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Moyen-Orient : comment les rois du pétrole contournent le blocus d’Ormuz

Par Elliott Léonard

GROS PLAN SUD RADIO - Depuis plus de deux mois, un quart du pétrole mondial est bloqué dans le passage stratégique du détroit d'Ormuz. Pour trouver la parade, les pays exportateurs du Golfe persique - à l'image de l'Irak et de l'Arabie saoudite - utilisent routes et pipelines comme Plans B.

pétrole

Alors que le détroit d'Ormuz reste bloqué, l'Irak, elle, encaisse le choc de plein fouet. À 90 % dépendante du pétrole pour financer son État, le pays cherche fébrilement des routes de substitution par voie terrestre. L'Arabie saoudite, elle, mieux préparée, dispose d'un oléoduc traversant la péninsule jusqu'à la mer Rouge. Mais est-ce suffisant pour compenser ? Explications.

Une solution pour l'Irak

Depuis plus de quinze jours, des milliers de camions-citernes traversent en effet l'Irak pour rejoindre Baniyas, un terminal pétrolier syrien sur la côte méditerranéenne. Après une quinzaine de jours laborieux de voyage, ces camions irakiens livrent cet or noir vital pour l'économie de leur pays, afin qu'il soit exporté par voie maritime dans le but de limiter l'hémorragie de revenus liée au blocus d'Ormuz.

Un accord a été signé entre Bagdad et Damas mi-avril pour limiter les conséquences néfastes sur l'économie irakienne, moyennant un contrat avantageux pour le gouvernement syrien. Une partie du pétrole irakien est utilisée par Damas, sans réelles contreparties.

2 millions de barils contre 200

L'Irak produit 4 millions de barils par jour. En temps de paix, ceux-ci sont acheminés par voies maritimes, notamment grâce au détroit d'Ormuz. Les pétroliers qui transportent ces barils ont des capacités immenses, certains peuvent atteindre 2 millions de barils simultanément. Un camion-citerne ne peut en en transporter, lui, qu'environ 200. Il faut donc l'équivalent de 10 000 camions pour remplir un tanker. 

L'Irak a également repris les exportations de 250 000 barils par jour via l'oléoduc partant de Kirkouk jusqu'à Ceyhan, un port turc. Mais ces solutions combinées sont loin de compenser les volumes habituels. Pour l'Irak, il est tout simplement impossible de pallier intégralement le blocus d'Ormuz par une réponse terrestre. Mais à défaut de mieux...

L’Arabie Saoudite mieux préparée

L'Arabie saoudite est, elle, mieux préparée à ce genre de situation. Alors que la guerre Iran-Irak menaçait l'exportation de pétrole saoudienne, un oléoduc qui relie Abqaiq, un gisement pétrolier, au port de Yanbu, à l'extrême ouest du pays, sur la mer Rouge, avait été construit dans les années 1980.

Avant le début du conflit, cet oléoduc permettait le transport d'environ 2 millions de barils par jour. Mais le 10 mars, le PDG de Saudi Aramco, Amin Nasser, a annoncé que le pipeline pourrait désormais acheminer jusqu'à 7 millions de barils par jour, grâce à la conversion de lignes parallèles initialement dédiées au gaz naturel liquide. L'objectif étant, comme pour l'Irak, de compenser les pertes liées au blocus.

De multiples interrogations

Mais ce chiffre est contesté. Ces 7 millions de barils n'emprunteraient pas uniquement l'oléoduc principal : ils transiteraient également par ce deuxième pipeline, converti en urgence depuis son usage gazier, sans qu'aucun test préalable n'ait démontré qu'il peut assurer durablement de tels volumes de pétrole brut.

De surcroît, même si 7 millions de barils de pétrole étaient acheminés jusqu'à Yanbu, il semble que le port ne puisse en exporter que 4,5 millions par jour. La moyenne se situerait plutôt autour de 2 ou 3 millions.

Enfin, subsiste le problème des rebelles houthis yéménites - affiliés au régime des mollahs - qui pourraient s'attaquer aux navires exportateurs par le détroit de Bab el-Mandeb.

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