Présentée comme un retour à "l’exigence", cette réforme relance un débat ancien sur le niveau des élèves, le rôle de la maîtrise du français et le risque d’une sélection scolaire accrue.
Un durcissement assumé des règles de notation
À partir de la session 2026, les fautes d’orthographe et de syntaxe pèseront davantage dans la notation du brevet et du baccalauréat. Le ministère de l’Éducation nationale souhaite ainsi remettre la maîtrise de la langue au cœur des apprentissages et des examens. Concrètement, une copie jugée peu intelligible en raison d’un trop grand nombre de fautes pourra être pénalisée plus sévèrement, voire empêchée d’obtenir la moyenne dans certaines épreuves. Cette exigence ne concernera pas uniquement le français : toutes les disciplines sont appelées à valoriser une expression écrite claire et rigoureuse.
Le durcissement s’inscrit dans un ensemble plus large de réformes du bac 2026. L’accès au rattrapage devient plus strict, avec un seuil minimal fixé à 8/20, tandis que les "points de jury" accordés pour arrondir une moyenne seront désormais plafonnés. Pour l'Éducation nationale, il s’agit de restaurer la crédibilité du diplôme et de réaffirmer une culture de l’effort. Le ministère estime que la maîtrise du français reste essentielle dans les études supérieures comme dans la vie professionnelle.
"En sixième, - c'est une statistique du ministère, - 40% des enfants ne savent pratiquement pas lire. Or, ce n'est plus à ce moment-là que l'on apprend à lire. Le rapport des jeunes à la lecture vient du fait que pour eux, c'est un effort absolument incommensurable. Imaginez qu'on ne leur aurait pas appris à marcher, et qu'on leur demande de courir !", dénonce au micro de Sud Radio Jean-Paul Brighelli, enseignant. "Les observations des universitaires sont affolantes. Les étudiants ne savent pas non plus lire… et pensent que ça va leur tomber tout rôti. Et puis, à un certain moment, il y a un mur qui s'appelle 'un master spécialisé', qui, dans la vie réelle, s'appellera 'une embauche en CDI'. Et, ce mur-là, vous ne le franchirez pas si vous n'avez pas les bases", poursuit Jean-Paul Brighelli à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Valérie Expert.
Une inquiétude croissante sur le niveau des élèves
Cette réforme intervient dans un contexte de préoccupations récurrentes autour du niveau en orthographe des jeunes générations. Enseignants, universitaires et recruteurs alertent depuis plusieurs années sur la multiplication des fautes, y compris dans l’enseignement supérieur. Pour certains spécialistes, les difficultés ne concernent plus seulement l’orthographe lexicale, mais aussi la syntaxe et la construction même des phrases. Le problème touche alors directement la compréhension et la capacité à organiser sa pensée.
Le débat est d’autant plus vif que les outils numériques ont transformé les habitudes d’écriture. Les correcteurs automatiques et les échanges instantanés ont modifié le rapport à la langue écrite, parfois au détriment de la rigueur formelle. Certains défendent néanmoins l’idée que ces outils doivent être intégrés à l’apprentissage plutôt que rejetés.
Cela étant, Jean-Paul Brighelli, lui, tient à attirer notre attention sur le fait que même la technologie de transcription de la parole est loin d'être parfaite. "Je voudrais également alerter sur un phénomène évident : c'est que l'IA, dont on nous rebat les oreilles, ne comprend rien. Lorsqu'elle fait par exemple la traduction en temps réel de ce que l'on dit, ce qui est écrit ne correspond pas à ce qui a été dit, parce qu'elle fait ça phonétiquement. Elle travaille elle aussi en méthode globale. Elle n'a pas, contrairement à ce qu'on croit, une connaissance très généraliste. Si on se fie à ce que l'on voit sur les écrans… Je rappelle que les écrans, de plus en plus, se fichent pas mal que vous écrivez avec ou sans orthographe… Lorsqu'ils vous proposent des solutions, ils proposent des solutions parfois aberrantes. On a toujours intérêt à relire ses SMS parce que la machine fabrique autre chose. Il faut bien comprendre une chose : c'est que pour le moment, c'est une cause perdue", déplore Jean-Paul Brighelli sur Sud Radio.
Alors, que faire face à ce manque de compétences en orthographe ? "Je l'avais expliqué dans ce livre qui s'appelait L'École à deux vitesses, - ça accroît les différences entre classes sociale. Parce qu'il y a ceux qui, par leurs parents, par les cours particuliers, ont appris véritablement la langue, l'orthographe, des récitations etc…. et ceux qu'on a laissés se dépatouiller dans l'école publique du quartier. Si on veut rééquilibrer un petit peu les choses, il faut se montrer impitoyable. Mais pas au niveau du bac - au niveau du primaire !", conseille Jean-Paul Brighelli au micro de Sud Radio.
Et le pire, c'est que même les professeurs, pour beaucoup, ne maîtrisent pas l'orthographe. "Il y a 20 ans, on pouvait encore faire quelque chose. Actuellement, mon conseil aux parents, c'est : à chaque fois que vous trouvez une faute d'orthographe dans les carnets de liaison de vos enfants, soulignez-la, notez le carnet et renvoyez-le leur. Il faut absolument en quelque sorte reprendre les choses à la base. Et certes, il faut apprendre l'orthographe aux enfants. Mais il faut également vérifier que les enseignants la connaissent. Pour avoir fait, il y a une dizaine d'années, la dictée de Mérimée dans une salle des profs de mon lycée, j'ai constaté que personne, y compris parmi les profs de lettres, ne faisait moins d'une dizaine de fautes. Et les élèves de cette génération en faisaient à peu près 30 à 40. Actuellement, ce serait un festival, on ne comprendrait pas", raconte Jean-Paul Brighelli.
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