Si l’augmentation reste pour l’instant limitée, elle illustre la forte sensibilité du marché des carburants aux tensions géopolitiques.
Une hausse rapide mais encore limitée
Depuis le début du conflit, les prix des carburants repartent à la hausse dans l’Hexagone. Dans certaines stations-service, le gazole et l’essence ont déjà augmenté de plusieurs centimes. Selon les premières estimations, les tarifs pourraient progresser d’environ 4 à 5 centimes par litre dans les prochains jours. Cette augmentation reste modérée pour l’instant. Elle correspond à la réaction immédiate du marché pétrolier face à l’incertitude provoquée par la guerre. Les tensions dans la région du Golfe persique font craindre des perturbations sur les routes d’approvisionnement en pétrole, notamment autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part majeure du pétrole mondial.
"Les stocks stratégiques des différents grands pays sont de l'ordre de 90 jours. Donc, ça veut dire que sur les trois mois à venir, il n'y a pas trop d'inquiétude à avoir. Cela étant, au-delà, le monde ne peut bien sûr pas s'accommoder d'une rupture de quand même 20% de la production mondiale, puisqu'il y a à peu près 20% qui passent par le détroit d'Ormuz, et on n'a pas trop de possibilités pour les évacuer ailleurs. Vous avez l'Irak, le Koweït, l'Arabie saoudite, les Émirats et l'Iran, bien sûr, qui exportent la majorité de leur production par le détroit d'Ormuz", commente au micro de Sud Radio Philippe Charlez, expert en questions énergétiques.
Sur les marchés internationaux, le prix du brut a bondi rapidement après l’éclatement du conflit. Cette hausse se répercute progressivement sur les prix des carburants en Europe, même si le décalage entre le prix du baril et celui affiché dans les stations-service n'est pas immédiat.
"L'effet du prix du baril sur l'essence, il y a un délai de 15-30 jours. Mais on avait déjà eu une augmentation depuis le début de l'année, puisque on était passés de 60 dollars le baril au début de l'année, même à 72 dollars pendant la crise vénézuélienne. Cela fait 20% d'augmentation. Cela veut dire que les marchés avaient quand même déjà anticipé un peu la crise iranienne", poursuit Philippe Charlez à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Des écarts selon les régions et les stations
Tous les automobilistes ne sont pas touchés de la même manière. Les prix peuvent varier fortement selon l’emplacement des stations-service. Sur autoroute, les tarifs peuvent être jusqu’à 10 centimes plus élevés par litre que dans certaines stations de grande distribution. Des différences régionales existent également : dans certaines zones urbaines, notamment en région parisienne, les prix sont généralement plus élevés que dans d’autres régions.
Depuis le début de la crise, la hausse a aussi provoqué un phénomène d’anticipation chez certains conducteurs. Les ventes de carburant ont fortement augmenté dans plusieurs réseaux de distribution, avec parfois jusqu’à 50% de clients supplémentaires en quelques jours dans certaines stations. Cette ruée vers les stations-service peut accentuer ponctuellement les tensions locales, voire provoquer des ruptures temporaires de stock, même si l’approvisionnement global du pays reste assuré.
Une évolution dépendante du conflit
Pour l’instant, les autorités et les acteurs du secteur estiment que la hausse devrait rester limitée à quelques centimes à court terme. La situation pourrait toutefois évoluer rapidement si le conflit se prolonge ou s’intensifie. Le marché pétrolier réagit particulièrement aux menaces sur les infrastructures énergétiques ou sur les routes maritimes stratégiques. Si ces perturbations s’aggravaient, le prix du baril pourrait grimper davantage et entraîner une augmentation plus marquée des carburants. Certains scénarios évoquent déjà la possibilité d’une hausse pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimes par litre si les prix du pétrole franchissent durablement certains seuils.
"Il y a quand même un point qui est plutôt positif pour nous, c'est le change euro-dollar à l'heure actuelle, puisqu'on a un euro qui est à peu près à 1,15", relativise Philippe Charlez au micro de Sud Radio. "Donc comme, on achète le baril en dollars, c'est quand même plutôt un effet positif. Dans les années 2014-2015, le baril était très haut. En 2017, il avait bien baissé puisqu'on a eu un espèce de mini-contre-choc. À l'époque, on a eu un euro qui était jusqu'à 1,60."
Pour les automobilistes français, l’évolution des prix à la pompe dépendra donc largement de l’évolution de la situation géopolitique. Tant que le conflit restera incertain, les carburants devraient rester sous pression, avec des hausses progressives mais potentiellement durables.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.