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Le cinéma français peut-il se passer de Canal+ et du groupe Bolloré ?

DECRYPTAGE SUD RADIO - Au Festival de Cannes, la tension est montée d’un cran entre Canal+ et une partie du monde du cinéma après la pétition visant Vincent Bolloré, acteur majeur du financement du 7er art. Une pétition qui a provoqué la riposte de Maxime Saada, qui a annoncé la fin de toute collaboration avec les signataires. Mais le cinéma français peut-il vraiment se mettre à dos son principal bailleur de fonds ?

Thomas SAMSON - AFP

Le Festival de Cannes et le cinéma français s’enflamment après la signature par plus de 600 professionnels du cinéma - parmi lesquels Juliette Binoche, Swann Arlaud ou encore Jean-Pascal Zadi - d'une tribune dénonçant l’influence croissante de Vincent Bolloré. Les acteurs, producteurs et techniciens signataires alertent sur un risque politique et culturel majeur, affirmant : « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif ».

Cette inquiétude s’inscrit dans un contexte de recomposition industrielle. La montée de Canal+ au capital d’UGC alimente les craintes d’une concentration accrue. La tribune évoque explicitement ce scénario, redoutant que Vincent Bolloré « sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran ».

Saada : « Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste ! »

E la réaction de groupe ne s’est pas fait attendre. Depuis Cannes, Maxime Saada, directeur général du groupe Canal+, annonce une rupture nette avec les signataires. « J’ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s’attachent à défendre l’indépendance de Canal+, et dans toute la diversité de ses choix », déclare-t-il, avant d’ajouter qu’il « ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition ».

Le dirigeant justifie cette décision par la violence des accusations contenues dans la tribune, estimant qu’elle revient à qualifier ses équipes de « crypto-fasciste ». « Eh bien moi je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fascistes, je suis désolé, la limite, pour moi elle est là », explique-t-il.

Le monde du cinéma s’oppose à « une monoculture politique »

De son côté, le président du CNC, Gaëtan Bruel, exprime ses réserves sur le terrain des principes : « Sur le plan de la liberté d’expression, ça pose question. Parce que le droit à la critique, ça fait partie de ce principe fondamental ».

La pétition est également comprise par Françoise Degois qui explique, sur Sud Radio, qu’il est « hors de question » pour les acteurs du cinéma de voir venir « une monoculture politique » comme le groupe Bolloré a pu le faire « dans les médias ou l’édition » avec CNEWS, Europe 1 et le JDD ou plus récemment avec la maison d’édition Grasset.

150 à 170 M€  annuels investis dans le cinéma français

Pour comprendre l’ampleur de la crise, il faut revenir au rôle central de Canal+ dans le financement du cinéma français. Depuis sa création, en 1984, la chaîne cryptée s’est imposée comme le principal partenaire financier du cinéma français. Cet engagement, inscrit dans un cadre réglementaire, lui permet en retour de bénéficier d’un accès privilégié aux œuvres.

Aujourd’hui encore, malgré une baisse récente, Canal+ consacre entre 150 et 170 millions d’euros par an au cinéma français. Un apport massif qui conditionne l’existence même de nombreux projets alors que le groupe explique distribuer près de 200 films par an, dont une vingtaine produit directement par StudioCanal.

L'existence de 200 films par an en jeu

Une position dominante qui permet à Canal+ de bénéficier de nombreux avantages, notamment dans la chronologie des médias. En contrepartie de ses investissements, la chaîne peut diffuser les films seulement six mois après leur sortie en salle, contre 15 mois pour Netflix ou 22 mois pour les chaînes de télévisions gratuites (TF1, M6, France TV). Une situation aujourd’hui contestée par l’arrivée de Disney+, qui a obtenu une fenêtre réduite à neuf mois en échange d’un engagement financier plus limité. Cette évolution a ravivé les tensions, Canal+ estimant que l’équilibre du système était fragilisé, et a contribué à la révision à la baisse de ses investissements.

Au-delà du financement et de la diffusion, Canal+ étend progressivement son influence sur l’ensemble de la chaîne cinématographique. Avec sa participation dans UGC et son ambition d’en prendre le contrôle, le groupe se positionne désormais aussi du côté des salles. Une évolution qui alimente les inquiétudes d’un quasi-monopole du pouvoir, certains redoutant qu’un acteur unique puisse orienter à la fois les choix de production, les conditions de diffusion et la visibilité des films.

Un acteur majeur et incontournable... mais qui fait polémique

Au fond, cette polémique confirme que Canal+ n’est pas un financeur comme les autres : il est l’un des piliers du modèle français du cinéma. Sa capacité à investir massivement est difficilement remplaçable à court et à moyen terme, lui offrant une position dominante sur le secteur.

Dans le même temps, face à la montée en puissance de plateformes comme Disney+ ou Amazon, le groupe Canal apparaît à la fois comme un rempart et comme un point de tension pour le cinéma français.

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