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Philippe Lentschener : "Les politiques ont vidé de sa substance le combat écologiste"

INTERVIEW SUD RADIO - Pourquoi l’écologie semble-t-elle moins présente dans le débat politique alors que les préoccupations environnementales restent fortes dans la société ? Invités de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio, Philippe Lentschener et Gaël Brustier analysent l’évolution du discours écologique, entre banalisation du concept, transformations des combats militants et place croissante de la communication dans la stratégie politique.

Philippe Lentschener et Gaël Brustier
Philippe Lentschener et Gaël Brustier, invités de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio

Invités de Sud Radio, Philippe Lentschener, président de Réputation Age, et Gaël Brustier, chargé du Laboratoire de la Revue Politique et Parlementaire, reviennent sur la place de l’écologie dans la vie politique française. Ils évoquent un mot "vidé de sa substance", tandis que les enjeux liés au vivant et à l’environnement continuent de s’imposer dans la société et les campagnes électorales.

Philippe Lentschener : "La vivacité des combats écolos ne se revendique pas toujours explicitement de l'écologie"

Périco Légasse : Pourquoi l'écologie est-elle essentiellement absente du débat politique ?

Philippe Lentschener : Vous êtes tributaire de ce que le débat public vous propose. La vivacité des combats écolos, notamment par exemple dans les Alpes contre les prochains JO contre la gabegie, contre le délire de la neige artificielle… ne se revendique pas toujours explicitement de l'écologie. Encore moins de l'écologie politique. Là où il y a des combats écologistes, il n'y a pas forcément le mot "écologie". Et là où il y a l'écologie, il n'y a pas forcément l'action écologiste. C'est là où il y a un gap. Mais il y a surtout la question de l'adhésion des partis politiques aujourd'hui : comme ils n'ont plus d'idéologie, ils prennent la fausse conscience du moment. Et donc, c'est vrai qu'à un moment donné, ils ont un peu vidé de sa substance le combat écologiste et l'écologie en général en la brandissant à tout va, comme un moulin à prières, mais qui était vide, qui n'était plus opérant. D'où le fait qu'elle s'est vidée de sa substance. Et ce qu'on voit vraiment sur le terrain et dans les relations avec les gens, c'est que la politique a aussi désaffecté l'écologie.

La question animale, qui est la question de l'autre vivant à côté de nous (dans notre salon, dans la rue, dans nos parcs et jardins) est une question qui est vraiment en expansion constante. Et les gens apostrophent les candidats. […] Le rapport au vivant est toujours très présent dans le débat public et dans l'attitude des consommateurs, des citoyens, des individus. C'est une question qui est en pleine augmentation. Donc, le mot "écologie" est vraiment vidé de sa substance, et il est un peu évacué de la scène politique.

Périco Légasse : Parce qu'il est rentré dans notre quotidien ?

Philippe Lentschener : Peut-être parce que l'idée devient incontestée. Et quand une idée devient incontestée, elle n'a plus besoin de nom. Elle passe de l'idéologie à la mise en oeuvre, elle passe du concept au pragmatisme. Et donc, il est possible que le mot "écologie" meure de sa victoire.

Gaël Brustier : "Si la communication politique n'est pas enracinée dans une tradition, elle devient une espèce de roue pour hamsters"

Périco Légasse : Même s'il n'est pas cité, l'enjeu écologique national reste total. Cela veut dire une clientèle, cela veut dire un électorat. Ne croyez-vous pas qu'aujourd'hui, les grands leaders des principaux partis vont se dire "par ici la monnaie, le vrai écologiste, c'est moi, votez pour moi en 2027". Est-ce que ce n'est pas un peu la tentation de Jean-Luc Mélenchon ?

Philippe Lentschener : Il faut le prouver. Parce que les gens vont sortir d'une élection municipale où tous les candidats auront pris à la lettre cet impératif, pour 75% d'entre eux, d'avoir le cadre de vie, la mobilité douce, l'environnement au centre des programmes municipaux. Mais c'est vrai que comme l'écologie est tout de même une contestation d'un ordre industriel qui s'est un petit peu enflammé, il est vrai que la gauche a naturellement saisi cette oriflamme.

Périco Légasse : Est-ce que la communication aujourd'hui s'est substituée à l'action politique, à l'engagement politique concret ? Quelque part, puisque tout est médiatique, il suffit de communiquer pour remplir les cases ? En est-on arrivés là ?

Gaël Brustier : Si la communication politique n'est pas enracinée dans une tradition, dans une transmission et si elle n'invente pas un horizon, elle devient une espèce de roue pour hamsters. Quand les gens quittent la politique, ils disent : "je vais faire de la communication". Vous avez une myriade de gens qui font de la communication à vide comme des hamsters dans leurs roues. Et ça, c'est assez désespérant parce qu'en plus, ils se calent sur les séries américaines de politique où ils se prennent pour des spin doctors qu'ils ne sont absolument pas. Un spin doctor, qu'il soit français ou américain, en général, est très cortiqué sur le plan idéologique et très cortiqué sur le plan culturel. Et ça, il n'y a pas grand monde qui sait faire ça sur la place de Paris aujourd'hui.

https://www.youtube.com/watch?v=dbUbVneQAdc

Cliquez ici pour écouter l’invité de Périco Légasse dans son intégralité en podcast.

Retrouvez “Le face à face” de Périco Légasse chaque jour à 13h dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio.

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