Elle a bercé des jeunesses entières et reste, quarante ans après ses débuts, une figure incontournable du patrimoine musical français. Jeanne Mas, l’interprète légendaire de « En rouge et noir », revient sur le devant de la scène avec une audace intacte. Entre la sortie de son nouvel album, sa philosophie de vie résiliente et ses combats personnels, la chanteuse s'est livrée sans fard, prouvant qu'elle n'est définitivement pas une artiste de la nostalgie.
« Je ne suis pas ni dans la répétition, ni dans la mélancolie »
L'actualité immédiate de Jeanne Mas, c'est donc la sortie de son album « En solitaire », un projet aux sonorités surprenantes, à la lisière de l'électro et du hip-hop. Pour cet opus, l'artiste a pris les commandes totales : auteur, compositeur, interprète et arrangeuse. « Je travaille assez seule depuis trois ans maintenant sur mon ordi », explique-t-elle au micro de Judith Beller sur Sud Radio, précisant qu'elle cherche avant tout « le rythme, le groove » avec des basses puissantes qui doivent « prendre au ventre ».
Loin de vouloir capitaliser sur ses succès passés, elle affirme avec force : « Faire du 80 comme j'ai bien fait dans les années 80, ça ne m'intéresse pas parce que je ne suis pas dans la répétition, ni dans la mélancolie ». Cette évolution est pour elle une nécessité vitale : « Je suis dans une évolution constante de moi, de ma musique et de la vie. La vie, elle évolue constamment et c'est ça qui est formidable ».
La solitude comme "indépendance totale"
Le titre de l'album, En solitaire, n'est pas un aveu de tristesse, mais une revendication. Pour Jeanne Mas, la solitude est un acte d'affirmation de soi. Elle la définit comme « une indépendance totale », ajoutant cette phrase forte : « Accepter d'être seul, c'est déjà être libre ».
Cette indépendance se retrouve dans ses textes, parfois sombres, comme dans le titre « Par reviens », qui traite de la mécanique destructrice au sein du couple et de la souffrance des femmes. Bien qu'elle précise que ces thèmes ne sont pas autobiographiques (« Il n'y a personne qui me maltraite »), elle estime crucial de « parler des autres dans ses chansons ».
🎤 Jeanne Mas, auteure, compositrice et interprète au micro de @judith_beller dans #CestExcellent à l'occasion de la sortie de son nouvel album : "En Solitaire"
— Sud Radio (@SudRadio) May 3, 2026
🗣️ “Avant on était dans la création totale… aujourd’hui on récupère ou on copie un peu”
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« Génération Love » : La nostalgie d'une amitié perdue
Si elle refuse de vivre dans le passé, Jeanne Mas garde une affection profonde pour sa génération, qu'elle chante dans le titre « Génération Love ». Elle évoque avec émotion l'époque des Berger, Balavoine, France Gall, Gainsbourg ou Hallyday. « C'était cette passion pour son métier, cette amitié qu'il y avait entre tous les artistes et cet amour du public », se remémore-t-elle.
Elle pose un regard lucide, quoique teinté de regret, sur la nouvelle scène musicale : « Je les sens très solitaires à leur façon (...) elles sont constamment en compétition. Nous, on n'était pas dans la compétition, on était dans le soutien les uns des autres. C'était une coopération et c'est ce que moi j'appelle le love ».
L'hommage vibrant à Daniel Balavoine
L'un des moments les plus intenses de l'entretien fut l'évocation de son ami Daniel Balavoine, disparu en 1986. Jeanne Mas propose sur son album une reprise de « Tous les cris les SOS », un « hommage intime » à celui qui l'a tant marquée. « Il est omniprésent dans ma vie (...) À chaque fois que je compose, je sens ses vibrations », confie-t-elle avec pudeur.
Elle souligne l'actualité brûlante des textes de Balavoine : « Je trouve cette chanson extrêmement actuelle. On regarde l'état du monde et je me dis : waouh, il avait déjà vu ça ». Elle déplore un monde où l'on communique partout mais où l'on n'écoute plus : « On est arrivés à s'oublier les uns les autres. Redevenons humains parce qu'il n'y a rien de mieux et de plus sain que de pouvoir converser avec un vivant ».
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🗣️ “Never give up. Ce qui ne me tue pas me rend plus fort. Quand on me fait du mal je rebondis dans le positif”
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« Ce qui ne me tue pas me rend plus forte »
Interrogée sur sa capacité à transformer ses failles en énergie, Jeanne Mas cite Nietzsche : « Ce qui ne me tue pas me rend plus forte. Quand on me fait du mal, je rebondis tout le temps. Mais je rebondis dans le positif ». Elle prône une vie sans vengeance, tournée vers la générosité et l'ouverture aux autres.
Ses engagements personnels sont tout aussi tranchés. Végane depuis 40 ans, elle exprime sa sensibilité à la souffrance animale : « À partir du moment où on pourrait commencer à ne plus faire souffrir les animaux... après voilà, c'est chacun ses valeurs ». Elle se montre également très vigilante sur la santé et l'alimentation, saluant les initiatives visant à réduire la toxicité des produits, notamment les métaux lourds dans le chocolat.
"Je reste authentique"
À l'approche de ses concerts à la Cigale à Paris le 19 septembre prochain, Jeanne Mas assume tout : son passé, ses contradictions et ses choix radicaux. Son plus grand défi ? « Être indépendante, être libre et dire j'existe et je fais mes propres choix avec mes propres valeurs ».
Qu'elle parle de spiritualité, de véganisme ou de musique électro, elle le fait désormais « sans honte et sans avoir peur de décevoir », car, conclut-elle, « la déception, elle est inévitable mais au moins je reste authentique ». Un message de liberté totale de la part d'une artiste qui n'a jamais fini de nous surprendre.