"J’ai affronté la bureaucratie et, depuis que je suis en mairie, j’affronte une bureaucratie que j’ai vu exploser. Le Code de l’environnement est passé de 120 000 mots à 1 200 000 mots." Au micro de Sud Radio, David Lisnard a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
Prix des carburants : "le gouvernement est prisonnier de ses propres turpitudes et de toutes les turpitudes des dernières décennies"
Jean-François Achilli : Qu’est-ce qu’on fait avec les prix des carburants ? Est-ce qu’il y a une solution miracle ? Vous avez beaucoup de propositions à faire, vous les mettez sur la table en général, mais là, vous avez les oubliés du gouvernement qui manifestent samedi, tous ceux qui n’ont pas ces aides nécessaires pour passer le cap. Est-ce qu’il y a une solution ? Est-ce que le gouvernement a raison de ne pas vouloir bloquer les prix ou baisser les taxes ?
David Lisnard : "Il n’y a pas de solution miracle, parce que les miracles, c’est quand même rare dans l’histoire. Et le gouvernement est prisonnier de ses propres turpitudes et de toutes les turpitudes des dernières décennies. C’est-à-dire que quand un pays est surendetté et surfiscalisé, c’est qu’on paye plus d’impôts qu’ailleurs, qu’on a plus de dettes qu’ailleurs et déjà plus de dépenses publiques qu’ailleurs."
"Dès qu’il y a une crise — ça sera pareil demain s’il y a une crise alimentaire, qui peut arriver à cause du prix du pétrole, qui va avoir une incidence sur les engrais azotés, personne n’en parle —, mais on va avoir une crise alimentaire très grave en Afrique et dans certaines parties d’Asie, et nous, avoir une inflation alimentaire si la situation ne se débloque pas."
"Donc, pour répondre à votre question, le gouvernement est prisonnier de ses impuissances. Et pourtant, il faut bien aider les gens. Donc il n’y a que deux solutions aujourd’hui, si on ne veut pas que les comptes publics continuent de s’effondrer."
"Un, c’est suspendre les certificats d’économie d’énergie, les CEE, puisqu’il y a 17 centimes par litre que l’on paye pour ces CEE, et qui ne sont pas dans les prélèvements obligatoires, qui ne passent pas, qui ne sont pas comptabilisés dans le budget de l’État. Donc si on les suspend, même si ce sera un manque pour la vie… c’est hiérarchisé."
"Si on veut aider les gens à faire le plein — et vous avez vu ce que l’on paye quand on fait notre plein —, eh bien là, vous pouvez tout de suite, pour tout le monde, avoir 17 centimes de moins. Et ensuite, n’oubliez personne dans les catégories ciblées. Je pense en particulier aux pêcheurs."
Jean-François Achilli : Vous dites pêcheurs, avec un risque de crise type Gilets jaunes qui arrive ?
David Lisnard : "Ça, je ne sais pas."
David Lisnard : "il n’y aura pas de Notre-Dame du carburant"
Jean-François Achilli : Mais vous comprenez l’exaspération des Français là-dessus ?
David Lisnard : "Mais je la vis. Enfin, je suis un Français, moi. Donc bien sûr, je la comprends. Mais je répète : cette crise-là n’est qu’un révélateur de plus de tous les renoncements de ces dernières décennies. Donc ce qu’il faut, c’est que chaque individu puisse être beaucoup plus propriétaire de son revenu, de son salaire. Et c’est cette révolution-là que je propose avec Nouvelle Énergie. Bon, je ne sais pas si on aura le temps d’en parler, ce n’est pas de l’incantation."
"Vous parliez tout à l’heure de solution miracle. En fait, on parle d’État-providence. Il faut comprendre que l’État-providence, aujourd’hui, ne peut plus fonctionner. Tous les partis politiques veulent nous faire croire qu’on peut revenir aux Trente Glorieuses. Sauf qu’à l’époque, il y avait une forte croissance et de forts gains de productivité. Il y avait surtout — on faisait beaucoup plus d’enfants — quatre cotisants par retraité. Aujourd’hui, on en a 1,7, et on maîtrisait l’immigration, avec une immigration de travail. Donc je sais que le président de la République a eu la révélation divine avec la rénovation de Notre-Dame et qu’il voit des Notre-Dame partout. Mais il n’y aura pas de Notre-Dame du carburant."
Jean-François Achilli : Pas de Notre-Dame du carburant, vous dites. Même s’il y a des risques de pénurie, c’est Patrick Pouyanné, le patron de TotalEnergies, qui le dit. Le gouvernement ne communique pas là-dessus.
David Lisnard : "Écoutez, j’ai tendance à faire confiance à la parole de Patrick Pouyanné, qui sait de quoi il parle, qu’on l’apprécie ou pas. Il ne faut pas jouer à se faire peur non plus, parce que je comprends la position de l’exécutif : c’est-à-dire que si on parle de pénurie, ça va amplifier les phénomènes de pénurie potentielle. Mais ce qu’il ne faudrait pas qu’on revive, pardon, c’est l’absence totale d’anticipation qu’on a connue au moment du Covid. Parce que le pétrole, ce n’est pas simplement le carburant. Je parlais des engrais azotés tout à l’heure, mais c’est aussi le plastique. On a encore aujourd’hui besoin de nombreux produits plastiques, notamment dans le secteur de la santé, et certains professionnels de la santé m’alertent sur une possible envolée des prix et une possible pénurie des matériels de protection sanitaire. Donc tout cela, on aimerait avoir de la transparence et un gouvernement qui anticipe les choses."
"Ceux qui votent pour LFI, essentiellement, ce sont quand même des bobos, ce sont des petits bourgeois, ceux qui peuvent se payer des poulets bio et pas des poulets bas de gamme."
Jean-François Achilli : David Lisnard, est-ce que vous avez des fast-foods de poulet frit à Cannes ? Des enseignes qui cartonnent partout en France. Je ne sais pas si vous prenez ça pour de la malbouffe. Vous avez ça à Cannes, vous ?
David Lisnard : "C’est partout en France, Cannes, c’est en France, donc il y a une multiplication des enseignes de volaille à bas prix, halal. Je ne crois pas que cette enseigne-là soit particulièrement présente, mais d’autres équivalents sont présents."
Jean-François Achilli : Vous soutenez Karim Bouamrane, le maire socialiste de Saint-Ouen, dans son bras de fer contre l’ouverture d’un Master Poulet ? Vous êtes, je le rappelle, le patron de l’AMF, l’Association des maires de France.
David Lisnard : "Première règle : moi, je n’ai pas à faire d’ingérence dans une affaire municipale. Je pense que LFI devrait s’en exempter aussi et laisser Karim Bouamrane, qui est un maire qui vient d’être réélu, qui est quelqu’un qui a beaucoup de qualités et qui, je pense, sait ce qu’il doit faire, puisqu’il est mandaté par ses habitants pour veiller à la salubrité, à la tranquillité de sa ville."
Jean-François Achilli : Il a raison de s’y opposer ou pas ?
David Lisnard : "Je ne vais pas le dire. Il le fait, donc c’est qu’il a de bonnes raisons de le faire. Vous voyez ce que je veux dire ? Je pense qu’il a raison, mais ce que je veux vous dire, c’est que là-dessus, ce n’est pas lui qu’il faut regarder, c’est LFI."
"Pourquoi LFI, tout d’un coup, fait de l’ingérence dans une affaire municipale ? LFI n’a pas gagné cette municipalité. Qu’est-ce qu’il y a derrière ? J’y vois en fait cette espèce de volonté systématique de LFI de vouloir réunir un électorat qu’ils veulent victimiser, de confession musulmane. Ils instrumentalisent nos compatriotes de confession musulmane. Je trouve ça d’un cynisme absolu. Moi, quand je vois un de mes compatriotes, qu’il soit musulman, athée, juif, catholique, agnostique, ce que vous voulez, je vois un Français. Voilà. Et derrière, LFI a ses arrière-pensées, on le sait très bien. Ce sont des cyniques."
"Et ce qui est d’autant plus drôle, c’est qu’ils font un reproche à Karim Bouamrane de gentrifier — c’est le grand mot maintenant — sa population. Mais ceux qui votent pour LFI, essentiellement, ce sont quand même des bobos, ce sont des petits bourgeois, ceux qui peuvent se payer des poulets bio et pas des poulets bas de gamme."
"Donc il y a une grande hypocrisie là-dessus, et on voit l’affrontement de ces deux gauches, finalement : une gauche qui veut encore être universaliste et qui respecte ses principes, très minoritaire d’ailleurs — il y en a certains qui viennent chez moi —, et une espèce de gauche qui non seulement a trahi le peuple, mais trahit même ses principes républicains, qu’on retrouve à l’extrême gauche et à LFI."
"Lorsqu’il y a de l’argent public, il est normal que cet argent public soit contrôlé."
Jean-François Achilli : David Lisnard, la gauche que vous citez là s’est mobilisée contre la publication du rapport à l’Assemblée nationale. Vous saluez cette publication, ce rapport sur l’audiovisuel public, ou pas ?
David Lisnard : "Lorsqu’il y a de l’argent public, il est normal que cet argent public soit contrôlé. Et ensuite, chacun verra si le rapport lui semble objectif ou pas. Le rapport n’est pas encore publié, mais heureusement que, lorsqu’il y a 5 milliards d’argent de nos impôts utilisés quelque part, on s’interroge sur leur affectation. Enfin moi, dans ma commune, je suis tout le temps contrôlé. Quand j’avais des commerces, j’avais sans arrêt des contrôles fiscaux et des contrôles d’Urssaf. Ça s’appelle la démocratie. Et le service public, qui a toute sa vocation et sa grandeur — moi, je ne vais pas tomber dans la démagogie —, doit être optimisé, doit être rationalisé, doit être contrôlé."
"Je suis dans une ville qui a un partenariat avec France Télévisions, qui est un partenariat qui se passe très bien. Canal+ avait donné beaucoup d’impact au Festival de Cannes. France Télévisions a repris cela et le fait très bien aussi. Donc moi, je ne vais pas jeter l’opprobre sur le service public, mais on a le droit de dire qu’il y a trop de chaînes de service public, que le service public doit veiller à la neutralité. Enfin, je vois très bien que lorsqu’on critique les ricanements payés par nos impôts du service public, on est blacklisté de certaines émissions. C’est ça, la réalité."
Jean-François Achilli : Vous aviez suivi la polémique autour des frais d’hôtel de Delphine Ernotte et de plusieurs dirigeants de France TV ? C’était Cannes 2023. Polémique justifiée à vos yeux ou instrumentalisation politique ?
David Lisnard : "Les deux à la fois, si vous voulez. C’est une évidence. Ceux qui trouvent qu’un hôtel est cher pendant le Festival, c’est ceux qui ne viennent jamais à l’hôtel à Paris. Moi, vous savez, je n’habite pas à Paris, j’habite en province, et je suis très heureux d’ailleurs. En revanche, il est évident que lorsqu’il y a des crises économiques, des crises sociales, l’affichage d’une chambre d’hôtel dans un palace, ça frappe l’opinion. Et à juste titre. Enfin, les gens se disent : mince, c’est quand même de l’argent de nos impôts."
Jean-François Achilli : Patrick Sébastien, il vous a choqué, au fait, puisqu’on parle de ça ? La chanson, où il y a un dépôt de plainte de la part de Delphine Ernotte.
David Lisnard : "Bon, c’est fait pour provoquer. Je crois que c’est fait pour ça. Donc si on disait qu’on n’était pas choqué, on le décevrait. Voilà. Et puis il y a un esprit français grivois qu’on peut trouver de très mauvais goût. Mais allez, soyez franc vous-même. Ça vous fait marrer quand vous n’êtes pas à l’antenne. Donc avouez-le. Ça peut choquer, mais c’est pour ça que c’est marrant. Voilà. Ça peut être grossier, de mauvais goût. Il faut peut-être relativiser tout ça."
"Je suis pour la liberté communale, la responsabilité communale."
Jean-François Achilli : David Lisnard, on va parler du livre noir de la bureaucratie. Est-ce que d’abord vous allez la jouer comme Éric Ciotti, votre voisin d’une trentaine de kilomètres, le maire de Nice ? C’est-à-dire qu’il sort la tronçonneuse. Lui, c’est 60 millions d’euros d’un plan d’économie annuelle, bientôt même 46 millions prévus sur les investissements. Il a raison de sortir la tronçonneuse ?
David Lisnard : "Alors deux choses. D’abord, je ne me la joue pas et je ne me la joue pas comme un autre. Lorsque j’ai été élu maire de Cannes, les premières choses que j’ai faites, c’est de respecter bien sûr mes engagements, de mettre de la police municipale à la sortie et à l’entrée des écoles. Ça a été ma première décision. Et depuis que je suis maire, nous avons baissé la dette d’une ville que, depuis Paris, les gens pensent comme une ville uniquement liée à la Croisette, mais qui est une ville qui a un taux de pauvreté historiquement très élevé, une ville d’immigration pauvre, etc."
"Nous avons baissé la dette, avec mon équipe, de 82 millions d’euros. Nous avons baissé la masse salariale de 18 %. Nous avons réduit le train de vie de la commune de 40 millions d’euros. Nous avons baissé les impôts l’année dernière. Donc moi, c’est une philosophie de gestion qui me va bien, non pas comme fin en soi, mais au service des contribuables, au service aussi des usagers, puisqu’on a un service qui s’est nettement amélioré en termes de propreté, en termes d’accueil du public, d’état civil ouvert le samedi matin. On est en train de numériser, on est à notre troisième plan d’intelligence artificielle."
"Chacun doit faire ce qu’il pense devoir faire dans sa commune. Je suis pour la liberté communale, la responsabilité communale. Et la philosophie qui est celle d’Éric Ciotti, qui reprend ce que j’ai fait à Cannes, peut me convenir. Mais c’est aux Niçois de le dire, ce n’est pas à moi."
Jean-François Achilli : Le livre noir de la bureaucratie que vous mettez là sur la table, de quoi s’agit-il ? C’est votre cheval de bataille pour votre campagne présidentielle à venir ?
David Lisnard : "C’est un des éléments qui ont fait que je me suis engagé dans la vie publique. Quand j’étais dans le commerce, dans le dernier commerce que nous avions, un commerce familial, je recevais une lettre de 18 pages de l’inspection du travail avec des absurdités normatives dans une boutique de 20 m². J’ai affronté la bureaucratie et, depuis que je suis en mairie, j’affronte une bureaucratie que j’ai vu exploser. Le Code de l’environnement est passé de 120 000 mots à 1 200 000 mots."
"Dans la même semaine, l’État peut m’obliger à réaliser 300 logements sociaux et m’interdire de construire des logements au titre du zéro artificialisation. Donc ce que je veux dire, c’est que si vous voulez être mieux protégé dans vos rues, avec plus de policiers qui bossent le jour et la nuit, si vous voulez plus de magistrats, si vous voulez plus de gardiens de prison, si vous voulez des soignants mieux payés, si vous voulez des enseignants et des profs, il faut rompre avec la dysfonction publique."
"Il faut qu’on retrouve de la performance publique. Et pour cela, il faut en finir avec cette inflation absurde de règles. Il faut des règles, peu de règles, bien respectées. Pour avoir plus d’agents de terrain, il faut moins de bureaucrates. Pour avoir moins de bureaucrates, il faut moins de bureaucratie."
"Le président de la République nous donne raison, puisqu’il exonère les projets qu’il juge utiles, avec les préfets. Les 150 projets qu’il a annoncés la semaine dernière, il les exonère des règles qu’il impose aux autres. Donc c’est de l’arbitraire. Donc si on veut relancer la France, redonner à la France sa grandeur, redonner du pouvoir d’achat aux Français, il faut en finir avec la perte d’argent, la perte de temps, la perte de nerfs que provoque cette bureaucratie absurde."
Jean-François Achilli : « Un truc qui me rend dingue, c’est vraiment la folie du système français. » C’est ce qu’a dit Emmanuel Macron récemment en Ariège. Il faut conclure ce matin, David Lisnard. Il est d’accord avec vous, en fait.
David Lisnard : "Mais oui, il va voter pour moi. Sauf que moi, vous savez, tous ces gens-là — enfin pardon, c’est un peu péjoratif —, je trouve que dans l’offre politique actuelle, la proposition politique actuelle, j’entends de plus en plus de propositions qui vont dans mon sens : sur la retraite par capitalisation, sur comment on rapproche le salaire net, comment on augmente le salaire net sans augmenter le salaire brut, et même en le baissant, etc."
"Ce que vient de dire Emmanuel Macron sur la folie administrative, quand on disait ça il y a 10 ans, quand je disais ça, on nous traitait de démagogues, de populistes. Maintenant, il le reprend."
"Sauf que vous savez, je vais faire comme le président du Sud-Vietnam à l’époque quand il parlait des communistes : n’écoutez pas ce qu’ils vous disent, regardez ce qu’ils ont fait, regardez ce qu’ils font. Et c’est pourquoi la politique, c’est non seulement la parole et des propositions, mais c’est aussi une attitude, une façon d’être, un comportement."
Jean-François Achilli : Il va falloir que vous laissiez tomber la primaire si vous voulez surnager avec l’offre à droite pour la présidentielle. Ça va être compliqué.
David Lisnard : "Je pense que la primaire reste aujourd’hui la seule façon de sélectionner les comportements, les caractères et les projets. C’est-à-dire qu’il faut organiser un quart de finale avant la demi-finale. Et s’il n’y en a pas, il faut s’imposer grâce à une présence sur les réseaux, dans les bistrots et dans les médias. Et c’est ce que je vais faire."
Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio
Cliquez ici pour écouter "L’invité politique"
Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !