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Pourquoi les rayons d’œufs continuent de se vider en France

DECRYPTAGE SUD RADIO - Depuis plusieurs semaines, des consommateurs constatent des rayons d’œufs partiellement ou totalement vides dans de nombreuses grandes surfaces françaises. Malgré l'alerte, les étals peinent à se remplir. Explications.

Pourquoi les rayons d’œufs se vident en France ?

Les jours passent et les rayons peinent toujours autant à se remplir. Derrière ces ruptures de stock plus que jamais visibles sur les étals, plusieurs facteurs s’entremêlent : une consommation en forte hausse, des difficultés pour augmenter la production et des perturbations liées aux conditions climatiques et sanitaires.

"Cela fait neuf mois qu'on a des tensions sur ce rayon"

La France, première productrice d’œufs d’Europe, fait face à une pression inédite sur ses approvisionnements : malgré des volumes importants produits chaque année, les livraisons peinent à satisfaire une demande qui ne cesse de croître depuis plusieurs saisons. Dans les grandes surfaces, les ruptures de stock sont de plus en plus fréquentes, avec des ruptures observées jusqu’à 15% dans certains hypermarchés et des rayons parfois quasi déserts. "Cela fait neuf mois qu'on a des tensions sur ce rayon. On n'est pas en pénurie parce tous les jours, les rayons sont rechargés. Mais on a une dynamique de consommation qui est excellente, pour nous c'est très positif que le consommateur français fasse confiance aux oeufs français" commente Yves-Marie Beaudet, président du Comité national pour la promotion de l'oeuf (CNPO), au micro de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

En effet, ce produit est devenu, dans un contexte économique marqué par l’inflation et la hausse des prix de la viande, une source de protéines à la fois bon marché et versatile en cuisine. Une tendance de fond qui s’est accentuée depuis 2024 et se prolonge en 2026, contribuant à ce que l’offre peine à suivre.

"Cela va trop vite pour nous ! C'est difficile à suivre"

Dans le même temps, la capacité de production est sous tension. Les filières d’élevage ont été durablement touchées par les épidémies de grippe aviaire qui ont sévèrement touché les élevages européens entre 2022 et 2023, réduisant le cheptel de poules pondeuses et ralentissant la croissance de nouveaux bâtiments ; des effets dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. "Cela va trop vite pour nous. […] C'est difficile à suivre. Quand on veut créer de nouveaux bâtiments en France, avec les délais administratifs…" confirme Yves-Marie Beaudet.

Par ailleurs, une réglementation plus stricte sur les modes d’élevage, notamment la transition vers des systèmes sans cages, limitent temporairement la montée en puissance de la production, demandant des investissements et du temps pour construire de nouveaux poulaillers conformes. "Des associations environnementales font des recours contre nos projets. On a quelques associations qui s'opposent de façon systématique, quelquefois pour démotiver le porteur de projet, même s'ils savent que le dossier est bien construit. Ces porteurs de projets respectent toutes les normes en termes de bien-être animal, les normes environnementales et sociales. Mais c'est comme ça en France !", déplore Yves-Marie Beaudet au micro de Sud Radio.

"En France en 2025, on est tombés à 95% d'autonomie en œufs. Il nous manque donc 5%"

S'y ajoutent des facteurs conjoncturels : des intempéries hivernales récentes ont perturbé le transport et la logistique, retardant les livraisons vers les points de vente ; et des cas de grippe aviaire ont localement restreint les disponibilités d’œufs.

Une autre dimension sensible est la question des approvisionnements extérieurs : face à la tension sur le marché, des œufs importés de certains pays — parfois critiqués pour ne pas respecter les mêmes normes sanitaires ou de bien-être animal que celles en vigueur dans l’Union européenne — ont été proposés dans quelques enseignes, suscitant débats et inquiétudes autour de la qualité et de la traçabilité. "En France, en 2025, on est tombés à 95% d'autonomie en œufs. Donc il nous manque 5%. On va tout faire en sorte de les récupérer dans les prochains semestres pour revenir à 100%. Dans les magasins, il y a très peu de chances de trouver des œufs espagnols, polonais ou ukrainiens. La grande distribution française est très vigilante à la qualité des œufs. Par contre, on peut en trouver dans les ovoproduits qui sont pasteurisés", a fait savoir Yves-Marie Beaudet sur Sud Radio.

"En Europe, on a des seuils d'exploitation à 60.000 poules pondeuses. En France, on est à 40.000

"En Europe, on a des seuils d'exploitation à 60.000 poules pondeuses. En France, on est à 40.000. On est donc en surtransposition par rapport à ce seuil. On demande à la ministre de remonter au seuil européen, ce qui permet aux Espagnols, aux Italiens, aux Allemands de construire des bâtiments plus facilement que nous. Rien que ce point-là, ça doit être obtenu", poursuit Yves-Marie Beaudet.

Malgré ces difficultés, les acteurs de la filière évoquent plutôt une situation de marché sous pression que de pénurie totale, soulignant que les livraisons continuent — même si elles sont parfois irrégulières — et que la production reste importante. Les projections tablent sur un retour progressif à un approvisionnement plus stable dans les mois à venir, à mesure que les fluctuations de la demande se stabilisent et que de nouvelles capacités de production entrent en service.

En attendant, les consommateurs sont invités à diversifier leurs sources d’approvisionnement — marchés locaux, circuits courts ou producteurs directs — pour contourner les ruptures ponctuelles en grande distribution.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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