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Prisca Thevenot : "Sébastien Lecornu obéit à Sophie Binet" sur le 1er mai

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - 1er mai, Présidentielle 2027, crise des carburants... Prisca Thevenot, députée EPR des Hauts-de-Seine, était “L’invitée politique” sur Sud Radio. 

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Prisca Thevenot, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 30 avril 2026, dans “L’invité politique”.


"Il n’a jamais été question de supprimer le 1er mai" : au micro de Sud Radio, Prisca Thevenot a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"Il y a un problème de pouvoir d’achat pour les Français face à une crise que nous connaissons et que nous commentons maintenant depuis plusieurs semaines, je crois plus d’un mois"

Jean-François Achilli : Faut-il aller plus loin ? 5,8 milliards de dollars de bénéfices nets pour TotalEnergies. Sébastien Lecornu qui demande à Patrick Pouyanné de redistribuer, d’une manière ou d’une autre. Réponse du géant pétrogazier : « Nous redistribuons déjà. » Est-ce que cette réponse vous choque ? Est-ce que vous dites : peut mieux faire, ce matin ?

Prisca Thevenot : "Non, je dis que nous devons collectivement être à la hauteur de ce qui se passe, c’est-à-dire effectivement une dégradation du pouvoir d’achat d’un certain nombre de Français et de Françaises, qui n’ont pas d’autre choix que d’utiliser leur véhicule pour aller travailler, ou qui ont besoin tout simplement de pouvoir faire des pleins pour faire fonctionner leur outil de travail premier. Je pense aux pêcheurs, je pense aux routiers, je pense aux professions libérales, etc. Donc tout l’enjeu qu’on a là, c’est d’avoir une solution assez simple, lisible, ciblée, avec une durée de temps déterminée."

Jean-François Achilli : Donc le gouvernement…

Prisca Thevenot : "Le gouvernement fait au mieux, oui, dans le contexte qui est délicat et compliqué, et j’ai toute confiance en sa capacité à pouvoir y répondre de façon assez rapide."

Jean-François Achilli : Vous avez une idée, par exemple ? Qu’est-ce qu’on peut faire là, tout de suite ? Parce qu’au fond, TotalEnergies, c’est 1,99 euro, c’est bloqué quelque part. Le groupe fait un effort, lui, que ne fait pas le gouvernement. C’est ce que défend le groupe.

Prisca Thevenot : "Ce que disait le Premier ministre cette semaine, en questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale et au Sénat, c’était que l’ensemble de la TVA, entre guillemets, perçue en plus du fait de ces prix était directement réinjectée dans des aides ciblées. Je reprends ce que le gouvernement dit. En revanche, ce que je suis en train de dire, c’est : attention, par moments, à ces aides ciblées qui sont dans des seuils, parce qu’on sait très bien que les effets de seuil, malheureusement, laissent une partie des gens qui en ont besoin sur le bord de la route."

Jean-François Achilli : Ceux qui manifestent samedi notamment. Vous avez vu, il y a un appel à manifester. Il y a un risque « gilets jaunes » dans l’air ? Il y a une colère qui monte, vous la sentez ou pas ?

Prisca Thevenot : "Mais il y a une colère qui monte, et il y a une lassitude. Le constat, on le partage. On ne va pas se dire ici qu’on n’est pas d’accord sur le constat. Il y a un problème de pouvoir d’achat pour les Français face à une crise que nous connaissons et que nous commentons maintenant depuis plusieurs semaines, je crois plus d’un mois."

"Sur la mesure et l’impact que ça pouvait avoir, et la durée que la crise pouvait avoir, tout de suite des mesures ont été prises, des mesures ciblées sur un certain nombre de professions. Le gouvernement a dit par ailleurs qu’il allait revoir aussi la capacité à étendre ces mesures. Je dis simplement : attention aux effets de seuil, qui peuvent de temps en temps être aussi négatifs, ou avoir un effet induit pas positif pour des personnes qui en ont besoin et qui se retrouvent encore en dessous des seuils."

Jean-François Achilli : L’Allemagne a dit : 17 centimes en moins sur une période déterminée. David Lisnard, assis à votre place hier, a dit : suspendons, pour une période déterminée pareil, les 18 centimes de CEE, vous savez, les contrats qui permettent de financer la transition. Tant pis, il faut faire une priorité à quelque chose. Vous avez une piste, une idée à proposer, de cette façon-là, faisant ci ou faisant ça ?

Prisca Thevenot : "Non, non. Je le redis, je l’ai dit en premier lieu, sur votre première question : il faut bien évidemment des mesures ciblées, profession par profession, mais attention aux effets de seuil, encore une fois. Vous savez, le fameux seuil où on se dit : « C’est bon, mais en fait, ce n’est jamais pour moi, pourtant j’en ai besoin. » Et donc c’est ça qu’il faut pouvoir apprécier et regarder, et être vraiment dans cette agilité qui est possible, pour pouvoir répondre et s’adapter à mesure. Faire de la haute couture finalement."

"Quand j’entends rajouter une taxe, augmenter une taxe, qu’elle soit exceptionnelle ou pas exceptionnelle, je n’ai pas un avis favorable"

Jean-François Achilli : Prisca Thevenot, est-ce que vous voteriez la proposition de loi pour taxer les bénéfices exceptionnels liés aux crises, que vient de déballer le Parti socialiste ?

Prisca Thevenot : "Par défaut, je vais vous dire, je suis libérale économiquement. Donc quand j’entends rajouter une taxe, augmenter une taxe, qu’elle soit exceptionnelle ou pas exceptionnelle, je n’ai pas un avis favorable. Sachant qu’aucune taxe, on l’a vu, aucune taxe n’est finalement exceptionnelle. Et une taxe, ce n’est pas simplement prendre de l’argent pour faire plaisir à quelques-uns. Et quand je dis quelques-uns, c’est surtout des postures politiques. C’est surtout pénaliser un certain nombre d’acteurs économiques."

"Est-ce qu’il faut lutter contre les effets de rente dans notre pays ? Oui. Mais est-ce que ça se résout simplement par des logiques assez simples d’augmentation de taxes et de création de taxes qui ne sont jamais exceptionnelles ? Non."

"Regardez ce qui s’est passé il y a deux ans, quand Michel Barnier est arrivé à Matignon. Il a mis en place une taxe exceptionnelle, une contribution exceptionnelle sur un certain nombre de Françaises et de Français qui avaient des hauts revenus, de très hauts revenus. Il s’avère qu’en 2026, la taxe est toujours là. Donc ce que je dis, c’est : attention à ce phénomène-là. Je pense que l’enjeu qui est derrière cette proposition de la gauche, c’est, en sortant des postures, de répondre à la difficulté du pouvoir d’achat face à la crise énergétique que nous vivons. Et je le redis donc : la solution, c’est plutôt d’avoir des aides ciblées, déterminées dans le temps, en faisant attention à ces mesures de seuil qui pourraient pénaliser."

1er Mai : "Le gouvernement a reculé devant Sophie Binet et la gauche"

Jean-François Achilli : Prisca Thevenot, le 1er mai, est-ce que vous avez compris quelque chose, vous, sur les boulangers, enfin, qui emploie des travailleurs, contrôle ou pas contrôle ?

Prisca Thevenot : "Moi, j’ai juste compris que le gouvernement a reculé devant Sophie Binet et la gauche. Enfin, il n’a jamais été question de supprimer le 1er mai. Et ceux qui laissent entendre ça mentent. Il a simplement été question de répondre à une mesure de bon sens, qui est que chaque année, le 1er mai, nous avons des boulangers qui ne peuvent pas travailler, voire pire, qui sont pénalisés. Est-ce qu’on peut répondre collectivement à cette problématique ? On le pouvait avec un texte qui était assez simple, travaillé depuis plus d’un an, qui a commencé au Sénat, dont le gouvernement savait très bien ce qu’il y avait dedans."

"Et la veille pour le lendemain, il se réveille en disant qu’il n’y a pas eu de consultation. Bah oui, ils auraient pu les organiser pendant plus d’un an. Aujourd’hui, nous sommes à la veille d’un 1er mai où de nombreux boulangers artisans de notre pays vont encore se demander comment ils vont pouvoir faire, sachant qu’en face de ça, il y a une profession qui s’appelle effectivement les inspections et les contrôles, qui ne peuvent recevoir aucune injonction de ne pas le faire. Donc on avait l’occasion inespérée de répondre à cette zone grise et de mettre du bon sens dans quelque chose d’assez évident."

Jean-François Achilli : Sébastien Lecornu, au fond, obéit à Sophie Binet, a reculé face à Sophie Binet de la CGT ?

Prisca Thevenot : "Oui, bien sûr. Et je le dis simplement : on a pas mal de personnalités au sein de ce gouvernement qui nous disaient que si jamais, à l’époque où Sébastien Lecornu était nommé, quelqu’un de gauche était nommé à Matignon, alors ce serait la censure immédiate. Si c’est finalement pour être au sein d’un gouvernement pas dirigé par la gauche, mais être encore plus à gauche que la gauche, à quoi rime tout cela ? Oui, il faut de la consultation. Oui, il faut pouvoir avoir du compromis. Mais il ne faut pas que le compromis et la consultation remplacent la décision. L’enjeu d’être dans l’exécutif, c’est de pouvoir trancher."

Jean-François Achilli : Est-ce que, Prisca Thevenot, vous êtes comme Emmanuel Macron ? Est-ce que le truc qui le rend dingue, c’est la folie du système français, comme il l’a dit ? Vous êtes d’accord avec ça ?

Prisca Thevenot : "Oui, j’entends. Mais on peut aussi regarder ce qui se passe dans notre pays. Ça ne veut pas dire que rien n’a été fait et qu’il s’agit simplement de commenter. Est-ce qu’il faut continuer à dénormer ? Est-ce qu’il faut continuer à libérer un certain nombre de pans de notre économie, pour pouvoir permettre aux acteurs qui participent à créer de la richesse — cette richesse qui permet de financer notre modèle social ? Oui."

"Et regardez, on vient d’en parler juste avant avec le sujet du 1er mai. Donc il faut continuer à le faire. Maintenant, le chemin n’est pas terminé, il faut continuer à avancer et il faut résister à cette facilité qui consiste à écouter le premier venu, et notamment souvent à gauche, qui crie et qui empêche d’avancer. Nous ne pouvons pas être dans l’immobilisme."

"Je suis dans une incompréhension d’un certain nombre de décisions ou de reculades qui ont été constatées sur un certain nombre de sujets, et notamment le sujet du 1er mai"

Jean-François Achilli : Gérald Darmanin a dit : « Respecter le 1er mai, c’est respecter les travailleurs ». Il est à contre-courant, lui aussi du coup, par rapport à votre famille ?

Prisca Thevenot : "Non, parce qu’il faut relire le tweet. Alors, je vois à quoi vous faites référence : le tweet de Gérald Darmanin est très, très long, donc il faut le lire entièrement, je pense. Et c’est là qu’on voit la démarche. Il dit une chose très simple : il n’est pas contre le fait de pouvoir répondre aux demandes des artisans boulangers, fleuristes, et il dit qu’il faut respecter le 1er mai. Mais j’ai envie de vous dire : sur tout ça, je suis d’accord."

Jean-François Achilli : Vous évoquiez la CGT à l’instant. Nous sommes loin des principes de liberté défendus par Gabriel Attal. Vous êtes presque dans une forme d’opposition à ce qui se passe au gouvernement aujourd’hui. Je vous sens une forme d’opposition.

Prisca Thevenot : "Moi, je vous dirais : on n’est pas dans l’opposition du gouvernement. Ça, ce n’est pas vrai. Je suis dans une incompréhension d’un certain nombre de décisions ou de reculades qui ont été constatées sur un certain nombre de sujets, et notamment le sujet du 1er mai. Et je le dis d’autant plus que nous sommes aujourd’hui le 30 avril et que demain, nous allons avoir des artisans boulangers qui vont se demander comment ils vont encore pouvoir faire cette année, alors que déjà l’année dernière, ils avaient soulevé le problème, et l’année d’avant encore."

Gabriel Attal candidat à la présidentielle ? "Je souhaite en tout cas qu’il le soit et qu’il le dise assez vite"

Jean-François Achilli : Gabriel Attal qui a dit : « Je pense savoir comment il faut présider la France. » Donc il est candidat. Je sais bien que vous ne pourrez pas le dire ce matin, c’est à lui de le dire. Il est officiellement candidat ou quasiment officiellement candidat, Gabriel Attal ?

Prisca Thevenot : "Je souhaite en tout cas qu’il le soit et qu’il le dise assez vite."

Jean-François Achilli : Avec une forme de rupture avec Emmanuel Macron ?

Prisca Thevenot : "Je pense que ce n’est pas une rupture pour la rupture. Ça serait trop facile de le dire, et je vois très bien où ça emmène. Est-ce qu’on va renier le fait qu’on est, sur un point de vue économique, libéraux ? Est-ce qu’on va le renier ? Non. Est-ce qu’on est pour progresser sur un certain nombre d’avancées sociétales ? Est-ce qu’on est pour continuer à dire que nous sommes pro-européens, dans une naïveté dans laquelle il ne faut pas nous enfermer ? Oui."

"Maintenant, est-ce qu’il y a des sujets sur lesquels on doit pouvoir aussi se remettre en cause ? Oui. Notamment sur le partage du pouvoir, sur un pouvoir qui est trop vertical, qui est du fait aussi du système dans lequel nous sommes. Et ça, nous sommes en capacité de le dire de façon extrêmement claire, sans être dans une simple opposition, ou reniement, ou renoncement aux uns et aux autres."

Jean-François Achilli : Est-ce qu’il y a un storytelling autour de sa biographie ? « Peut-être que je lirai le livre de Cosette », a déclaré Marine Le Pen, assez ironique. Est-ce que vous lui répondez ce matin ?

Prisca Thevenot : "Je trouve ça très méprisant et pas à la hauteur. Surtout quand on sait que Gabriel Attal a fait l’objet des pires attaques homophobes, d’une extrême virulence, dès les premiers instants où des pages de son livre ont été communiquées. Et la première chose que trouve à faire Marine Le Pen, c’est d’être méprisante."

"Je pense que l’année qui va s’ouvrir et qui s’ouvre devant nous est une année où il faudra peut-être arrêter les petites phrases, les petites punchlines qui ne servent à rien, et rentrer dans un débat de fond."

"Bruno Retailleau, c’est assez simple : c’est un slogan. Il est contre l’immigration tout court"

Jean-François Achilli : Donc est-ce qu’au fond, il faudra qu’il dise s’il est plutôt de droite ou plutôt de gauche, Gabriel Attal ? Personne n’a encore bien compris. En quoi est-il mieux que, je ne sais pas, dans la famille élargie, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, David Lisnard, François Bayrou ? Il y a du monde.

Prisca Thevenot : "Vous parlez de famille élargie. Quand vous me dites Édouard Philippe, j’entends. Quand vous me parlez de Bruno Retailleau, non, ce n’est pas la famille élargie. Ce n’est pas la famille tout court. Je suis désolée, on n’a absolument pas les mêmes idées sur un certain nombre de sujets. Sur la capacité d’être dans une démarche européenne, une démarche européenne où on doit revoir un certain nombre de choses, on est en tout point opposés à Bruno Retailleau, qui n’est pas dans une démarche pro-européenne."

"Quand on parle d’immigration, on est capable de faire la différence entre l’immigration illégale, qu’on doit combattre, et l’immigration légale, qu’on doit d’autant plus contrôler, avec un certain nombre de mesures d’ailleurs sur lesquelles Gabriel Attal s’est prononcé, avec la valeur et la préférence travail, avec revoir aussi les critères. Bruno Retailleau, c’est assez simple : c’est un slogan. Il est contre l’immigration tout court."

"Donc oui, pour travailler sur la base d’une famille politique élargie, comme vous le dites, avec des gens avec qui on a gouverné : Édouard Philippe, avec l’UDI d’Hervé Marseille, avec le MoDem de François Bayrou. Mais avec Bruno Retailleau, je suis désolée, non."

Jean-François Achilli : Et à un moment donné, il faudra choisir le candidat, Prisca Thevenot. Et j’imagine que primaire, pas primaire, vous n’avez pas de réponse là-dessus non plus.

Prisca Thevenot : "Mon candidat, c’est Gabriel Attal."

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