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David Rigoulet-Roze sur la rencontre Trump-Xi Jinping : "une ascendance chinoise commence à prendre forme"

Par Adélaïde Motte

ENTRETIEN SUD RADIO - Bras de fer entre Donald Trump et Xi Jinping : David Rigoulet-Roze, Chercheur IFAS (institut français d'analyse stratégique) et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques, était “L’invité politique” sur Sud Radio. 

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David Rigoulet-Roze, interviewé par Jacques Cardoze sur Sud Radio, le 15 mai 2026, dans “L’invité politique”.

Avec la rencontre Trump-Xi Jinping, "une ascendance chinoise commence à prendre forme" : au micro de Sud Radio, David Rigoulet-Roze a répondu aux questions de Jacques Cardoze.

"Il semblerait que Donald Trump ait demandé explicitement à Xi Jinping d’empêcher toute forme d’aide militaire et que ce dernier ait accepté"

Jacques Cardoze : Bonjour David Rigoulet-Roze. On analyse avec vous ce match Chine–États-Unis à l’occasion de cette visite du président américain à Pékin. Les discussions ont commencé et je vous pose la question très simplement : qui a obtenu le plus de résultats ? Commençons par le détroit d’Ormuz lié au prix du pétrole et à la problématique carburant qui intéresse directement nos auditeurs. Trump dit qu’il a obtenu une aide chinoise, sauf que dans le communiqué chinois, il n’est pas fait mention de cette aide. Alors, qui dit vrai ?

David Rigoulet-Roze : "Il y a des éléments de langage un peu confus parfois, d’autant plus que le président américain et Marco Rubio avaient dit qu’ils n’avaient pas besoin de l’aide chinoise. Pour autant, la fermeture du détroit est évidemment un problème majeur pour la Chine. Il y a d’ailleurs une déclaration officielle du porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères qui dit que la voie du détroit doit être réouverte conformément aux vœux de la communauté internationale. C’est quand même une critique implicite de la stratégie iranienne, qui a donné des gages à Pékin en laissant passer une trentaine de navires, dont des navires chinois."

On a quand même du mal à comprendre à quel jeu joue la Chine parce qu’elle ne s’engage pas à renoncer à son aide militaire à l’Iran. Dans quelle proportion la Chine aide-t-elle l’Iran ?

"Il semblerait que Donald Trump ait demandé explicitement à Xi Jinping d’empêcher toute forme d’aide militaire et que ce dernier ait accepté. Cela fait référence à un certain nombre de révélations sur des transferts de composants d’armement. Dans le détail, c’est très difficile à établir puisqu’il y a un déni de la part de la Chine. Mais il y a notamment un satellite vendu fin 2024 qui aurait permis aux Iraniens de faire un ciblage beaucoup plus précis sur les bases américaines du Golfe. Il y a aussi le transfert de perchlorate de sodium qui sert à alimenter le propergol, c’est-à-dire le carburant des missiles. Un bateau en provenance de Chine avait d’ailleurs été intercepté par la marine américaine. Il y a donc un certain nombre d’éléments qui vont dans ce sens."

"D’une certaine manière, c’est un G2 qui s’est tenu à Pékin"

On a le sentiment que l’Amérique a sa lecture d’un côté et la Chine de l’autre, notamment parce que cela n’apparaît pas dans les communiqués. Sont-ils réellement en train de se mettre d’accord sur le détroit d’Ormuz ?

"En tout cas, il y a de la part de Pékin le refus de valider la stratégie iranienne d’établissement d’un péage au niveau du détroit, même s’il y aurait un passage privilégié pour les navires chinois. Il faut rappeler que la Chine achète 90 % du pétrole iranien, ce qui a justifié des sanctions américaines récentes contre certaines raffineries chinoises qui raffinent ce pétrole. Pékin ne peut pas accepter cette stratégie parce que cela créerait un précédent et pourrait donner de mauvaises idées ailleurs, notamment au détroit de Malacca, essentiel pour son approvisionnement stratégique."

Donc il y a un semblant de rapprochement, mais les conditions ne semblent pas encore réunies.

"Oui, parce que ce sont deux géants économiques et géopolitiques. D’une certaine manière, c’est un G2 qui s’est tenu à Pékin. La Russie semble très en retrait dans cette reconfiguration mondiale. Et au sommet des revendications chinoises, il y a évidemment le dossier taïwanais."

Peut-on résumer le deal ainsi : « Les États-Unis ferment les yeux sur Taïwan et la Chine aide à régler le dossier iranien » ?

"C’est difficile de résumer les choses comme ça. Les Américains ne peuvent pas abandonner Taïwan, non pas seulement pour Taïwan lui-même, mais parce que cela remettrait en cause leur présence dans le Pacifique occidental. Ce que demande Pékin, ce serait plutôt que Washington s’oppose explicitement à l’indépendance taïwanaise, mais les États-Unis ne peuvent pas aller jusque-là."

"Il n’y a pas d’inégalité radicale entre les deux puissances"

Ce n’est pas très facile de lire Xi Jinping. Est-il habituel pour la diplomatie chinoise de ne rien annoncer pendant une visite d’État ?

"Avec les Chinois, tout est spectaculaire dans la forme, mais les questions de fond sont souvent traitées de manière discrète. On verra ce qui ressortira réellement de cette rencontre. Mais au-delà d’Ormuz et de Taïwan, il y avait aussi la question des terres rares, dont Donald Trump a besoin, notamment pour l’armement, ainsi que les tarifs douaniers et les sanctions qui touchent Pékin. Il n’y a pas d’inégalité radicale entre les deux puissances, mais un équilibre instable que chacun cherche à préserver en défendant ses intérêts."

Les bateaux chinois passent actuellement par le détroit d’Ormuz, contrairement aux tankers à destination de l’Europe. Est-ce un coup de pression de la Chine envers les États-Unis ?

"On voit bien qu’on est dans une logique transactionnelle, qui correspond au logiciel de Donald Trump. Les Européens ne sont pas dans une situation très favorable. Il y a notamment cette résolution à l’ONU soutenue par 112 pays en faveur d’une coalition pour la réouverture du détroit. Le véritable signal sera la position de la Chine lors du vote au Conseil de sécurité."

Donald Trump a-t-il signé des contrats durant cette visite ?

"Il a affirmé que des contrats importants avaient été signés. Mais il faut rappeler qu’il s’agit souvent de memorandums of understanding, des protocoles d’entente qui ne débouchent pas toujours sur des contrats finalisés. Il a été question notamment d’une commande de Boeing. Mais c’est dans le concret que l’on jugera la réussite ou non de cette visite."

Les deux puissances se sont aussi entendues pour légiférer sur l’intelligence artificielle afin d’éviter certaines dérives.

"Absolument. Il y a surtout du côté chinois une véritable prise de conscience des dangers liés à l’autonomisation des systèmes d’intelligence artificielle. Les Chinois craignent notamment qu’une IA générative puisse se passer de décision humaine, avec toutes les conséquences que cela implique sur le plan militaire, sanitaire ou sociétal. Ils disposent déjà d’outils extrêmement performants dans ce domaine."

Dernière question : entre Donald Trump et Xi Jinping, qui a été le plus malin selon vous ?

"L’enjeu est stratégique plus que psychologique. Ce qui est certain, c’est qu’il y a une ascendance chinoise qui prend forme. On retrouve ce qu’on appelle le piège de Thucydide : la première puissance mondiale craint d’être déclassée par son concurrent, même si les deux pays continuent d’affirmer qu’ils sont partenaires plutôt que rivaux."

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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