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Un incendie criminel fait trois morts dans une banlieue de Lyon en proie au narcotrafic

Trois personnes sont mortes, lundi matin, lors d'un incendie criminel dans un immeuble en banlieue de Lyon, et les enquêteurs étudient la piste d'un règlement de comptes entre narcotrafiquants.

JEFF PACHOUD - AFP

Trois personnes sont mortes, lundi matin, lors d'un incendie criminel dans un immeuble en banlieue de Lyon, et les enquêteurs étudient la piste d'un règlement de comptes entre narcotrafiquants.

Plusieurs départs de feu ont éclaté vers 07H30 dans un immeuble d'habitations de sept étages du quartier populaire du Prainet à Décines-Charpieu, a déclaré sur place le préfet du Rhône délégué à la sécurité, Antoine Guérin.

Les foyers ont démarré sur plusieurs paliers et deux bonbonnes de gaz de 13 kg ont été déposées aux 2e et 4e étages, a précisé à l'AFP une source policière. Les caméras de vidéo-protection ont enregistré deux individus en vêtements sombres quittant les lieux en trottinette peu après, selon la même source.

Un homme de 29 ans s'est tué en se jetant du 7e étage durant l'intervention des pompiers, selon la même source. Deux autres résidents ont été retrouvés morts après que l'incendie a été circonscrit.

Quatorze personnes exposées à des fumées ont été transportées à l'hôpital en urgence relative. Une quarantaine d'autres ont été prises en charge dans un gymnase voisin, selon la préfecture.

Le sinistre, qui a mobilisé plus de 80 sapeurs-pompiers et une trentaine d'engins, a rapidement été éteint. Mais les habitants du quartier, déjà sur la défensive ces dernières semaines, restent sous le choc.

Dans la soirée, la préfecture a annoncé l'envoi de renforts de police "conséquents" et la maire LR de Décines-Charpieu, Laurence Fautra, a imposé un couvre-feu pour les mineurs au Prainet, en proie à la multiplication d'actes d'intimidation ces dernières semaines, dont des tirs à l'arme automatique sur des façades et portes d'immeubles ou des incendies sur des paliers.

"Les pompiers ont cassé la porte de chez moi, on était les derniers à sortir, la porte prenait feu", raconte un jeune habitant de 18 ans, sous couvert d'anonymat.

"C'était choquant", s'indigne une voisine, qui se dit "traumatisée". Comme tous les riverains, elle n'a pas souhaité donner son nom par peur de "représailles".

- "Guerres de territoire" -

Le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour homicide volontaire en bande organisée, et l'a confiée à la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de la police judiciaire.

"Pour l'heure, aucune hypothèse n'est écartée, notamment la piste criminelle", a assuré le procureur de Lyon, Thierry Dran, qui tiendra une conférence de presse mardi.

"L'hypothèse de violences entre trafiquants de drogues est à l'étude", a précisé à l'AFP une source policière.

Des policiers et des pompiers sur le site d'un incendie qui s'est déclaré dans un immeuble résidentiel à Décines-Charpieu, en périphérie de Lyon, le 11 mai 2026

Des policiers et des pompiers sur le site d'un incendie qui s'est déclaré dans un immeuble résidentiel à Décines-Charpieu, en périphérie de Lyon, le 11 mai 2026

JEFF PACHOUD - AFP

"Il y a eu des guerres de territoire sur Lyon ces derniers jours (...) des rivalités entre des bandes de narcotrafiquants", notamment à Décines-Charpieu, a rappelé le préfet Guérin.

Plusieurs départs de feu criminels ont été signalés depuis fin avril, rue Sully où s'est produit l'incendie lundi, et des tirs d'armes à feu ont été recensés à proximité.

Le 24 avril, une femme qui rentrait chez elle avec ses enfants a été atteinte au mollet par une balle perdue dans des tirs qui visaient des voitures stationnées.

Laurence Fautra avait alors interpellé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, et réclamé une "présence régalienne ferme et efficace" pour "purger" la ville "de ses narcotrafiquants". Lundi soir, elle a décrété un couvre-feu pour les mineurs à partir de 22 heures et réclamé "l'instauration de l'état d'urgence" au Prainet.

- "Chicago" -

La préfète du Rhône a annoncé sur X le déploiement en renfort dès lundi soir de deux compagnies de CRS et d'autres effectifs des polices nationale, départementale et municipale.

Un pompier arrive sur les lieux de l'incendie qui a fait trois morts dans un immeuble résidentiel, le 11 mai 2026 à Décines-Charpieu, près de Lyon

Un pompier arrive sur les lieux de l'incendie qui a fait trois morts dans un immeuble résidentiel, le 11 mai 2026 à Décines-Charpieu, près de Lyon

JEFF PACHOUD - AFP

Martine, 65 ans, habite rue Sully depuis une trentaine d'années. "Il y a toujours eu du trafic de drogue" mais "avant, les trafiquants cramaient des voitures", dit-elle à l'AFP. Désormais, "ils mettent en danger tout un immeuble, c'est n'importe quoi".

"Maintenant, c'est Chicago", abonde un jeune homme de 22 ans qui vit dans l'immeuble sinistré et assure avoir reçu des impacts de balle dans sa porte il y a deux semaines. "Ca crame des portes tous les jours. C'est tendu, c'est invivable", dit un autre résident.

"Les victimes collatérales, c'est nous", a relevé un quinquagénaire. "Tout le monde est laissé à l’abandon dans notre quartier", s'est agacée une mère de famille.

En décembre 2022, un incendie avait fait dix morts, dont quatre enfants, dans un immeuble de Vaulx-en-Velin, également dans la banlieue est de Lyon. L'enquête a montré que le feu était parti d'un canapé installé dans un point de deal au rez-de-chaussée.

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Par Ambre DESPRES et Bertille LAGORCE à Lyon / Décines-Charpieu (France) (AFP) / © 2026 AFP

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