Lynchage d'un chauffeur à Bayonne: une bagarre qui aurait dégénéré, selon les avocats du principal suspect

Bien au-delà de Bayonne, l’épisode dramatique avait choqué la France entière début juillet: près de deux mois après la mort Philippe Monguillot, le chauffeur de tram-bus roué de coups après une altercation, son meurtrier présumé va être entendu ce mardi . La juge d'instruction va l'auditionner sur le fond du dossier, pour la première fois… Deux mois après les faits, la défense entend mettre en avant de nouveaux éléments.

Des chauffeurs de bus de Bayonne rendent hommage à leur collègue après ses obsèques en juillet. (GAIZKA IROZ / AFP)

D'après les avocats du principal suspect, c’est une version tronquée qui serait sortie sur la place publique dans l’émotion suite aux faits: plutôt qu'un lynchage, la défense évoque une bagarre qui aurait dégénéré. Affirmation sur la foi de la vidéo-surveillance du réseau de transports bayonnais. Selon Maitre Cloé Irigoin-Carricaburu, c'est la victime - le chauffeur - qui aurait porté le premier coup:

 

Le chauffeur "lui a porté un coup de tête au visage, qui a été extrêmement violent. On le voit sur la vidéo, notre client recule, et atterrit contre la paroi du tram-bus. Et de là, mon client est sorti manu-militari par le chauffeur de tram-bus, et la bagarre continue entre les deux à l'extérieur. Un coup sera porté par mon client au visage, et qui a été fatal à M. Monguillot malheureusement" - Me Cloé Irigoin-Carricaburu, avocate du principal suspect (jointe par Mathilde Jullien)

Pourquoi ne révéler cela qu'ajourd'hui? "A l'époque, j'avais déjà les éléments dans le dossier mais c'était le moment de l'émoi, de la douleur de la famille: même si on avait parlé à ce moment là, on n'aurait pas été entendus, pas compris. Aujourd'hui, je pense que la personne qu'on défend a le droit à la parole... Sans toutefois justifier ce drame !", plaide l'avocate du suspect de 22 ans, mis en examen pour homicide volontaire. La défense espère obtenir une requalification en "coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner".  Deux autres protagonistes ont été mis en examen et écroués pour "non-assistance à personne en danger". Les avocats de la défense estiment que le parquet de Bayonne a "fait l'impasse" sur ces images, "versées au dossier depuis le 6 juillet". Ils ont demandé à la juge d'avoir "accès à l'intégralité des images".

 

Réaction de la famille? "un alibi invraisemblable, pour justifier ce déferlement de haine"

Interrogé par l'AFP, Me Alexandre Novion, l'avocat de l'épouse et des trois filles du chauffeur, a estimé que ces "gens incapables de présenter la moindre compassion" sont "à la recherche de l'alibi le plus invraisemblable pour justifier leur déferlement de haine". "On a donc un système de défense qui consiste à dire que c'est la victime qui l'a bien cherché", a-t-il ajouté en précisant qu'il n'avait "pas eu accès à ces images".

Le 5 juillet, Philippe Monguillot, 59 ans, qui voulait contrôler le ticket d'un passager et exigeait le port du masque pour trois autres, avait été roué de coups et grièvement blessé à la tête. En état de mort cérébrale, il était décédé cinq jours plus tard. Cet épisode dramatique avait ému Bayonne, où une marche blanche avait réuni plus de 6000 personnes.