Hantavirus, libertés individuelles, principe de précaution, place de l’entreprise, fonction publique, retraites, Édouard Philippe, présidentielle de 2027 et Rassemblement national. Au micro de Sud Radio, Hervé Novelli a répondu aux questions de Jean-François Achilli et commenté les résultats d’un sondage OpinionWay réalisé pour le Cercle des entrepreneurs engagés.
"Nous avons beaucoup mutilé les libertés individuelles des Français pendant la crise du Covid"
Jean-François Achilli pour Sud Radio : Les explications de la ministre de la Santé sur l’hantavirus sont-elles à même de rassurer les Français ?
Hervé Novelli : “Je pense que le gouvernement a pris la mesure, en tout cas il le montre. Mais je voudrais qu’on n’oublie pas les leçons de la crise Covid précédente : sommes-nous prêts à affronter une crise, notamment en matière d’équipements et de masques ? Et avons-nous compris que nous avons beaucoup mutilé la liberté individuelle des Français pendant cette période ? Il faut concilier la nécessaire prévention avec le respect de nos libertés.”
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Vous dites donc : plus jamais ce que les Français ont vécu pendant la crise du Covid ?
“En termes de liberté, oui. Il ne faut pas rester inerte, bien sûr, et il faut prendre des mesures de prévention. Mais il ne faut surtout pas revivre ce que nous avons vécu. Pendant la crise Covid, il y a eu une atteinte évidente aux libertés.”
Les entreprises pourraient-elles faire face à une nouvelle épidémie, alors que le “quoi qu’il en coûte” a coûté très cher ?
“Oui, cela nous a coûté très cher. Mais ce qui nous a coûté surtout, c’est de mettre tout un peuple dans une sorte de ghetto. On a mis les entreprises à l’arrêt et on s’est aperçu qu’il n’y avait plus de croissance, plus d’emplois, plus de richesse créée. Cela participe de la maturation de l’opinion qui se reflète dans ce sondage.”
"L’opinion publique est beaucoup plus mûre que la classe politique. Elle sait que l’entreprise est indispensable à l’économie"
Dans votre enquête, 54% des Français souhaitent assouplir ou supprimer le principe de précaution. Comment expliquez-vous ce résultat ?
“Je trouve que l’opinion est beaucoup plus mûre que la classe politique. L’opinion sait que l’entrepreneur est indispensable à l’économie de tous les pays, et particulièrement à l’économie de ce pays. Elle réagit différemment de la classe politique. La classe politique reste engoncée dans une posture où l’entreprise est au mieux une vache à lait, au pire un délinquant.”
Vous estimez que le discours culpabilisant sur l’entreprise perdure ?
“Oui, il perdure, parce que les faits sont là pour le démontrer. Dès qu’on a un problème dans ce pays, on se tourne vers l’entreprise. On découvre alors des superprofits à la place des profits. C’est une vieille vision, marquée par la lutte des classes.”
Pourquoi voulez-vous réformer le principe de précaution ?
“J’étais parlementaire lorsqu’on nous a fait ratifier dans la Constitution ce principe qui dit que dès qu’il y a un doute raisonnable, on doit s’arrêter. On doit s’arrêter d’innover. Nous avons été une trentaine de parlementaires à ne pas voter ce principe de précaution. Aujourd’hui, il induit une inertie très dommageable pour la recherche et le développement dans notre pays.”
Vous évoquez aussi un effet de “parapluie” dans l’administration et les collectivités.
“L’ouverture du parapluie, c’est ce qui se passe lorsque chacun se demande ce qui va lui arriver si les choses se passent mal. On craint d’être mis en examen. C’est cela qui se déploie dans la fonction publique et dans les collectivités à cause du principe de précaution. L’opinion dit aujourd’hui qu’il faut le réformer.”
Votre sondage indique aussi que 79% des personnes interrogées souhaitent qu’un fonctionnaire élu député ou sénateur choisisse entre son mandat et son statut. Fini le confort ?
“Oui, j’ai toujours été persuadé de cela. Lorsque je suis arrivé à l’Assemblée nationale, nous étions cinq entrepreneurs sur 577 députés. Il y a une sorte de biais extraordinaire qui fait que des lois s’appliquent sans avoir de réalité. Le haut fonctionnaire qui veut faire de la politique doit pouvoir le faire, mais avec les mêmes risques que tous les autres candidats.”
"Macron s’est mué de président émancipateur en Père Noël distributeur de chèques pour avoir la paix"
Emmanuel Macron a-t-il accompagné cette évolution de l’opinion sur l’entreprise ?
“Il a fait ce qu’il a pu. Mais il s’est mué de président émancipateur des débuts en président Père Noël distributeur de chèques pour avoir la paix. Ce n’était pas une bonne option. Aujourd’hui, l’opinion est mûre pour des changements et elle a compris comment se faisait la création de richesse.”
L’opinion publique va-t-elle plus vite que les responsables politiques ?
“Oui, ça a mis du temps. Lorsque j’ai créé le statut de l’autoentrepreneur, cette réforme faisait de toute personne en France un entrepreneur en puissance. On pouvait être salarié et entrepreneur. L’opinion l’a compris : aujourd’hui, l’entrepreneur est réévalué partout, sauf par la classe politique.”
86% des Français seraient favorables à l’intégration d’un cours sur la vie de l’entreprise et des entrepreneurs au collège et au lycée. Est-ce une révolution nécessaire ?
“Ce qui est important, c’est que les lycéens et les collégiens puissent apprendre de la vie d’un entrepreneur. Il faut leur raconter pourquoi on se lance, comment on développe un projet et comment fonctionne la vie réelle. C’est une révolution assez prudente, puisqu’il s’agit d’une heure de cours par semaine. Mais c’est indispensable, loin des manuels orientés.”
Votre enquête indique aussi que 74% des Français souhaitent un système de retraite mixte, avec une part de capitalisation.
“Les Français ont compris qu’une retraite par répartition ne peut plus marcher dans les mêmes conditions. Les progrès de la médecine augmentent la durée de vie, tandis qu’il y a de moins en moins d’actifs. Il y a aussi de plus en plus d’indépendants, car le travail évolue. L’opinion le sent, mais la classe politique s’y refuse.”
"Édouard Philippe est comptable de ce qu’il a fait auprès de Macron"
Édouard Philippe, qui entre en piste, est-il à vos yeux le candidat évident de la droite républicaine ?
“Il le pense, en tout cas. Mais je pense qu’il ne peut pas s’abstraire du travail qu’il a fait auprès d’Emmanuel Macron. Il a fermé Fessenheim, il a renoncé à Notre-Dame-des-Landes. Ce sont des options qu’il a choisies à l’époque et dont il devra s’expliquer devant les Français.”
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Il est donc comptable de ce qui s’est passé au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron ?
“Bien sûr. Vous ne pouvez pas être Premier ministre et dire que le président vous l’a ordonné, donc que vous l’avez fait. Sinon, on est un collaborateur, et dans ce cas on ne peut pas prétendre à la charge suprême. L’opinion a une soif de changement, mais d’un changement maturé et responsable.”
Vous citiez hors micro une phrase d’Einstein à propos de cette candidature. Laquelle ?
“C’est une phrase que j’aime beaucoup. Elle dit qu’on ne règle pas les problèmes avec ceux qui ont contribué à les créer. Cette phrase peut s’appliquer à beaucoup. Elle dit quelque chose de la situation politique actuelle.”
Y a-t-il aujourd’hui un trop-plein de candidatures à droite ?
“Je pense que tout le monde se dit : j’ai ma chance. Pour l’instant, la campagne n’a pas démarré, soyons clairs. Ce qui sera important pour moi, c’est que le candidat que je soutiendrai soit en phase avec la soif de changement et de rupture de l’opinion. Cette rupture doit se faire sur des bases de liberté et de responsabilité.”
"J’aimerais que le RN se rapproche de l’opinion publique"
Les patrons ont-ils raison de sonder Marine Le Pen et Jordan Bardella ? Le Rassemblement national est-il compatible avec la droite classique ?
“Le RN se suffit à lui-même. Pour l’instant, il y a un tiers des Français qui votent pour lui, donc c’est une force en marche, en progression. Ce que j’aimerais, c’est que le RN se rapproche de ce que demande l’opinion. Je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui, il adopte les mesures que souhaite l’opinion, qui sont à la base d’un nouveau projet pour notre pays.”
Un grand patron ou une grande patronne candidat, voire président ou présidente de la République en 2027, est-ce souhaitable selon vous ?
“Ce que je souhaite, c’est que cette vision entrepreneuriale irrigue la société politique. Il est temps qu’une réalité économique s’impose dans notre pays. Partout ailleurs, les lois de la création de richesses et de la création d’emplois sont observées. Il n’y a qu’en France qu’on veut taxer, surtaxer, réglementer et surréglementer.”
Sans cette prise de conscience, le pays va-t-il dans le mur ?
“S’il n’y a pas cette prise de conscience, les entrepreneurs se mobiliseront, je l’espère. C’est pour cela que j’ai créé le Cercle des entrepreneurs engagés. Ils seront une force d’influence. Ils pourront même imposer un rapport de force si l’on prend des mesures anti-entreprise.”
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