C’est une artère vitale qui s’apprête à battre de nouveau. Ce lundi, la RN 20, coupée depuis le 31 janvier en raison d’un éboulement massif de 300 tonnes de roche entre Ax-les-Thermes et Mérens-les-Vals (Ariège), a été réouverte à la circulation. Pour la Principauté d’Andorre, et plus particulièrement pour la ville frontalière du Pas-de-la-Case, cette nouvelle marque la fin d'un mois de paralysie économique sévère.
Dans ce micro-État de 88 000 habitants, l’enclavement n’est pas qu’une contrainte géographique, c’est une crise systémique. L’activité commerciale du Pas-de-la-Case représente à elle seule près de 20 % du produit intérieur brut (PIB) andorran. En privant la Principauté du bassin de consommation toulousain - soit un million de résidents situés à un peu plus de deux heures de route en temps normal - , le blocage de l’axe ariégeois a fait basculer le secteur dans le rouge : le chiffre d’affaires des commerces locaux a enregistré une chute vertigineuse de 77 %.
Un TVA à 4,5% pour atout majeur
Le différentiel fiscal reste l'atout majeur de la Principauté. Avec une TVA à 4,5 % et des taxes d’accise (anciennement appelée Contribution au Service Public de l'Electricité ou Taxe intérieure sur la consommation finale d'électricité) réduites, les prix affichés défient toute concurrence française : le litre de sans-plomb s'y échange à 1,32 € contre 1,75 € dans l'Hexagone, tandis que les alcools et tabacs affichent des rabais structurels. Mais sans accès fluide, l'avantage comparatif s'estompe derrière l'allongement des trajets, qui sont passés de 2h15 à plus de 3h40 pour les clients en provenance de Haute-Garonne.
Pour tenter de contenir l'hémorragie, le gouvernement andorran et les commerçants ont multiplié les mesures d'urgence. Des promotions agressives ont été mises en place, complétées par un dispositif inédit de bons d'achat de carburant de 30 euros offerts aux résidents d'Occitanie. « Il fallait trouver une solution pour soutenir notre économie, via des allègements de charges et ces aides directes », expliquait Jordi Torres Falco, ministre andorran du Tourisme et du Commerce à nos confrères du Figaro. Au total, plus de 140 000 euros d'aides ont été distribués sous cette forme.
Une aubaine pour les bureaux de tabac
Le secteur du ski, autre pilier de l'économie montagnarde, n'a pas été épargné malgré un enneigement optimal cette saison. Les stations de Grandvalira Resorts estiment leurs pertes à environ 4 millions d'euros pour le seul mois de février, pointant notamment la disparition de la clientèle « occasionnelle » des week-ends.
À l'inverse, cette situation a profité de manière spectaculaire aux buralistes de l'Ariège. Libérés temporairement de la concurrence frontalière, les bureaux de tabac locaux ont vu leur chiffre d'affaires bondir de 30 % à 45 %. Une bouffée d'oxygène pour une profession qui se dit malmenée depuis vingt ans par la proximité du « paradis fiscal » pyrénéen.
La visite très attendue du coprince d'Andorre, un certain... Emmanuel Macron !
La visite d’Emmanuel Macron, attendue en avril, ne sera pas une simple déambulation protocolaire. En tant que coprince d’Andorre - une fonction héritée des comtes de Foix qu’il partage avec l’évêque d’Urgell - , le président français endosse une responsabilité particulière : celle de garant de l’indépendance et de l’intégrité du micro-État. Or, pour le chef du gouvernement andorran, Xavier Espot Zamora, l’intégrité de la Principauté passe d’abord par la sécurisation de ses accès.
L’épisode de la RN 20 a mis en exergue une asymétrie flagrante : si l’Andorre dépend économiquement de la France pour son approvisionnement et son tourisme, la France semble peiner à maintenir une infrastructure routière à la hauteur des enjeux transfrontaliers.
Un enjeu fort pour l'Elysée
Pour l'Élysée, l'enjeu est aussi de réaffirmer l'influence française face à une attraction espagnole toujours plus forte. L'Andorre s'est sentie « oubliée » pendant ces semaines de coupure, là où l'accès par le Sud (Espagne) est resté parfaitement fluide. Emmanuel Macron devra donc apporter des garanties concrètes sur la modernisation des accès pyrénéens s'il veut maintenir l'équilibre historique de la co-principauté.
La réouverture de la RN 20 ce lundi n'est donc qu'une première étape. La véritable « réouverture » se jouera en avril, dans les salons feutrés de la place de la Constitution à Andorre-la-Vieille, où se décidera l'avenir logistique du pays pour les décennies à venir.