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Laurent Jacobelli : "Cette commission était presque un procès politique contre Charles Alloncle"

Par Adélaïde Motte

INTERVIEW SUD RADIO - Commission sur la publication du rapport sur l'audiovisuel public, Rassemblement National, Emmanuel Macron : Laurent Jacobelli, député de Moselle et porte-parole du RN, était “L’invité politique” sur Sud Radio. 

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Laurent Jacobelli, interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 28 avril 2026, dans “L’invité politique”.

Commission d'enquête sur l'audiovisuel public : "on lui reprochait de mentir sans être capable d’afficher un seul mensonge". Au micro de Sud Radio, Laurent Jacobelli a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

Le service audiovisuel public "fait de la gabegie son mode de gestion et de la gauche son orientation politique"

Jean-François Achilli : Vous étiez présent lors des quatre heures de délibération, vous avez voté pour la publication du rapport, c’est passé tout près, il y a eu des tensions au sein de la commission ?

Laurent Jacobelli : "C’était à huis clos, je ne peux pas tout dévoiler, mais cette commission était presque un procès politique de Charles Alloncle. Le premier qui dit la vérité doit être exécuté, c’était un peu ça. Grosso modo, on lui reprochait de mentir sans être capable d’afficher un seul mensonge, on lui reprochait finalement de dire la vérité sur un service public qui aujourd’hui fait de la gabegie son mode de gestion et fait de la gauche son orientation politique, et ils ont retrouvé, avec un Parti socialiste très virulent, des défenseurs. Évidemment, c’était un renvoi d’ascenseur, beaucoup de mauvaise foi dans cette commission et une peur de la vérité qui est assez inquiétante en démocratie."

Je vous cite Aïda, députée socialiste, qui parle d’un rapport qui fait comme un tract du Rassemblement national, d’un rapport indigne adopté parce que des députés ont eu peur de Bolloré, qu’est-ce que vous répondez ?

"Le complotisme est parfois une maladie mentale, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise. Un rapport d’une commission spéciale de l’Assemblée nationale, c’est l’accumulation de faits et une analyse faite par un rapporteur. Nous votons ces rapports même si parfois nous ne sommes pas d’accord, simplement on leur donne le droit d’être diffusés. Là, c’est devenu un objet politique parce que Charles Alloncle est allié au Rassemblement national, la gauche disait par principe qu’on ne peut pas le publier, c’est une atteinte à la démocratie, c’est une vision parcellaire, tout ce qui n’est pas de gauche est du mensonge, tout ceux qui ne pensent pas comme eux sont des menteurs, voilà ce que pensent ces gens et c’est très grave."

Vous dites complotisme mais il y a eu ces révélations, notamment du journal Le Monde, sur du lobbying, que Charles Alloncle n’a pas nié, il a parlé de procédés vieux comme l’Assemblée, il y a eu du lobbying quand même ?

"J’étais commissaire dans cette commission, je n’ai reçu aucun mail me demandant de poser ou de retirer une question d’aucun groupe. Si un député a des preuves de ce qu’il avance, qu’il le dise publiquement, qu’il montre les mails, parce que toutes ces insinuations pour essayer de salir le travail de Charles Alloncle, ça commence à suffire. Tous ces gens qui disent que ce rapport repose sur du vent et qui sont incapables d’en apporter les preuves, ça commence à être gênant. Les débats étaient publics, tous les Français ont pu voir ce qui s’est passé, tout le monde s’est fait une idée. Est-ce qu’on n’a pas le droit de critiquer la gabegie des 4 milliards du service public de l’audiovisuel ? Est-ce qu’on n’a pas le droit de dire qu’il y a un biais idéologique ? Est-ce qu’on n’a pas le droit de dire que deux ou trois producteurs vivent grassement avec nos impôts ? Qui cache quoi, qui a intérêt à quoi, c’est ça la vraie question."

Jérémy Patrier-Leitus a tenu à faire supprimer une mention le concernant ?

"C’était dans le cadre du huis clos, mais en tout cas le président de la commission était très affecté par des remarques qui pouvaient le concerner. Il est administrateur de France Médias Monde, qui gère TV5 Monde, RFI, France 24, et il souhaitait que ça ne soit pas diffusé, donc a priori ça n’y figurera pas. Ce n’est pas une question de disqualification, mais c’est important de savoir qui est qui."

Vous avez été directeur des programmes de TV5 Monde, est-ce que vous avez constaté du favoritisme ?

"Tout ce qui est dit est vrai. Oui, parfois il y a des contrats qui sont faits par amitié plus que par réelle objectivité, oui parfois il y a des propositions de postes faites à des directeurs de services publics pour acheter des programmes et ensuite atterrir chez le producteur qui les fabrique, oui il y a des producteurs qui font des marges allant jusqu’à 70 %, tout cela est vrai et je ne vois pas pourquoi ce que nous savons tous ne serait pas su par les Français. C’est leur argent, le service public appartient aux Français, il est payé par les Français, et les Français sont finalement des actionnaires, ils ont le droit de tout savoir."

Commission d'enquête sur l'audiovisuel public : "il ne faut pas que ce rapport reste lettre morte"

Charles Alloncle envisage une proposition de loi dès le mois de juin pour légiférer, vous le suivrez ?

"Nous verrons ce qu’il propose, mais il ne faut pas que ce rapport reste lettre morte. Il a raison de vouloir passer à l’étape suivante, aujourd’hui le service public délègue une partie de ses responsabilités à des sociétés privées, parfois très marquées idéologiquement, donc il faut éclaircir les choses."

Au Rassemblement national, vous êtes toujours pour la privatisation de l’audiovisuel public, France Télévisions, Radio France ?

"Au Rassemblement national, nous sommes pour la privatisation de l’essentiel. Nous maintenons un service public là où le secteur privé ne peut pas aller, par exemple les médias internationaux comme TV5 Monde ou France 24 qui portent la voix de la France, mais pour le reste, oui. Le secteur privé peut aussi avoir des missions de service public avec des obligations, il faut dire la vérité."

Vous avez entendu Emmanuel Macron en visite en Ariège, il dit “on se bat pour que le prix de l’essence diminue, il faut rouvrir ce fichu détroit d’Ormuz, c’est ça qui nous fout dedans, il y a 20 % des capacités mondiales bloquées, on se bat et il y en a qui ne nous aident pas”, il parle de vous ?

"Alors, il y a le Emmanuel Macron de comptoir, c’est celui que vous venez de citer, qui parle un peu vulgairement et qui dit “le prix de l’essence c’est pas bien”. Moi j’aimerais rappeler à ce monsieur, qui porte le même nom que le président de la République, que s’il est président de la République, il peut faire des choses. Par exemple baisser la TVA sur l’essence de 20 % à 5,5 %, comme nous le proposons. 55 % du prix du litre d’essence sont des taxes, là il peut agir mais il ne fait rien. En revanche, il veut libérer le détroit d’Ormuz mais personne ne lui parle, il veut prendre langue avec les puissances mais il est en dehors de la table des négociations internationales. On a un président qui pourrait agir sur les taxes et ne fait rien, mais qui commente la situation. Qu’est-ce qu’il a fait pendant 10 ans ? Il est spectateur de son propre échec."

Il évoque aussi les médecins à diplôme hors Union européenne, il dit “c’est encore le bordel, c’est la folie du système français”, et il répond à ceux qui veulent se fâcher avec l’Algérie en parlant de “maboules”, qu’est-ce que vous lui répondez ?

"Déjà, il pourrait changer de niveau de langage, il est président de la République. La saine colère, il aurait dû l’avoir bien plus tôt. D’abord sur le manque de médecins en France, il aurait fallu faire exploser le numerus apertus, et on en verrait les effets aujourd’hui. Pourquoi on a recours à des médecins étrangers ? Parce qu’on n’en forme pas assez. Et ensuite, il aurait dû faire le bras de fer avec l’Algérie. Aujourd’hui, c’est un pays qui fait sa cohésion nationale sur la haine de la France. Un président ne devrait jamais accepter ça. Il a choisi l’aplaventrisme, la repentance, ça ne marche pas. L’Algérie ne reprend pas ses délinquants présents sur notre territoire, donc il faut essayer le rapport de force : plus de flux financiers, plus de visas, plus de soins gratuits pour les dirigeants, et vous verrez que cette politique aura des effets."

Vous venez finalement en soutien à Bruno Retailleau, qui est visé dans ces propos ?

"Bruno Retailleau a été en échec, il a été au pouvoir et il n’a rien fait. Tous ces gens qui ont eu les clés du pouvoir essaient aujourd’hui de se refaire une virginité en oubliant qu’ils ont été ministres ou qu’ils ont exercé des responsabilités. Ce sont des contemplateurs de leur propre échec, et les Français n’oublieront pas."

"Nous aurons un duo de Marine Le Pen et Jordan Bardella qui sont complémentaires"

Sur un autre sujet, Emmanuel Macron est en Andorre, où l’IVG est interdite, si vous accédez au pouvoir, est-ce que vous reviendrez sur le délai légal à 14 semaines ?

"Non, on ne va pas retoucher à l’IVG. Il y a des choses qui n’auraient pas dû être faites, mais nous tenons au droit des femmes de pouvoir y recourir. Il faut arrêter les légendes sur cette question. Et puis détricoter des lois sociétales, ce n’est jamais très bon pour la paix sociale. Nous voulons une société apaisée, une société sereine, pas une société divisée."

Marine Le Pen est toujours votre candidate, Laurent Jacobelli ? Il faut attendre le 7 juillet, vous pensez qu’il y a une vraie incertitude ou bien le tandem que nous voyons, qui va donner meeting, qui va se lancer en même temps, c’est un peu l’affiche que nous aurons toute l’année prochaine, y compris si monsieur Bardella est candidat officiel ?

"Quel que soit notre candidat, que ce soit Marine Le Pen ou Jordan Bardella, nous aurons un duo face aux Français. Nous aurons un duo de Marine Le Pen et Jordan Bardella qui sont complémentaires, qui forment une équipe assez formidable et d’ailleurs reconnue par les Français. Ils sont les deux personnalités politiques parmi les personnalités politiques préférées des Français. Il y aura un candidat ou une candidate évidemment en fonction des décisions judiciaires. Mais je dois dire qu’en tant que républicain et démocrate engagé dans la vie publique, je n’arrive pas à imaginer que dans une démocratie comme la France, la candidate du premier parti de France puisse être empêchée de concourir. J’avoue, je n’arrive pas à m’y faire."

Mais si c’est le cas, si Marine Le Pen est empêchée, elle fera campagne auprès de Jordan Bardella ? Vous voyez, il y a du bashing aujourd’hui, notamment sur les réseaux sociaux ?

"Sur la jeunesse, la compétence, oui bien sûr, moi je lis tout ça. On avait raison sur l’immigration, on avait raison sur l’écologie punitive, on avait raison sur l’économie et la dette, on a eu raison sur beaucoup de sujets. Alors comme on ne peut pas être critiqué sur le fond, on est critiqué sur la forme. On dit que son costume est trop bleu, qu’il est trop grand, qu’il est trop petit, tout cela. Nous, on a l’habitude des innovations. Il y a deux personnalités en France qui marquent la vie politique, qui ont des propositions innovantes, qui incarnent l’alternance au système macroniste. Nous sommes fiers de les avoir et tant mieux s’ils font campagne à deux."

Donc campagne à deux, quelle que soit la configuration après le 7 juillet ?

"Ça sera le cas. Mais on est une équipe, vous voyez. Il y a une personne dans les débats, bien sûr, il n’y en a pas deux. Mais le président isolé qui décide seul, on l’a eu avec Emmanuel Macron, ça ne marche pas."

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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