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Sandrine Rousseau : "Ce n'est pas par les bombes qu'on libère les femmes"

Par La rédaction

INTERVIEW SUD RADIO - Guerre au Moyen-Orient, journée du 8 mars, municipales : Sandrine Rousseau, députée écologiste de Paris, était “L’invitée politique” sur Sud Radio.

Sandrine Rousseau
Sandrine Rousseau, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 9 mars 2026, dans “L’invité politique”.

Guerre en Iran, position de la France, droit international, place du voile dans le débat public, consultation des partis par Sébastien Lecornu, rôle de l’Assemblée nationale, collectif Némésis, relations avec La France Insoumise (LFI), municipales et union de la gauche. Au micro de Sud Radio, Sandrine Rousseau a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"Ce n’est pas par les bombes qu’on libère les femmes"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Au 10ème jour de guerre en Iran, les appels d’Emmanuel Macron à la désescalade restent-ils lettre morte ?
Sandrine Rousseau : “Je pense que cela met en scène une forme d’impuissance de la France. Dire qu’il faut de la désescalade ne suffit pas. Emmanuel Macron devrait faire comme l’Espagne : interdire le ravitaillement sur les bases françaises, ne pas engager les moyens français dans cette guerre et tenir un discours de fermeté vis-à-vis de Donald Trump.”

Le déplacement du chef de l’État à Chypre et ses appels aux dirigeants concernés ne servent donc à rien ?
“C’est ce qu’il fait dans chaque conflit, il appelle. Mais à un moment, c’est une question de rapport de force. Et en l’occurrence, la France ne l’a pas construit.”

Le régime iranien est accusé de violences massives. Cette guerre peut-elle malgré tout contribuer à faire tomber une théocratie ?
“Évidemment que le régime iranien est une théocratie patriarcale qui maltraite les femmes. Mais on ne libère jamais un pays par les bombes. L’Afghanistan ou la Libye devraient nous le rappeler. Les femmes ne sont jamais libérées quand il y a des bombes dans le ciel.”

Donald Trump exige une reddition sans condition de l’Iran. A-t-il tort ?
“On ne sait même pas quels sont les buts de guerre de Donald Trump, ni ceux de Benyamin Netanyahou. Tant qu’on ne connaît pas le but de guerre, on ne connaît ni les objectifs ni la fin possible du conflit. On bombarde, y compris le sud du Liban, et on frappe des populations civiles. On n’obtient pas la libération des peuples comme ça.”

"L’exemple espagnol sauve l’honneur de l’Europe"

Vous jugez donc la position française insuffisante ?
“Oui. Aujourd’hui, en Europe, l’exemple espagnol est celui qui sauve l’honneur de l’Europe. La France, elle, manifeste une forme d’impuissance.”

Vous estimez aussi que le droit international est désormais piétiné ?
“Tout cela se fait en dehors du droit international. Il allait déjà mal, il est en partie mort à Gaza et là il est définitivement enterré. Cela aura des conséquences extrêmement graves.”

Sébastien Lecornu consulte les partis politiques sur cette séquence. Est-ce suffisant ?
“Je ne sais pas très bien ce que cela veut dire en démocratie. Les vraies instances démocratiques, ce sont l’Assemblée nationale et le Sénat. Or, ni l’un ni l’autre n’ont été consultés sur la politique française dans cette zone.”

Faut-il un débat à l’Assemblée nationale ?
“Bien sûr. L’Assemblée nationale sert à quelque chose dans ce pays. Elle n’a pas été consultée dans cette séquence et cela me semble absolument incroyable.”

Souhaitez-vous aussi un vote ?
“Au moins un débat et un vote sur la stratégie française dans cette zone. Par exemple, nous devrions voter l’interdiction de l’utilisation de nos bases par les États-Unis.”

Vous aviez aussi suscité la polémique sur le voile. Maintenez-vous vos propos ?
“J’avais dit que certaines femmes peuvent porter le voile pour différentes raisons, y compris en lien avec des codes de beauté. Mais je n’ai jamais dit que cela libérait. Toutes les religions monothéistes sont patriarcales et cherchent à contrôler le corps des femmes. Mais ce n’est pas en stigmatisant les femmes qu’on les libère.”

"LFI n’est pas devenue infréquentable"

À l’approche des municipales, La France Insoumise est-elle devenue infréquentable ?
“Non, je ne pense pas que LFI soit devenue infréquentable. En revanche, on se serait bien passé de certains épisodes récents. On ne joue pas avec les noms juifs d’aucune manière, parce que cela réveille des réflexes antisémites dans la société.”

Malgré cela, vous continuez à plaider pour l’union de la gauche ?
“Oui. J’appelle la gauche à faire l’union entre les deux tours pour gagner des villes. Dans la fascisation de notre pays et la montée de l’extrême droite, il est très important que les villes soient des remparts.”

Le Parti socialiste accuse Jean-Luc Mélenchon et les siens de chercher la conflictualisation permanente. Que répondez-vous ?
“La conflictualisation de la politique française n’est pas liée à des prises de parole. Elle est liée au fait que des associations, des lieux militants ou des centres du Planning familial ont été attaqués, notamment par l’extrême droite. Ce sont ces attaques-là qui mettent en danger les personnes.”

Un plan attribué à Manuel Bompard viserait à attirer une partie des écologistes vers LFI. Y croyez-vous ?
“Qu’il y ait des stratégies politiques, évidemment. LFI cherche à attirer des écologistes, ce n’est pas un secret. Le Parti socialiste cherche aussi à en attirer d’autres. C’est la vie politique.”

"Je suis écologiste, j’aime profondément ce parti"

Vous êtes en désaccord avec certaines positions de Marine Tondelier ?
“Je ne partage pas plusieurs de ses prises de position, cela ne fait pas de secret.”

Vous êtes souvent présentée comme plus proche de LFI que de votre propre parti. Est-ce exact ?
“Non. Moi, je suis écologiste, j’aime profondément ce parti. Mais je pense que nous vivons un moment de bascule historique grave et que, dans ces moments-là, il faut tenir nos valeurs haut et fort.”

Pourquoi revenir aussi sur la manière dont votre parti a traité certains témoignages de violences sexuelles ?
“Parce qu’un témoignage de viol mis sous le tapis dans un parti qui se dit féministe est un scandale absolu. Le viol est un crime. Quand un parti prétend défendre le féminisme, il doit avoir des valeurs à la hauteur. Là, elles ont été foulées au pied.”

Votre livre, “Tu nuis à la cause”, s’inscrit dans cette même logique ?
“Oui. Je pars de cette accusation que beaucoup entendent dès lors qu’ils tiennent des positions progressistes : “tu nuis à la cause”. J’ai voulu la prendre au pied de la lettre et la décortiquer.”

Les Écologistes, est-ce fini pour vous ?
“Non, je ne pense pas que l’écologie soit finie. Je continuerai à défendre l’union de la gauche pour gagner et pour organiser une résistance à la montée de l’extrême droite, au masculinisme, au racisme et à l’antisémitisme.”

"Il n’y a pas de sororité avec Némésis"

Vous avez participé à la marche de la Journée internationale des droits des femmes. Souhaitez-vous la dissolution de Némésis ?
“Je pense que la dissolution ne résout pas grand-chose, mais oui, je soutiendrai toute proposition en ce sens. Même si je ne crois pas que ce soit la solution à tout, parce que ces groupes se reforment souvent ailleurs.”

Pourquoi dites-vous que Némésis n’est pas un collectif féministe ?
“Parce que Némésis n’est pas un collectif féministe. Ce sont des identitaires entourés de gros bras qui viennent perturber des manifestations de gauche, faire des images et mettre d’autres personnes en danger.”

Peut-il exister une sororité entre féministes de droite et féministes de gauche ?
“Là, non. Il n’y a pas de sororité avec Némésis. Quand on arrive dans une manifestation entouré d’hommes qui ne cherchent qu’à en découdre, ce n’est pas du féminisme.”

Pourquoi refuser de répondre à CNews ou à Frontières ?
“Parce que je parle à tout le monde au micro de Sud Radio par exemple. En revanche, CNews ou Frontières mènent une bataille culturelle. Je ne rentrerai pas là-dedans.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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