Les agriculteurs manquent d'eau. L'examen de loi d'urgence agricole a donné lieu à des échanges tendus la semaine dernière à l'Assemblée nationale au sujet de l'exploitation des eaux. La FNSEA et la Coordination rurale mènent une lutte acharnée auprès des parlementaires pour les convaincre notamment de simplifier la création de retenues d'eau et anticiper les conséquences du dérèglement climatique. L'ancien vice-président de la FNSEA, Luc Smessaert, était l'invité de Périco Légasse dans la France dans tous ses états. Morceaux choisis.
"On a une vraie sécheresse de surface"
Luc Smessaert :" On a eu quelques millimètres ce week-end mais on est quand même très très sec. C'est un comble puisqu'on avait pris 300-400 millimètres janvier-février et là il est tombé 8 à 20 millimètres depuis deux jours. Alors là en ce moment on a ce qu'on appelle une sécheresse superficielle. La nappe chez nous elle se trouve à 60 mètres de profondeur donc il faut à peu près 15 à 20 ans que la goutte d'eau avant qu'elle arrive à la nappe. Donc jusqu'à ce qu'elle descende 3 mètres par an. Si ce n'est que oui en ce moment on n'a pas de problème au niveau des nappes phréatiques. Par contre on a une vraie sécheresse de surface"
"Il y a un changement climatique, c'est évident"
"Le changement climatique fait qu'on va avoir les mêmes quantités d'eau sur une année mais avec des intensités et à des périodes complètement différentes de ce qu'on avait connu par le passé. C'est évident. Il y a un changement climatique, c'est un bouleversement, il y a des températures... On a eu les premiers épis fin avril. Donc on a à peu près 3 à 4 semaines d'avance par rapport à la normale. Ce qui veut dire que nos moissons on va les faire à partir du 20-25 juin et au 14 juillet on aura terminé"
"Quand on dit à certains députés qu'on a besoin de textes, il ne se passe rien"
"C'est incroyable mais tout ça c'est une réalité et donc il faut s'adapter. Mais à un moment donné on va avoir besoin de pouvoir stocker cette eau et de pouvoir l'utiliser parce que sans eau il n'y aura jamais d'agriculture. Certains députés sont complètement hors sol. La semaine dernière on a eu l'impression que c'était lunaire. Ces mêmes députés qui nous disent quand il y avait trop d'eau sur la Gironde, qu'il faut la stocker. Mais quand on leur dit qu'on a besoin de textes, il ne se passe rien"
"Ces gens là sont complètement déconnectés"
"Je crois que dans la mesure du possible, on doit faire des retenues colinéaires, c'est-à-dire qu'on a assez de vallées en France. Par contre, quand on n'a pas de chance, quand on est sur des terrains plats, quand on est dans les Deux-Sèvres, oui il faut faire des grandes retenues superficielles. Notre demande, c'était de pouvoir faire ce stockage sur moins d'un hectare de zone humide. Forcément, on va mettre l'eau dans une zone humide. Mais ces gens-là, je crois qu'ils n'ont jamais vu une vallée, ils n'ont jamais vu une montagne. Ils sont complètement déconnectés"
"La gangrène est en train de gagner l'ensemble de l'Assemblée"
"La gangrène est en train de gagner l'ensemble de l'Assemblée puisque la semaine dernière, des députés ont refusé les avancées sur le stockage de l'eau. Ils ont refusé, par exemple, de sortir des captages d'eau, il y a un vrai enjeu de qualité d'eau. On ne peut pas mettre un programme de restriction si ce produit, je ne l'utilise plus. On avait demandé ça quand on a rencontré les députés. Ils ont tous dit, oui, c'est du bon sens. Mais à l'arrivée, quand on a un texte à l'Assemblée, ils font l'inverse et puis ils nous disent, on va continuer à vous mettre des contraintes sur ces produits qu'on n'utilise plus aujourd'hui"
"Je crois qu'il va falloir qu'un jour, ces gens-là aillent faire des stages une semaine sur nos territoires et ils vont peut-être voir que l'on n'est pas déconnectés. On est juste des gens avec la volonté de travailler"
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