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Pénurie de plastique liée au blocage d’Ormuz : « Un hiver industriel peut s'abattre sur la France »

Par Elliott Léonard

ENTRETIEN SUD RADIO - Le blocage du détroit d’Ormuz, toujours en vigueur, pose de nombreux problèmes au niveau de l’approvisionnement en pétrole et en gaz dans le monde, et ce depuis deux mois. Mais, s’il touche les hydrocarbures, il affecte également leurs dérivés, comme le plastique. Joseph Tayefeh, secrétaire général de « The European Plastic Alliance Plastalliance », s’est exprimé au micro de Sud Radio.

Lionel BONAVENTURE - AFP/Archives

Si la crise au Moyen-Orient s’est déjà illustrée à plusieurs reprises, et de manière directe, dans le portefeuille des Français, elle pourrait devenir encore plus dramatique. La potentielle pénurie de plastique qu’engendrerait le blocage du détroit d’Ormuz aurait des conséquences plutôt embarrassantes : pénurie de matériel médical, de nourriture et 120 000 emplois menacés. Joseph Tayefeh, secrétaire général de « The European Plastic Alliance Plastalliance », décrypte la situation.

"Ce n'est pas lié à l'hantavirus mais vraiment à Ormuz"

Est-ce que l’on va manquer de matériel médical ?

Si on parle de matériel médical en plastique, si la crise à Ormuz continue, à un moment ou à un autre, on va manquer de certains produits médicaux. C'est déjà le cas actuellement dans différents pays du monde. Actuellement, il y a déjà des tensions sur les seringues, notamment en Corée. Les gens sont en train d'acheter des seringues pour les garder afin de les revendre au moment où elles deviendront beaucoup plus chères.

Il y a une angoisse de la population face à ces possibles pénuries. Au Royaume-Uni, il y a deux semaines, The Guardian indiquait que, fin mai, il n'y aurait plus de gants pour que les soignants puissent travailler. Donc effectivement, on peut arriver à une pénurie. Le danger est là. Ce n'est même pas lié à l'histoire de l'hantavirus ou à l'épidémie. C'est quelque chose qui est vraiment lié à Ormuz.

"Il risque d'y avoir une pénurie de produits"

Cette pénurie pourrait avoir une incidence sur la filière alimentaire, notamment sur les emballages, mais quelle est l’ampleur du phénomène ?

Dans un supermarché, s'il n'y avait pas de plastique, le rayon frais disparaîtrait quasiment. Parfois, même des emballages qui ressemblent à autre chose que du plastique comportent quand même une couche de plastique, d'une manière ou d'une autre. Si on arrive à une pénurie de plastique et de polymères, vous risquez d'avoir, au final, une pénurie de produits.

Certains produits ne peuvent pas être vendus sans emballage. Les prix ont également flambé pour d’autres types d'emballages, comme l'aluminium, par exemple. Il n'a jamais été aussi cher qu’aujourd'hui. L'acier également. Le papier-carton aussi : il faut du gaz pour sécher la pâte à papier, un gaz dont le prix a explosé. Il faut être très vigilant à ce sujet.

"Des entreprises qui vont être en danger"

Compte tenu des stocks actuels, combien de temps peut tenir la France ?

Si on parle, par exemple, du médical, il y a beaucoup de choses qui dépendent du gouvernement. On ne connaît toujours pas exactement les stocks de produits médicaux. Le gouvernement est en train de reconstituer, de calculer, de rassurer, d'évaluer. Et encore, il ne parle que des masques. Il ne parle pas des seringues, des cathéters, des poches de sang, etc.

Pour le reste, aujourd'hui, les entreprises n'ont pas de visibilité. C'est-à-dire qu'on les livre quand c'est possible. Et on les livre surtout à des tarifs deux fois, voire deux fois et demie, plus chers que ce qu'elles payaient avant. Si la crise continue, à un moment ou à un autre, il n'y aura pas assez de matière pour tout le monde. On va avoir des entreprises qui vont être en danger.

"Le chômage partiel a déjà commencé"

Y a-t-il vraiment un risque sur les emplois, une menace de chômage partiel ?

Le chômage partiel a déjà commencé. Il y a déjà des entreprises qui ont mis leurs salariés en congés. Suivant l'activité, suivant certaines gammes, c'est possible. Certaines ont dû arrêter une semaine. C'est un grand cri d'alarme parce qu'effectivement, on peut avoir une vraie hécatombe, un hiver industriel qui peut s'abattre sur la France et sur l’Europe.

Certains vont voir cette pénurie de plastique comme une bonne chose, notamment concernant la transition écologique. Qu’en pensez-vous ?

Tout à fait, sauf que ceux qui disent ça n'ont pas d'alternative. Et je précise que même pour ceux qui aiment le vrac, par exemple, les aliments en vrac ne se téléportent pas tout seuls dans les supermarchés. Ils sont également dans des emballages plastiques. Le vrac, c'est juste de l'emballage caché.

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