« Trafic de stupéfiants », « blanchiment », « association de malfaiteurs » et un casier judiciaire avec dix lignes supplémentaires… Voici le bilan de Félix Binghi, chef présumé du clan Yoda à 36 ans. Alors, qui est-il ?
Une jeunesse pleine « d’ambitions »
Franck Farassi, délégué Unité SGP Police pour la filière investigation, a connu « le Chat » au début de son ascension : « Dans les années 2008-2010, on l’avait eu en garde à vue pour trafic de stupéfiants. Il faisait partie du clan des Carmes (Ndlr, nom d’une cité marseillaise dans laquelle sévissait le clan). Ils avaient déjà les connaissances, ils louaient des véhicules, ils voulaient monter en grade. »
Il le décrit comme « un garçon pas agressif, plutôt posé, plutôt réfléchi ». Mais malgré cela, même si ces jeunes sont plutôt sympathiques selon les termes de Franck Farassi, pour « défendre leur réseau, ils sont prêts à tout ».
Un business à plus de « 100 000 euros par jour »
Et ce jusqu’au-boutisme se constate parfaitement chez Félix Binghi. À partir de 2021, fort de son expérience, il s’implique dans la gestion du clan Yoda, précisément dans la cité de « la Paternelle ». Rudy Mana, du syndicat UNSA Police, explique très bien l’importance du « Chat » au sein du quartier du 14e arrondissement de Marseille : « On est quand même sur un personnage qui gérait des dizaines de millions d’euros. Le point de stup qu’il avait à la Paternelle rapportait presque 100 000 euros par jour. »
50 morts et une défaite pour le clan Yoda
En 2023, en Thaïlande, une altercation éclate entre lui et Abdelatif Mehdi Laribi, un membre haut placé de la DZ Mafia. S’ensuit une guerre de gangs sans précédent : une cinquantaine de personnes décèdent, dont 35 en lien direct avec cette rivalité. Cette guerre, durant laquelle le frère de Félix Binghi est décédé, a été perdue par le clan Yoda, le poussant à fuir la ville vers le Maroc puis Dubaï.
Malgré cette défaite et l’exil du chef, la drogue continue à circuler dans la cité de la Paternelle. À distance, Félix Binghi continue de diriger le clan. Il s’appuie sur plusieurs têtes, comme Mohamed Hussein Saleh, son bras droit. Pendant ce temps, il mène une vie fastueuse : maison à 2 millions d’euros à Dubaï, séjours dans des hôtels de luxe, achats dans des boutiques comme Louis Vuitton, etc.
La fin du jeu
Mais en 2024, il est interpellé et arrêté au Maroc. Il est extradé en France en janvier 2025 et son jugement, qui commence aujourd’hui, pourrait sonner la fin du jeu pendant une vingtaine d’années si la peine maximale est requise. Le risque, pour Rudy Mana : « c’est que la DZ Mafia veuille le mettre à mort avant qu’il ne soit jugé. »
Ce procès intervient un mois après la condamnation à 25 ans de prison d’un chef présumé de la DZ Mafia.