Selon les maires ruraux de France, plus de 8 communes rurales sur 10 sont insuffisamment dotées de médecins. Face à ce manque, les box médicales se multiplient dans les communes rurales. Ces cabines de téléconsultation autonomes permettent de voir un médecin à distance en quelques minutes, 7 jours sur 7. Déjà 18 structures ont été installées en France, avec plus de 1 000 demandes de maires en attente. Ces « mini cabinets médicaux » pourraient bien transformer l’accès à la santé dans les prochaines années. Sébastien Touchais, Directeur des opérations de la Box Médicale, détaille son dispositif.
Comment est née cette idée ?
« L’idée est née grâce à une pharmacienne qui utilisait déjà une borne de téléconsultation dans sa pharmacie. Elle s’est demandé si un lieu entièrement dédié à ce matériel ne permettrait pas de faciliter l’accès aux soins pour davantage de personnes et de mieux répondre aux besoins des territoires. Toutes les pharmacies ne sont pas équipées ni disponibles pour ce type de service. Le fait d’avoir un bâtiment autonome permet de l’installer pratiquement n’importe où. »
Combien de box en France ?
« Nous avons fabriqué et déployé 18 box médicales, exploitées depuis environ un an et demi. L’entreprise, elle, existe depuis quatre ans. »
Le mode d'emploi :
« Le patient reçoit un code d’accès pour entrer dans le bâtiment. Une fois à l’intérieur, il est accueilli à distance par l’un de nos opérateurs qui l’accompagne dans l’utilisation du matériel. Après avoir inséré sa carte Vitale et renseigné le motif de consultation, il attend en moyenne une quinzaine de minutes avant qu’un médecin généraliste apparaisse à l’écran en visioconférence.
Le médecin peut utiliser différents dispositifs médicaux présents dans la box pour établir un diagnostic : prise de constantes, examen audio, images… À la fin de la consultation, une ordonnance est imprimée directement sur place. Ensuite, la box est désinfectée automatiquement grâce à un traitement UV avant le patient suivant. »
Un système autonome
« Aujourd’hui, 89 % des communes françaises sont considérées comme des déserts médicaux. L’objectif était donc de proposer un accès aux soins disponible 7 jours sur 7, sans contrainte. Les difficultés d’accès aux soins ne concernent pas uniquement le manque de médecins. Il y a aussi les problèmes de distance, de disponibilité et de facilité d’accès. Beaucoup de personnes renoncent aux soins parce que c’est trop compliqué. Avec une box accessible rapidement près de chez eux, on remet ces patients dans le parcours de santé. »
Ce qu'en pensent les patients :
« Au départ, il y a souvent de la curiosité, parfois un peu de méfiance. La santé reste un sujet anxiogène et les gens ne connaissent pas forcément ce type de consultation. C’est pour cela que nous organisons des journées portes ouvertes et des démonstrations. Une fois qu’ils découvrent le fonctionnement, ils se rendent compte que c’est très simple. Ensuite, le bouche-à-oreille fait le reste. Aujourd’hui, nous avons entre 90 et 95 % de satisfaction selon les communes. Elle a été installée en février et en seulement deux mois, nous avons déjà accueilli une centaine de patients. On retrouve toutes les générations : des enfants, des adultes, des seniors. À Royan, où nous avons davantage de recul avec un an d’exploitation, environ 40 % des utilisateurs ont plus de 50 ans et 15 % ont moins de 18 ans. »
Mieux qu'un médecin de proximité ?
« Ce n’est pas une forte demande, c’est colossal. Nous ne faisons aucune publicité et nous n’avons pas de commerciaux. Pourtant, nous avons reçu plus de 1 000 demandes de maires en 18 mois.
Nous sélectionnons les projets uniquement en fonction des besoins réels du territoire. Si une commune a déjà une maison médicale qui ouvre prochainement, nous analysons si notre présence est pertinente ou non. »
Son financement ?
« Pendant les deux premières années, le prix était fixé à 60 000 euros. Aujourd’hui, il varie entre 67 000 et 90 000 euros selon les besoins. La commune achète la box puis nous délègue l’exploitation pendant quatre ans. Cela comprend la maintenance, l’accueil des patients, l’accès aux médecins et la sécurité. Nous sommes une entreprise privée, non subventionnée. »
Une solution d'avenir ?
« Oui, parce que nous savons déjà que nous manquerons durablement de médecins en France. Même en augmentant fortement le nombre d’étudiants en médecine, il faudrait des années pour revenir à une situation plus confortable. La télémédecine et l’e-santé vont donc continuer à se développer comme outils complémentaires. »