En parallèle, le gouvernement amorce la sortie progressive du chauffage au gaz dans les logements, une transition énergétique qui soulève de nombreuses interrogations, entre contraintes techniques, coût des travaux et risque d’inégalités.
Prix du gaz : une hausse différée mais bien réelle
À première vue, la question du gaz peut sembler secondaire en ce printemps. Les chaudières sont à l’arrêt dans la plupart des logements, et la consommation est au plus bas. Pourtant, c’est bien maintenant que se dessine la facture de demain.
"Pour le mois de mai, la hausse est de 15%, elle va se traduire par une hausse en moyenne de 6 euros sur les factures. Donc, ça reste quand même limité. Mais il ne faut pas oublier qu'actuellement, les ménages ne se chauffent pas. On est dans une période plutôt estivale, donc les niveaux de consommation sont relativement faibles. Après, on a tout à s'inquiéter de comment ça va se passer à l'automne, quand les ménages vont rallumer leur chauffage de gaz. Et bien, ce ne sera plus 6 euros mais certainement beaucoup plus", explique au micro de Sud Radio Clarisse Berger, chargée de mission Energie et Logement à "Que Choisir Ensemble", le nouveau nom de l'UFC-Que Choisir.
Faire jouer la concurrence pour limiter la facture
Dans ce contexte, les consommateurs disposent néanmoins de marges de manœuvre. Le marché du gaz étant ouvert à la concurrence, il est possible de changer de fournisseur relativement facilement. Comparer les offres devient un réflexe essentiel. De nombreux outils en ligne permettent d’identifier les contrats les plus avantageux en fonction de son profil de consommation. Ces comparateurs peuvent révéler des écarts significatifs entre fournisseurs, tant sur les tarifs que sur les conditions contractuelles. Cette mise en concurrence est d’autant plus importante que les offres évoluent rapidement, notamment avec la disparition progressive des tarifs réglementés. Les consommateurs les plus attentifs peuvent ainsi amortir en partie les hausses à venir.
"On invite les ménages à s'informer et à toujours faire jouer la concurrence. On le rappelle : c'est gratuit de changer de fournisseur d'énergie. Donc, on les invite à comparer les différentes offres. Il y a des comparateurs qui existent en ligne, qui sont gratuits et indépendants : il y a celui de Que Choisir Ensemble, mais aussi celui du Médiateur national de l'énergie", appelle Clarisse Berger à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Une sortie du gaz encore semée d’obstacles
Au-delà de la question des prix, c’est toute la place du gaz dans le logement qui est remise en cause. Les pouvoirs publics ont engagé une stratégie visant à réduire progressivement son utilisation, notamment dans le chauffage résidentiel. Cependant, cette transition se heurte à des réalités techniques. Dans de nombreux immeubles collectifs, notamment anciens, remplacer une chaudière à gaz par une alternative comme une pompe à chaleur peut s’avérer complexe, voire impossible sans travaux lourds.
"C'est vraiment des choix politiques d'optimisation. Après, il faut savoir que ça coûte cher de déraccorder des tronçons de gaz. C'est pour ça que pour l'instant, il y a eu un choix de maintien des infrastructures. Mais le problème, c'est que les infrastructures et leur entretien coûtent cher. Et nous, on dit : 'ça devient un peu incohérent de les maintenir, sachant qu'on souhaite quand même des mouvements massifs, des basculements massifs des ménages au gaz vers l'électrique'", commente Clarisse Berger.
L’isolation, clé d’une transition réussie
Dans ce contexte, la question ne se limite pas au remplacement des équipements. "Il faut changer notre système de chauffage, et c'est comme ça qu'on va pouvoir réaliser des économies. Nous, on dit : attention, si on veut véritablement réaliser des économies d'énergie et amortir les travaux qu'on va engager pour pouvoir changer de source d'énergie, il faut isoler avant, il faut d'abord travailler sur la performance du logement avant de changer son système de chauffage. Sinon, on ne va pas pouvoir maximiser les économies. Installer une pompe à chaleur dans un logement classé F ou G, c'est un non-sens, et ça ne va pas permettre aux ménages de véritablement amortir le coût de l'équipement et diminuer ses factures", rappelle Clarisse Berger au micro de Sud Radio.
La transition hors du gaz pose enfin une question sociale majeure. Tous les ménages ne disposent pas des mêmes capacités financières ni des mêmes possibilités techniques pour adapter leur logement. Sans planification claire et accompagnement renforcé, certains pourraient se retrouver piégés : contraints de continuer à utiliser une énergie de plus en plus coûteuse, sans possibilité de basculer vers une alternative.
Entre hausse des prix à court terme et transformation structurelle du chauffage à long terme, le gaz cristallise ainsi les défis de la transition énergétique. Une équation complexe, où se mêlent impératifs climatiques, contraintes techniques et enjeux de pouvoir d’achat.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.