’il y ait un débat, et même qu’il soit vif. C’est le signe d’une vie démocratique réelle. Mais ce qui compte, c’est que nous avons déjà fait un choix clair en désignant Bruno Retailleau comme candidat à travers un référendum interne. Aujourd’hui, la campagne commence à peine, et il serait prématuré de considérer que le paysage est figé. Il va encore évoluer au fil des mois.”
Faut-il une candidature unique comme le propose Valérie Pécresse ?
“Elle a raison de dire qu’il ne faut pas tarder à entrer pleinement dans la campagne, parce que la France a besoin d’un débat ouvert et transparent sur les grands choix d’avenir. Mais une candidature ne s’improvise pas. Elle doit reposer sur un projet solide, une cohérence politique et une capacité à rassembler. C’est précisément ce que nous cherchons à construire aujourd’hui.”
Quand la recomposition à droite et au centre sera-t-elle tranchée ?
“Cela viendra progressivement avec le débat public. On ne peut pas faire comme si tout était déjà joué. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’on ne peut pas prétendre gouverner demain en restant silencieux aujourd’hui. La campagne suppose de s’engager clairement, de défendre ses idées et d’assumer ses positions. C’est ce que nous faisons, et j’espère que tous ceux qui souhaitent être candidats auront la même exigence de clarté et de loyauté vis-à-vis des Français.”
"Je crains une campagne marquée par une montée inquiétante de la violence politique"
Redoutez-vous une campagne présidentielle tendue ?
“Oui, je le crains, parce que nous voyons bien que le climat de violence politique s’est installé progressivement dans le pays. Et ce qui est très préoccupant, c’est que certains responsables politiques, au lieu de chercher à apaiser les tensions, contribuent à les attiser. C’est une dérive grave pour notre démocratie.”
À quoi faites-vous référence précisément ?
“Nous avons vécu ces dernières semaines des événements extrêmement graves, avec des violences allant jusqu’à la mort pour des désaccords politiques. Le fait qu’un citoyen puisse être tué en pleine rue en raison de ses opinions devrait être un signal d’alarme pour toute la classe politique. Cela devrait conduire chacun à une forme de responsabilité et de retenue.”
Vous mettez en cause certains mouvements politiques ?
“Oui, je pense notamment à La France insoumise et à Jean-Luc Mélenchon, qui choisissent trop souvent la surenchère plutôt que l’apaisement. Au lieu de tout faire pour empêcher que cette violence ne se développe dans le débat public, ils entretiennent un climat de confrontation permanente. C’est un choix que je regrette profondément, car il fragilise notre vie démocratique.”
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